So­cié­té Po­lice : gros ma­laise, énormes ta­bous

La po­lice a le mo­ral en berne comme ja­mais. Le mi­nistre de l’In­té­rieur met des mil­lions sur la table, pro­met des équi­pe­ments et des primes… et des ren­forts. Mais, der­rière ces moyens sup­plé­men­taires, quels réels chan­ge­ments at­tendre ?

Marianne Magazine - - Sommaire - Par Laurent Val­di­guié

Le mi­nistre de l’In­té­rieur a mis des mil­lions sur la table et des moyens sup­plé­men­taires. Ce­la suf­fi­ra-t-il à re­mon­ter le mo­ral de po­lice, en berne comme ja­mais ?

Un vent mau­vais. Une sale pé­riode. Et un sen­ti­ment gé­né­ral : « On est à bout. » Im­pos­sible d’in­ter­ro­ger un po­li­cier de ter­rain sans que cette phrase, d’une fa­çon ou d’une autre, vienne sur le ta­pis. « De mé­moire de flic, per­sonne n’a ja­mais connu une am­biance pa­reille », confesse un com­mis­saire qui connaît bien sa bou­tique. Coup sur coup, à Her­blay, dans le Vald’Oise, deux po­li­ciers en planque se font rouer de coups et ti­rer des­sus, lais­sés pour mort. Qua­rante-huit heures plus tard, à Cham­pi­gny­sur-Marne (Val-de-Marne), un com­mis­sa­riat (le neu­vième de­puis le dé­but de l’an­née) est at­ta­qué à coups de mor­tiers de feux d’ar­ti­fice. Soixante-douze heures après cette at­taque, un agent de la BAC est ren­ver­sé et bles­sé très griè­ve­ment par un au­to­mo­bi­liste au vo­lant d’une voi­ture vo­lée à Sa­vi­gny-sur-Orge, dans l’Es­sonne.

Les images de Cham­pi­gny ont fait le tour de la France. « Elles sont ter­ribles, ces images, sou­pire un bri­ga­dier en grande ban­lieue pa­ri­sienne. Elles ré­sument ce qu’on vit ici et té­moignent de notre im­puis­sance gran­dis­sante. » Un an­cien haut cadre par­tage, lui aus­si, ce même « pes­si­misme » : « Un ur­ba­nisme fou a créé des Co­cotte-Mi­nute où, de­puis des an­nées, la pres­sion monte… Au­jourd’hui, dans ces quar­tiers li­vrés au tra­fic de stups qu’on ne par­vient pas à contrer, c’est la po­lice qui sert de cou­vercle, alors for­cé­ment, on va au casse-pipe. » « Dans les ci­tés, ce­la a tou­jours été dur et ce­la ne va pas en s’ar­ran­geant, ajoute un gra­dé. Mais, bien au-de­là, dans toute la so­cié­té, c’est notre image de flic qui est le pro­blème. Après les at­ten­tats de 2015, on était des hé­ros, au­jourd’hui, après les “gi­lets jaunes”, on est de­ve­nus les sa­lauds. C’est dur de tra­vailler avec l’uni­forme du sa­laud sur des épaules… » Et avec ce sen­ti­ment d’être les « hommes et femmes de mé­nage » d’une Ré­pu­blique qui les aban­donne en pre­mière ligne du front d’une dé­lin­quance tou­jours plus vio­lente. « J’exerce ce mé­tier par vo­ca­tion de­puis plus de vingt ans, mais à pré­sent tout peut dé­gé­né­rer sur un simple contrôle de rou­tine, confie un po­li­cier d’une com­pa­gnie de sé­cu­ri­sa­tion et d’in­ter­ven­tion. Ce que je sais aus­si, c’est que sans nous ça se­rait l’anar­chie, et que même ceux qui nous dé­nigrent, de­main, s’ils ont un pro­blème, ils fe­ront tous le 17 ! » Une cer­ti­tude : au­jourd’hui, le 17 a le blues.

