L’écri­vain du fu­tur

Marianne Magazine - - Sommaire - Par Ni­co­las Car­reau

Le ca­bi­net de conseil Quant­me­try et Dee­pl, un ser­vice en ligne de tra­duc­tion au­to­ma­tique, ont confi­gu­ré une in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle pour qu’elle tra­duise un ou­vrage de 800 pages de l’an­glais au fran­çais en douze heures. Une autre IA a, elle, écrit un ro­man. As­sis­te­rons-nous à l’avè­ne­ment des ro­bots écri­vains ? Sur les coups de 2 heures du ma­tin, dans la ville en­dor­mie, un ro­bot veille. Il re­garde la Lune par la pe­tite fe­nêtre de sa chambre man­sar­dée. En ad­mi­rant l’astre, il a le­vé sa plume d’oie, une goutte d’encre est tom­bée sur sa feuille de vé­lin et la tache s’agran­dit à me­sure que le pa­pier la boit. Le ro­bot constate alors les dé­gâts et le voi­là en­core dis­trait. Ses pen­sées va­ga­bondent main­te­nant dans une autre di­rec­tion et il se met à son­ger à la mer, ins­pi­ré par cette pe­tite mare bleu­tée. Al­lez, au tra­vail !

Il fait cra­quer les join­tures de ses mains d’acier et se re­lance fré­né­ti­que­ment dans l’écri­ture de son grand ro­man.

Cette scène, aus­si sin­gu­lière qu’elle pa­raisse, est peut-être en passe de de­ve­nir réa­li­té. Une so­cié­té spé­cia­li­sée dans les big da­ta, Quant­me­try, s’est as­so­ciée à un ex­pert de la tra­duc­tion au­to­ma­tique pour tra­duire un livre de 800 pages en douze heures. Le se­cret ? Faire in­gur­gi­ter à la bête des mil­liers d’exemples de tour­nures de phrases et de sub­ti­li­tés lin­guis­tiques. La tra­duc­tion est, pa­raît-il, très fi­dèle à la ver­sion ori­gi­nale. Mise en abyme : le livre en ques­tion s’in­ti­tule, en an­glais, Deep Lear­ning, un livre tech­nique sur l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle. Le lo­gi­ciel

l’a tra­duit par Ap­pren­tis­sage pro­fond. Sub­til, en ef­fet. Pour l’ins­tant, les concep­teurs sont mo­destes : « Elle est par­faite pour les conte­nus scien­ti­fiques mais elle ne sau­rait pas re­trans­crire la plume, ni le style d’un au­teur », ex­plique Alexandre Sto­ra, le res­pon­sable de Quant­me­try, au site Fu­tu­ra-sciences. Mais d’autres sont plus pré­somp­tueux, comme Ross Good­win. Cet ar­tiste amé­ri­cain et spé­cia­liste des codes a équi­pé une Ca­dillac d’une ca­mé­ra, d’un mi­cro, d’une hor­loge et d’un GPS. Il a conduit la voi­ture de New York à la Nou­velle-Or­léans et, à l’ar­ri­vée, son in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, forte des don­nées ré­col­tées, a pro­duit un texte bap­ti­sé « 1 the Road », ré­fé­rence au

On The Road (Sur la route) de Jack Ke­rouac. Voi­ci l’in­ci­pit du

ro­man : « It was se­ven mi­nutes to ten o’clock in the mor­ning,

and it was the on­ly good thing that had hap­pe­ned. » Ça ne sonne pas si mal. Et pour cause. Sa ma­chine à lui a été ga­vée de textes lit­té­raires an­glo-saxons. Le lo­gi­ciel ne fait que re­mixer les styles de Faulk­ner et Stein­beck et autres gé­nies. Le livre n’a pas en­core été tra­duit en fran­çais, mais on peut rai­son­na­ble­ment sup­po­ser que c’est l’IA en­core qui s’en char­ge­ra. Alors, les hu­mains pour­ront en­fin s’ins­tal­ler tran­quille­ment dans un tran­sat sans s’échi­ner à écrire eux-mêmes. Nous pour­rons lire les états d’âmes et les vi­sions du monde des lo­gi­ciels dans le Comte de Pa­lo Al­to, le Châ­teau de ma carte mère, Mé­moires vives d’outre-tombe, Don­nées Qui­chotte ou Ma­dame Ro­bo­va­ry.

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