ÇA VA MIEUX EN LE DI­SANT par Guy Ko­nop­ni­cki

Marianne Magazine - - Sommaire - PAR GUY KO­NOP­NI­CKI

Les par­ti­cules ali­men­taires

Ases che­veux bien pei­gnés, son cos­tume de bonne coupe et son sou­rire de gendre idéal, on re­con­naît le gars qui ne fume pas de clopes, ne roule pas en die­sel et ne vote pas pour Laurent Wau­quiez. Ben­ja­min Gri­veaux, car c’est lui, a at­ten­du de se faire hous­piller par Fran­çois Bay­rou pour ju­rer qu’il n’a ja­mais in­sul­té le gars au die­sel. Reste qu’il exerce la fonc­tion de porte-pa­role d’un gou­ver­ne­ment qui n’en a pas, de pa­role. Qui donc avait pro­mis que la hausse du pou­voir d’achat se­rait vi­sible, dès la fin oc­tobre, sur les bul­le­tins de sa­laire, en at­ten­dant le mi­racle de la dis­pa­ri­tion des im­pôts lo­caux. Le gars qui re­garde sa fiche de paye sort aus­si­tôt fu­mer une clope. Il a 30 ou 50 balles de mieux en net, ce qui ne fait pas un plein d’es­sence ou de ga­zole. Il n’est pas près de rem­pla­cer son vieux die­sel, qu’il a ache­té pour sa lon­gé­vi­té, en un temps où l’on van­tait le dé­ve­lop­pe­ment du­rable. Plus de ba­gnole je­table, du cos­taud, ré­pé­taient les pubs de toutes les marques.

Tant et si bien qu’il se ven­dit au­tant et plus de vé­hi­cules die­sels que de clas­siques au­to­mo­biles carburant à l’es­sence al­lé­gée de son plomb. Mieux ! Le die­sel a été en­cou­ra­gé, au nom de l’éco­lo­gie et des éco­no­mies d’éner­gie, quand il nous était pré­sen­té comme un ré­si­du de dis­til­la­tion, un carburant de ré­cu­pé­ra­tion, pour mo­teurs de moindre consom­ma­tion. Les construc­teurs, in­ci­tés à pous­ser la pro­duc­tion de mo­teurs Die­sel, af­fir­maient même que la pro­duc­tion de gaz à ef­fet de serre était moindre puisque à ki­lo­mé­trage égal la consom­ma­tion est net­te­ment in­fé­rieure à celle d’un en­gin à es­sence. Le gars qui a cru à tout ça se voit donc trai­té de pol­lueur de­puis que l’on a dé­cou­vert les par­ti­cules émises par son pot d’échap­pe­ment. Les par­ti­cules re­pré­sentent un dan­ger pour la san­té pu­blique, plus que pour l’at­mo­sphère, mais le chif­fon vert est plus en vogue. On fe­ra donc du die­sel le pre­mier dan­ger éco­lo­gique, ap­pe­lant à ce titre une fis­ca­li­té spé­ciale. Les par­ti­cules, ça rap­porte gros à l’Etat. Quand le gars avec son die­sel réa­lise qu’on l’a vrai­ment pris pour un cave, il se fait in­sul­ter par le bien-pen­sant, qui le mé­prise au point de le croire ca­pable de vo­ter pour Laurent Wau­quiez.

Dé­men­ti ou pas, on juge bien l’élec­teur sur sa ba­gnole. La vieille Peu­geot die­sel est donc in­digne de s’ali­gner sur le par­king d’une réunion de La Ré­pu­blique en marche, où l’on vient en hy­bride ou en élec­trique. Pour un peu, la Tes­la se­rait à l’époque Ma­cron ce que la Ro­lex était à l’ère Sar­ko­zy. Le gars de 50 ans qui ne peut pas se payer une Tes­la a tout de même ra­té sa vie. Une vraie ba­gnole d’éco­lo, la Tes­la, avec ses pan­neaux so­laires, et ça ne coûte ja­mais que 120 000 € ! Et le gars de 50 berges, qui a ra­té sa vie au point de rou­ler en die­sel, ose se plaindre de l’aug­men­ta­tion des taxes ?

Il ne com­prend pas que le gou­ver­ne­ment pense avant tout à l’éco­lo­gie. D’ac­cord, il n’a pas in­ter­dit le gly­pho­sate, ni l’in­tro­duc­tion de l’huile de palme dans la fa­bri­ca­tion des car­bu­rants, le mi­nistre de l’Agri­cul­ture, Di­dier Guillaume, de­mande des preuves de la no­ci­vi­té des pes­ti­cides, et le pré­sident lui-même a re­lan­cé le tran­sport par bus, en lais­sant se dé­gra­der le ré­seau fer­ro­viaire. Mais il taxe le ga­zole, la pol­lu­tion aux par­ti­cules, celle de ces gens in­fré­quen­tables qui ont be­soin de leur ba­gnole pour al­ler au bou­lot, dé­po­ser les gosses à l’école et faire leurs courses où ils peuvent faute de com­merces de proxi­mi­té. Ben­ja­min Gri­veaux, en pri­vé, ne peut s’em­pê­cher de bros­ser le por­trait de ce mi­nable qui pol­lue et vote mal. Comme les bour­geois d’au­tre­fois ima­gi­naient avec ef­froi l’ou­vrier qui bu­vait du gros rouge et vo­tait pour les rouges.

Ce qui im­porte, ce n’est pas tant l’éco­lo­gie, la lutte contre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, mais le com­por­te­ment éco­lo­gi­que­ment cor­rect. Il faut donc culpa­bi­li­ser l’uti­li­sa­teur du ga­zole, clope au bec au vo­lant de sa ba­gnole die­sel, afin de pou­voir le taxer. Dé­pu­té des quar­tiers bran­chés du centre de Pa­ris, pro­bable can­di­dat à la Mai­rie, Gri­veaux s’adresse à la crème, celle qui fré­quente les rues pié­tonnes et les pistes cy­clables. A ces gens qui fris­sonnent à l’idée de s’aven­tu­rer dans le Val-de-Marne mais savent si bien se com­por­ter. Avec eux, au moins, on peut rire du gars qui fume des clopes, même pas des joints, roule en die­sel, vote au mieux pour Wau­quiez, et peut bien payer et payer en­core, pour ses par­ti­cules.

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