Ur­gences

Les pro­messes de Gé­rald Dar­ma­nin, avec ce bud­get « en hausse his­to­rique de 325 mil­lions », par­vien­dront-elles à ren­ver­ser la va­peur ? Sur le mo­ral des troupes avant tout. Au moins du cô­té des syn­di­cats po­li­ciers, qui ré­clament tou­jours da­van­tage de moyens, par­fois au dé­tri­ment de la co­hé­rence d’en­semble. Mais, sur le fond, pas sûr que les der­nières an­nonces fassent bou­ger les lignes. « Il fau­drait al­ler beau­coup plus loin, et sur­tout li­bé­rer notre vieille bou­tique de tous ses ta­bous qui la pa­ra­lysent », s’énerve un com­mis­saire, qui rêve d’une sorte de « big bang »

d’où naî­trait une po­lice fran­çaise mo­derne… « La si­tua­tion ac­tuelle est celle de Cle­men­ceau en 1907, quand il a lan­cé les “bri­gades du Tigre”, es­time le cri­mi­no­logue Alain Bauer. À l’époque, les gen­darmes étaient en­core à che­val, Cle­men­ceau a ta­pé du poing sur la table, a créé la po­lice en ache­tant des voi­tures mais, sur­tout, en chan­geant les mé­thodes… Il manque au­jourd’hui une vo­lon­té politique de cet ordre. »

Pre­mière ur­gence : la carte. « Rien ne bou­ge­ra tant qu’on ne chan­ge­ra pas les ter­ri­toires de la

po­lice, s’énerve Alain Bauer. Notre im­plan­ta­tion po­li­cière n’est tout sim­ple­ment pas en adé­qua­tion avec la dé­lin­quance qu’elle est cen­sée com­battre. Ré­sul­tat, cer­taines zones sont cor­rec­te­ment cou­vertes et d’autres pas du tout. » Pas faux. Le dé­par­te­ment des Hauts-de-Seine, par exemple, ce­lui de Charles Pas­qua et de Ni­co­las Sar­ko­zy, compte un com­mis­sa­riat par ville. Il est le seul dans ce cas dans toute la ré­gion pa­ri­sienne, où tant d’autres maires ré­clament des ef­fec­tifs ! Autre bi­zar­re­rie de l’Île-de-France, la pré­fec­ture de po­lice couvre la pe­tite cou­ronne (Hauts-de-Seine, Sei­neSaint-De­nis et Val-de-Marne), mais pas la grande cou­ronne, qui dé­pend de la di­rec­tion na­tio­nale de la po­lice na­tio­nale. « La pré­fec­ture de po­lice est un État dans l’État, et, de ce fait, il y a des dis­pa­ri­tés ré­gio­nales énormes », dé­plore un haut fonc­tion­naire. Un dic­ton po­li­cier dit par exemple : « Le Val-d’Oise, c’est la Seine-Saint-De­nis sans les ef­fec­tifs… »

Ubuesque

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : quand Pa­ris compte un po­li­cier pour 100 ha­bi­tants, cer­tains dé­par­te­ments voi­sins tombent à un pour 400, et cer­taines zones de la grande cou­ronne des­cendent même à un pour 800 ha­bi­tants. « Il fau­drait re­mettre à plat tout le dé­cou­page des cir­cons­crip­tions po­li­cières, non pas en fonc­tion de cri­tères po­li­tiques lo­caux, mais avec des cri­tères d’ob­jec­tifs, pour ré­par­tir nos forces de fa­çon in­tel­li­gente et utile », re­con­naît une source Place Beau­vau. « En­core fau­drait-il que la po­lice ait des in­di­ca­teurs pour me­su­rer la dé­lin­quance par sec­teur, pon­dère Alain Bauer. Or, au­jourd’hui, à part comp­ter les plaintes, elle est com­plè­te­ment aveugle face à ce qui doit être com­bat­tu. »

Là en­core, pas to­ta­le­ment faux, même si le mi­nis­tère de l’In­té­rieur dis­pose d’un « ther­mo­mètre » : l’Ed­fa (ef­fec­tif dé­par­te­men­tal de fonc­tion­ne­ment an­nuel). Cet Ed­fa obéit à de sa­vants cal­culs abou­tis­sant à un nombre « né­ces­saire » de po­li­ciers à l’éche­lon… du dé­par­te­ment. Charge en­suite au di­rec­teur dé­par­te­men­tal de la sé­cu­ri­té pu­blique (DDSP) de ré­par­tir ses troupes. « Grâce à cet Ed­fa, on sait que tel dé­par­te­ment est po­si­tif par rap­port à son ni­veau d’ef­fec­tif théo­rique quand tel autre est né­ga­tif. Ce n’est pas un in­di­ca­teur par­fait, mais il per­met des com­pa­rai­sons », ›

“J’EXERCE CE MÉ­TIER PAR VO­CA­TION DE­PUIS PLUS DE VINGT ANS, MAIS, À PRÉ­SENT, TOUT PEUT DÉ­GÉ­NÉ­RER SUR UN SIMPLE CONTRÔLE DE ROU­TINE.” UN PO­LI­CIER

