UN SAINT BER­NARD?

Marianne Magazine - - Société Actu - J.D. J.D.

Sur Wi­ki­pé­dia, la guerre n’est pas qu’idéo­lo­gique, c’est aus­si celle de l’image, no­tam­ment pour les grandes en­tre­prises et leurs pa­trons. Le Ca­nard en­chaî­né ré­vé­lait le 10 juin que la page de Ber­nard Ar­nault était ré­gu­liè­re­ment la cible de ma­niaques du net­toyage qui ont pro­cé­dé à pas moins de « 61 mo­di­fi­ca­tions ma­jeures entre

2011 et 2019 ». Sup­pres­sion des ma­noeuvres du PDG de LVMH pour pas­ser sous si­lence la sor­tie du cin­glant do­cu­men­taire Mer­ci Pa­tron ! de Fran­çois Ruf­fin, sub­mer­sion de la men­tion

« pa­ra­dis fis­cal » à cô­té des îles Caï­mans, où le mil­liar­daire a im­ma­tri­cu­lé son yacht, ou en­core dis­pa­ri­tion de la ré­fé­rence à une en­quête de « Pièces à convic­tions », le ma­ga­zine de

France 3, in­ti­tu­lée « Ber­nard Ar­nault, l’art de payer moins d’im­pôts ». Quand les contri­bu­teurs dé­voués n’en­lèvent pas des in­for­ma­tions com­pro­met­tantes, ils en ajoutent des flat­teuses, comme le son­dage réa­li­sé par l’ins­ti­tut BVA qui, en 2016, classe l’homme d’af­faires en tête des en­tre­pre­neurs pré­fé­rés des Fran­çais. Plus de la moi­tié de ces in­ter­ven­tions sur la page de Ber­nard Ar­nault sont l’oeuvre d’un dé­nom­mé

Roy la Poutre. Ma­ni­fes­te­ment, il l’a dans l’oeil. n

ÀBLOQUÉE AU STADE DE L’INCANTATIO­N

quelques jours du pro­ces­sus d’an­nexion de larges par­ties de la Cis­jor­da­nie par Is­raël, pré­vu pour le 1er juillet, bien ma­lin qui pour­rait trou­ver la trace d’une ini­tia­tive di­plo­ma­tique de l’Union eu­ro­péenne sur la ques­tion. C’est à croire que Bruxelles n’a rien à dire sur la pour­suite d’une co­lo­ni­sa­tion qui risque d’en­ter­rer à ja­mais le pro­jet d’État pa­les­ti­nien.

Quand la Rus­sie, dans la fou­lée du conflit avec l’Ukraine, a fait main basse sur la Cri­mée, l’UE a instauré des sanc­tions, non­obs­tant les ré­sul­tats du ré­fé­ren­dum or­ga­ni­sé sur place. Au­cune ini­tia­tive de ce genre vis-à-vis d’Is­raël, cou­vert par un Do­nald

Trump qui a por­té le plan ex­pan­sion­niste de Ne­ta­nya­hou sur les fonts bap­tis­maux.

Ré­gu­liè­re­ment, l’UE pro­met de faire en­tendre sa voix dans le monde, de ne pas se cou­cher de­vant l’em­pire amé­ri­cain, de ne plus cé­der aux si­rènes chi­noises, de dis­cu­ter d’égale à égale avec la Rus­sie, sans s’ali­gner sur les plans ma­chia­vé­liques conçus dans les of­fi­cines de Washington. Le plus sou­vent, les bonnes in­ten­tions dé­bouchent sur du vide, comme s’il était im­pos­sible de sor­tir des sen­tiers bat­tus par le di­plo­ma­ti­que­ment cor­rect et l’ali­gne­ment sur les pon­cifs at­lan­tistes.

Même quand la Tur­quie d’Er­do­gan ose bom­bar­der les bases du Par­ti des tra­vailleurs du Kur­dis­tan (PKK) en Irak, d’où sont par­tis ceux qui ont com­bat­tu l’État is­la­mique et li­bé­ré les Yé­zi­dis, au­cune voix consé­quente ne s’élève de Bruxelles, où le PKK a été pla­cé sur la liste noire des or­ga­ni­sa­tions ter­ro­ristes, comme aux États-Unis.

Dans son der­nier dis­cours à la té­lé­vi­sion, Em­ma­nuel Macron dé­cla­rait que l’Eu­rope de­vait af­fir­mer « sa sin­gu­la­ri­té face à la Chine, aux États-Unis », van­tant

« une Eu­rope plus forte, plus so­li­daire, plus sou­ve­raine ». Très bien. En­core faut-il dé­pas­ser le stade de l’incantatio­n. n

PL’OTAN EN EM­PORTE DU VENT

lus l’Union eu­ro­péenne évoque sa « sou­ve­rai­ne­té », plus elle s’échine à dé­fendre sa place dans l’Otan, bras ar­mé d’une Al­liance at­lan­tique qui est la tête de pont des État­sU­nis sur le Vieux Conti­nent. La preuve, les cris d’or­fraie en­ten­dus en Al­le­magne après que Do­nald Trump a an­non­cé son in­ten­tion de re­ti­rer 9 000 sol­dats amé­ri­cains d’Al­le­magne – ils sont ac­tuel­le­ment au nombre de 36 674. Par cette me­nace, le pré­sident des États-Unis en­tend contraindr­e Ber­lin (comme toutes les autres ca­pi­tales eu­ro­péennes concer­nées) à par­ti­ci­per da­van­tage au fi­nan­ce­ment de l’Otan, bloc mi­li­taire né à l’époque de la guerre froide et qui a sur­vé­cu à la dis­pa­ri­tion du camp so­vié­tique.

Les pre­miers à sup­plier la Mai­son-Blanche de ne pas se re­ti­rer, ce sont les Eu­ro­péens, ceux-là mêmes qui n’ont que le mot de « dé­fense eu­ro­péenne » à la bouche, alors que cette mis­sion, de fait, est as­su­mée par l’Otan. Or, tant que les membres de l’UE dé­lé­gue­ront aux États-Unis le soin de les dé­fendre (contre qui ?), ils res­te­ront sous la botte de Washington. Après l’an­nonce de Do­nald Trump, le se­cré­taire gé­né­ral de l’Otan, Jens Stol­ten­berg, ex-Pre­mier mi­nistre (so­cial-dé­mo­crate) de Nor­vège, a dé­cla­ré : « Je lui ai dit que la pré­sence [mi­li­taire] amé­ri­caine était une bonne chose pour l’Eu­rope et pour les États-Unis. »

Pour les États-Unis, nul n’en doute ; pour l’Eu­rope, ça se dis­cute, à moins de consi­dé­rer que l’UE doit avoir au­tant d’au­to­no­mie qu’un pays membre de feu le pacte de Var­so­vie du temps où l’Union so­vié­tique ré­gnait de l’autre cô­té du ri­deau de fer. C’est d’ailleurs ce qui avait conduit le gé­né­ral de Gaulle à cla­quer la porte du com­man­de­ment in­té­gré de l’Otan, en 1966.

De­puis, à l’ins­tar de l’UE, la France est ren­trée dans le rang at­lan­tiste et y est res­tée, comme quoi on peut cé­lé­brer le père de la France libre et ou­blier son mes­sage. n ›

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