CE QUE MA­RIANNE EN PENSE

Marianne Magazine - - Sommaire - Par Jack Dion

Ma­cron vs Ma­cron

Entre deux étapes de son tour de France mé­mo­riel, Em­ma­nuel Ma­cron s’est of­fert une interview sur Eu­rope 1 qui confirme son ap­ti­tude à re­gar­der les réa­li­tés de très loin. S’ex­pri­mant pour la pre­mière fois sur l’af­faire Be­nal­la, il n’a pas hé­si­té à af­fir­mer : « Est-ce que l’Ely­sée a cher­ché à ca­cher quelque chose ? Pas du tout. » On en ou­blie­rait presque tout ce qui a été en­tre­pris pour mas­quer les frasques de l’an­cien ad­joint de son chef de ca­bi­net, pris en fla­grant dé­lit dans le cos­tume d’un faux po­li­cier fai­sant le coup de poing dans les rues de Pa­ris.

Pour l’hôte de l’Ely­sée, ce n’est qu’un dé­ra­page qui mé­rite de « l’ in­dul­gence ». « Alexandre Be­nal­la a fait des fautes », concède-t-il. Avant d’ajou­ter : « Est-ce qu’il mé­rite d’être trai­té comme le plus grand cri­mi­nel en li­ber­té ? Je n’en suis pas sûr. » Nul n’a por­té une telle accusation. Mais ce n’est pas une rai­son pour blan­chir un homme mis en exa­men pour des faits graves dont il a fait ap­plau­dir le nom de­vant les dé­pu­tés LREM, à la Mai­son de l’Amé­rique la­tine, le 24 juillet der­nier. Certes, l’af­faire Be­nal­la n’est pas une af­faire d’Etat. Mais ce n’est pas une simple tem­pête dans un verre d’eau, quand bien même au­rait-il été choi­si dans la vais­selle en cris­tal de l’Ely­sée.

Le pré­sident de la Ré­pu­blique n’est pas plus à son aise lors­qu’il re­prend son an­tienne sur le risque du re­tour aux « an­nées 30 » en Eu­rope, comme si le Vieux Conti­nent était me­na­cé par l’ar­ri­vée im­mi­nente du fas­cisme. Certes, nul ne sau­rait pas­ser par pertes et pro­fits la mon­tée des forces d’ex­trême droite. En­core faut-il se de­man­der comment on en est ar­ri­vé là, alors que l’UE a été créée pour as­seoir la paix et la co­opé­ra­tion entre les peuples. Or, la voie em­prun­tée – et qu’il est in­ter­dit de dis­cu­ter – a me­né à cette si­tua­tion ubuesque qui pousse le pré­sident à dé­non­cer une « Eu­rope ul­tra­li­bé­rale » dont il est le pre­mier dé­fen­seur. Dans le Point, Ni­co­las Sar­ko­zy re­con­naît qu’il faut « mettre un nou­veau trai­té eu­ro­péen sur la table, pour re­dé­fi­nir l’Eu­rope de l’ave­nir et chan­ger les règles du jeu ». Pen­dant ce temps, Em­ma­nuel Ma­cron en est en­core à dé­fendre les règles ac­tuelles tout en aler­tant sur leurs consé­quences. Mo­ra­li­té : le meilleur en­ne­mi d’Em­ma­nuel Ma­cron s’ap­pelle Ma­cron Em­ma­nuel.

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