› ad­met-on au mi­nis­tère. « Cet in­di­ca­teur est une fou­taise, peste Bauer, puis­qu’il ne prend pas en compte ce sur quoi il de­vrait se fon­der : la dé­lin­quance. » Se­lon nos sources, sous la di­rec­tion du pré­cé­dent di­rec­teur gé­né­ral de la po­lice na­tio­nale, Éric Morvan, le pa­tron de la sé­cu­ri­té pu­blique, JeanMa­rie Sa­la­no­va, a mis en chan­tier un Ed­fa af­fi­né, cette fois-ci au ni­veau de chaque cir­cons­crip­tion de po­lice. Une pe­tite ré­vo­lu­tion, mais, pour l’heure, to­ta­le­ment confi­den­tielle. « Un tra­vail dé­li­cat, ad­met-on Place Beau­vau. Ce­la de­vrait per­mettre de mettre noir sur blanc ce que tout le monde sait dé­jà in­tui­ti­ve­ment, à sa­voir que cer­taines cir­cons­crip­tions de po­lice, no­tam­ment dans les zones sen­sibles, manquent cruel­le­ment d’ef­fec­tifs quand d’autres sont bien mieux lo­tis… » Gé­rald Dar­ma­nin au­rait en pro­jet de rendre ces cri­tères pu­blics. Chaque maire pour­rait ain­si ré­cla­mer au mi­nis­tère de l’in­té­rieur l’Ed­fa de sa cir­cons­crip­tion de po­lice, afin d’ajus­ter éven­tuel­le­ment son ni­veau de po­lice mu­ni­ci­pale. Ac­tuel­le­ment, les maires sont lais­sés dans l’igno­rance de l’état des ef­fec­tifs po­li­ciers sur leur sec­teur. « Non seule­ment nous sommes sans suf­fi­sam­ment de po­li­ciers na­tio­naux, mais en plus on nous prive de la pos­si­bi­li­té de ren­for­cer nos po­lices mu­ni­ci­pales, tout sim­ple­ment parce que le mi­nis­tère de l’In­té­rieur tarde à or­ga­ni­ser des concours », confiait à Ma­rianne voi­là quelques mois Georges Mo­thron, le maire d’Ar­gen­teuil. Ubuesque.

“Mam­mouth 2”

Autre « ano­ma­lie » concer­nant les im­plan­ta­tions de forces de l’ordre : le dé­cou­page « po­li­ce­gen­dar­me­rie ». La France compte 150 000 po­li­ciers et 110 000 gen­darmes. Les pre­miers couvrent 5 % du ter­ri­toire, 50 % de la po­pu­la­tion, mais font face à eux seuls à 70 % de la dé­lin­quance. Or des villes pé­ri­ur­baines ont gros­si ces der­nières an­nées, mais sont res­tées en zone gen­dar­me­rie, alors que la lo­gique vou­drait que la po­lice gère toute l’ag­glo­mé­ra­tion. Comme à Tou­louse, no­tam­ment, cein­tu­rée de ca­sernes. À l’in­verse, Mende, la pré­fec­ture de la Lo­zère, est en zone po­lice dans un dé­par­te­ment to­ta­le­ment ru­ral… « Mais ins­tal­ler des gen­darmes à Mende, ce­la bri­se­rait le ta­bou d’un dé­par­te­ment sans au­cune po­lice na­tio­nale », dit un po­li­cier. Un to­tem sup­plé­men­taire…

En­core un grand se­cret de l’In­té­rieur, le nombre réel de po­li­ciers sur le ter­rain à l’ins­tant t. « Il est au­tour de 8 000, quand il n’était que de 5 000 il y a vingt ans, mais ce­la reste in­suf­fi­sant », avance Bauer. Soit 5 % des ef­fec­tifs sur la voie pu­blique ! En pé­riode noc­turne, ce taux baisse en­core, ajoute le cri­mi­no­logue : « 4 % des ef­fec­tifs po­li­ciers sont dis­po­nibles la nuit quand elle est le théâtre de 45 % de la dé­lin­quance. » « Oui, on sait bien de­puis des an­nées qu’il fau­drait re­voir notre or­ga­ni­sa­tion et nos plages ho­raires de tra­vail », ad­met un haut fonc­tion­naire, pour qui les « syn­di­cats mai­son freinent sur ces su­jets, ne se pro­je­tant pas for­cé­ment sur le long terme »… « La po­lice au­jourd’hui, c’est le Mam­mouth 2 », siffle Bauer, ajou­tant aus­si que la for­ma­tion conti­nue reste « un dé­sert ». Un constat, pour le coup, que par­tagent bon nombre de syn­di­ca­listes. « Un flic, au­jourd’hui, il est for­mé à l’école, et en­suite, toute sa vie, lâ­ché sur le ter­rain, il va de­voir se dé­mer­der », ex­plique un com­mis­saire, re­gret­tant que « la for­ma­tion conti­nue [ait] tou­jours été prise pour des ces­sions de va­cances ».

