PO­PU­LISTE : LE GROS MOT À TOUT FAIRE

Marianne Magazine - - Quatrième Pouvoir - PAR HEN­RI PE­NA-RUIZ

Bol­so­na­ro, po­pu­liste de droite, an­nonce qu’il va dé­truire le « po­pu­lisme de gauche » in­car­né à ses yeux par Lu­la. Bref, la no­tion de po­pu­lisme semble au­to­ri­ser la confu­sion in­sul­tante entre les dé­ma­gogues qui flattent le peuple pour mieux l’écra­ser et les mi­li­tants qui servent au­then­ti­que­ment les in­té­rêts des plus démunis. Lu­la a sor­ti de la mi­sère des cen­taines de mil­liers de Bré­si­liens. Bol­so­na­ro, lui, dé­ploie une rhé­to­rique sé­cu­ri­taire pour mys­ti­fier le peuple, alors qu’il pré­pare des ré­gres­sions éco­lo­giques et so­ciales mas­sives. Entre Lu­la et Bol­so­na­ro, rien de com­mun. Pas d’amal­game. Hit­ler, pour­fen­deur du ca­pi­ta­lisme, était au mieux avec les ma­gnats de la Ruhr (cf. les Dam­nés de Vis­con­ti).

Qui dé­fend vrai­ment le peuple et qui le trompe ? Dans la Rus­sie de la fin du XIXe siècle, les na­rod­ni­ki (na­rod : « peuple ») vou­laient « al­ler vers

le peuple » pour im­pul­ser son éman­ci­pa­tion et re­fon­der ain­si l’uni­té de la com­mu­nau­té po­li­tique par la jus­tice so­ciale. Ils étaient « po­pu­listes », en bonne part.

Au­jourd’hui l’ef­fa­ce­ment pro­vo­qué de la sou­ve­rai­ne­té po­pu­laire pro­duit la mon­tée du « po­pu­lisme de droite ». De fait les élites ca­pi­ta­listes veulent dé­truire tout dé­bat po­li­tique au nom d’une « nou­velle gou­ver­nance » qui anéan­ti­rait toute al­ter­na­tive. « There is no

al­ter­na­tive » : après That­cher, Jun­cker pré­tend in­va­li­der le vote dé­mo­cra­tique grec, ou faire re­vo­ter les hé­ré­tiques.

Dès lors la déses­pé­rance des ex­ploi­tés ne semble plus re­layée. Tout l’art du po­pu­lisme de droite est de la tra­duire dans son lan­gage en fai­sant l’éli­sion de la lutte des classes, et sans ja­mais po­ser la ques­tion de la na­ture des in­té­rêts éco­no­miques que dé­fendent les élites do­mi­nantes.

D’où la né­ces­si­té de ré­ha­bi­li­ter les al­ter­na­tives en­ter­rées par les vain­queurs du jour. Ce­la passe par une ba­taille des mots et des idées sans conces­sion. Il s’agit d’ex­hi­ber les en­jeux so­ciaux d’une économie dure aux pauvres, à ceux « qui ne

sont rien » (Ma­cron). Le mé­pris du peuple n’a d’égal que le cy­nisme sa­tis­fait des nan­tis.

Il est temps de fer­mer la pa­ren­thèse or­do-li­bé­rale. Place au peuple. Pre­nons à la lettre le sens no­dal du mot dé­mo­cra­tie, tel que l’avait dé­fi­ni Abra­ham Lin­coln : le gou­ver­ne­ment du peuple, par le peuple et pour le peuple. Po­pu­lisme ? As­su­mons sans

com­plexes.

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