Ho­raires, im­plan­ta­tion, for­ma­tion (la créa­tion d’une aca­dé­mie de po­lice est an­non­cée), au­tant de chan­tiers po­ten­tiels pour le mi­nistre de l’In­té­rieur, qui de­vra ar­bi­trer en no­vembre sur le livre blanc lan­cé par son pré­dé­ces­seur. En at­ten­dant, tous les ma­tins, « on part au bou­lot en se di­sant qu’on ne re­ver­ra peut-être pas nos gosses », glisse un « simple flic ». Et chaque nuit, no­tam­ment entre 1 heure et 6 heures du ma­tin, de nom­breux po­li­ciers ont conscience que « les ef­fec­tifs sont ré­duits à la por­tion congrue ». « Si les gens sa­vaient… sou­pire un com­mis­saire. Cer­tains soirs, sur des ag­glo­mé­ra­tions en­tières, il n’y a en tout et pour tout qu’une malheureus­e pa­trouille dis­po­nible… Et on prie pour qu’il ne se passe rien. » Jus­qu’à quand ? n

“CER­TAINS SOIRS, SUR DES AG­GLO­MÉ­RA­TIONS EN­TIÈRES, IL N’Y A EN TOUT ET POUR TOUT QU’UNE MALHEUREUS­E PA­TROUILLE DIS­PO­NIBLE… ET ON PRIE POUR QU’IL NE SE PASSE RIEN.” UN COM­MIS­SAIRE

Dans sa ré­cente au­to­bio­gra­phie, la syn­di­ca­liste po­li­cière plaide pour les agents non gra­dés. Mal­gré les nom­breuses agres­sions qu’ils su­bissent sur le ter­rain, elle es­time qu’ils sont trop sou­vent ou­bliés des syn­di­cats, mé­pri­sés de la hié­rar­chie et ré­duits au si­lence.

L’ac­tua­li­té donne du tra­vail à Linda Kebbab. La po­li­cière de 39 ans, dé­lé­guée na­tio­nale du syn­di­cat Uni­té SGP Po­lice-Force ou­vrière, court les pla­teaux de té­lé­vi­sion pour dé­fendre les forces de l’ordre, dou­ble­ment agres­sées ces der­niers jours. « Com­ment on est ar­ri­vés à ce qu’il y ait un sen­ti­ment d’im­pu­ni­té, voire d’hé­roïsme, quand on s’at­taque aux po­li­ciers ? », ques­tionne-t-elle au mi­cro, in­di­gnée. Ce com­bat, elle le porte dans son ou­vrage pu­blié au dé­but d’oc­tobre, Gar­dienne de la paix et de la ré­volte (Stock), qui lui vaut de dé­cu­pler en­core sa pré­sence mé­dia­tique. À la fois au­to­bio­gra­phie tou­chante et plai­doyer pour les forces de l’ordre, son té­moi­gnage dé­taille le quo­ti­dien sou­vent lourd des « simples » po­li­ciers, en pre­mière ligne sur le ter­rain, et pour­tant peu consi­dé­rés en in­terne, ra­conte-t-elle. Au­près de Ma­rianne, la syn­di­ca­liste re­vient sur les rai­sons de ce mal-être po­li­cier, sym­bo­li­sé par ces 29 sui­cides en­re­gis­trés de­puis le dé­but de l’an­née. Pu­gnace et sans filtre.

Ma­rianne : Vous évo­quiez ré­cem­ment le re­tour­ne­ment de va­leurs qui veut que cer­tains agres­seurs de po­li­ciers se voient non comme des cri­mi­nels mais comme des « hé­ros ». Com­ment l’ex­pli­quer ? Linda Kebbab :

Ces cri­mi­nels ne sont pas dans une cri­mi­na­li­té clas­sique. Quand on y va fron­ta­le­ment, quand on s’at­taque au sanc­tuaire des po­li­ciers qu’est le com­mis­sa­riat, c’est qu’on est dans une guerre de ter­ri­toire.

Dans votre ou­vrage, vous cri­ti­quez ver­te­ment le choix du gou­ver­ne­ment, qui a de­man­dé que le res­pect du confi­ne­ment dans les quar­tiers po­pu­laires ne fasse pas trop l’ob­jet de contrôles. Faites-vous un lien entre ces consignes et les agres­sions ac­tuel­le­ment su­bies par vos col­lègues ?

Oui. C’est dans ces quar­tiers que les gens ont le plus be­soin d’une po­lice ré­ga­lienne. Notre mis­sion est d’as­su­rer une équi­té dans la sé­cu­ri­té. Et là, on a dit aux cri­mi­nels : « Faites comme vous vou­lez. » Par là même, on fait du po­li­cier un en­ne­mi, qu’on peut faire fuir ou com­battre en cas­sant. C’est très fa­cile. On pense évi­ter un sou­lè­ve­ment, mais on af­fai­blit nos col­lègues qui in­ter­viennent.

Vous poin­tez aus­si le manque de so­li­da­ri­té de la hié­rar­chie po­li­cière, no­tam­ment en ce qui concerne l’at­tri­bu­tion de lo­ge­ments aux po­li­ciers peu gra­dés.

L’ad­mi­nis­tra­tion de la po­lice est cen­sée pro­po­ser des lo­ge­ments aux po­li­ciers qui sont mu­tés loin de chez eux. Les plus beaux lo­ge­ments, par exemple à Pa­ris, sont ré­ser­vés de fa­çon of­fi­cieuse aux ca­té­go­ries A. On fait pas­ser le mes­sage aux ca­té­go­ries B et C qu’ils n’ont pas le « stan­ding » pour ces lo­ge­ments-là. À tel point que, dans notre syn­di­cat, nous avons au­jourd’hui un dé­lé­gué à plein temps qui ne s’oc­cupe que du lo­ge­ment des po­li­ciers. On pal­lie les man­que­ments de l’ad­mi­nis­tra­tion, ce qui est in­digne.

Le syn­di­cat Al­liance n’a pas non plus vos fa­veurs…

Al­liance est très as­so­cié aux ca­té­go­ries A, c’est son his­toire. Et ses di­ri­geants sont le re­lais pri­vi­lé­gié des po­li­tiques. Mais quand il est ques­tion de re­ven­di­ca­tions, comme la ré­mu­né­ra­tion et l’avan­ce­ment des po­li­ciers qui tra­vaillent de nuit, ils ne font rien pro­gres­ser.

Par­mi les rai­sons du mal-être po­li­cier, vous ci­tez l’am­pleur des cri­tiques contre les mé­thodes de la po­lice. Les po­li­ciers ne de­vraient-ils pas com­mu­ni­quer da­van­tage sur leurs ac­tions et leur mis­sion, comme vous le faites dans votre livre ?

Je suis tout à fait d’ac­cord, mais les po­li­ciers qui s’ex­priment su­bissent des pres­sions. Quand des col­lègues bles­sés en ma­ni­fes­ta­tion ont vou­lu té­moi­gner au­près de vos confrères, la hié­rar­chie et Al­liance les ont me­na­cés de ne pas as­su­rer leur dé­fense en jus­tice, ce qui est illé­gal. C’est scan­da­leux. Moi, je pense que les po­li­ciers ont be­soin de par­ler de leur souf­france. Ça ne fait pas par­tie du de­voir de ré­serve, puis­qu’il n’est pas ques­tion d’opi­nion. Mais la hié­rar­chie a peur de ne pas contrô­ler ce qu’ils disent. n

“APRÈS LES AT­TEN­TATS DE 2015, on était des hé­ros, à pré­sent, après les ‘gi­lets jaunes’, on est de­ve­nus des sa­lauds. C’est dur de tra­vailler avec l’uni­forme du sa­laud sur les épaules”, confie un gra­dé. Ci-des­sus, ma­ni­fes­ta­tion de­vant le com­mis­sa­riat de Cham­pi­gny-sur-Marne, le 12 oc­tobre, au len­de­main de l’at­taque du bâ­ti­ment au tir de mor­tiers d’ar­ti­fice.

“NOUS SOMMES non seule­ment sans suf­fi­sam­ment de po­li­ciers na­tio­naux, mais aus­si pri­vés de la pos­si­bi­li­té de ren­for­cer nos po­lices mu­ni­ci­pales, tout sim­ple­ment parce que le mi­nis­tère tarde à or­ga­ni­ser des concours”, se dé­sole Georges Mo­thron, maire d’Ar­gen­teuil. Ci-contre, Gé­rald Dar­ma­nin, à Cer­gy, le 8 oc­tobre.

Gar­dienne de la paix et de la ré­volte, Stock, 288 p., 19,50 €.

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