KEN­ZO GÉ­NÉ­RA­TION 2.0 C

Hum­ber­to Leon et Ca­rol Lim Les de­si­gners Hum­ber­to Leon et Ca­rol Lim, de­ve­nus di­rec­teurs ar­tis­tiques de la mai­son Ken­zo de­puis 2011, ap­portent un nou­veau vent de fraî­cheur à l’ADN de la marque, mais aus­si l’es­prit d’échange de la gé­né­ra­tion connec­tée.

Marie Claire 2 - - Mood Board - PAR FRÉDÉRIC MAR­TIN-BER­NARD. PHO­TO : KT AU­LE­TA.

ha­cune des col­lec­tions d’Hum­ber­to Leon et Ca­rol Lim est une per­for­mance, une fête, un re­com­men­ce­ment. Qu’il s’agisse de la mai­son Ken­zo pour la­quelle ils of­fi­cient, de­puis juillet 2011, en tant que di­rec­teurs ar­tis­tiques. Ou d’Ope­ning Ce­re­mo­ny qu’ils ont fon­dé, en 2002, à New York. Le nom de leur la­bel per­son­nel ex­prime d’ailleurs cette idée que chaque saison doit être or­ches­trée comme une pre­mière avec force nou­veau­tés. En douze ans, Ope­ning Ce­re­mo­ny a ini­tié des col­la­bo­ra­tions ponc­tuelles avec des cen­taines de marques ve­nues d’ho­ri­zons dif­fé­rents. Chez Ken­zo, la liste de leurs « in­vi­tés » est dé­jà très étof­fée, bien qu’ils n’en soient qu’à leur cin­quième saison. Le ci­néaste Da­vid Lynch a par­ti­ci­pé à la der­nière col­lec­tion, au ni­veau de la mise en scène et de l’illus­tra­tion so­nore du show. Pour la troi­sième fois consé­cu­tive, par­ti­cipent aus­si l’ar­tiste Mau­ri­zio Cat­te­lan et ses com­plices du ma­ga­zine « Toi­let Pa­per », qui signent la cam­pagne pu­bli­ci­taire loin de pas­ser in­aper­çue. Hum­ber­to Leon et Ca­rol Lim aiment tout faire à deux. Et même plus. Par rap­port à leurs aî­nés – les di­rec­teurs ar­tis-

tiques « su­per­stars » des an­nées 2000 qui pou­vaient exi­ger que l’en­semble de la com­mu­ni­ca­tion d’une griffe tourne au­tour de leur unique per­sonne –, ces deux de­si­gners amé­ri­cains pré­fèrent ou­vrir des fe­nêtres, éta­blir des connexions ou créer des pas­se­relles avec d’autres uni­vers. Bref, par­ta­ger leur pas­sion. « Lors de shop­ping dans des bou­tiques vin­tage de Los Angeles au cours des an­nées 90, je me sou­viens de la pre­mière fois où nous avons dé­ni­ché des créations de Ken­zo Ta­ka­da, ra­conte Hum­ber­to. Ain­si nous avons dé­cou­vert qu’il s’agis­sait d’un sty­liste ja­po­nais, ins­tal­lé à Pa­ris, qui abor­dait ab­so­lu­ment tout avec un oeil neuf, une grande liberté et un sou­ci de par­tage… Dès notre no­mi­na­tion dans la mai­son qui porte son nom, nous avons vou­lu re­trou­ver cette éner­gie, cette gé­né­ro­si­té et cette fraî­cheur ori­gi­nelles. De­puis son dé­part, elle avait pour­sui­vi un bon­homme de che­min sans re­te­nir l’at­ten­tion. A nou­veau, nous avons sou­hai­té la do­ter d’une fan­tai­sie iden­ti­fiable, d’un pro­pos créa­tif et plus ac­ces­sible. » Cet ob­jec­tif n’est pas sans rap­pe­ler ce­lui d’Ope­ning Ce­re­mo­ny qui s’est fait un nom avec une ap­proche dif­fé­rente de la mode, tant sur le plan de la créa­tion que de la dis­tri­bu­tion via l’ecom­merce. « Au dé­but des an­nées 2000, la ten­dance était aux grandes marques. Il n’y en avait que pour elles. Nous avons sou­hai­té faire en­tendre des voix dif­fé­rentes, ima­gi­ner un es­pace pour des créa­teurs in­dé­pen­dants, des sty­listes dé­bu­tants… Au dé­part, nous étions seuls, Ca­rol et moi. Nous avons ap­pris à tout faire. Douze ans plus tard, notre bi­nôme fonc­tionne tou­jours à mer­veille. Nous veillons à ce que rien ne de­vienne mé­ca­nique dans notre quo­ti­dien, à trou­ver de nou­veaux res­sorts d’une saison à l’autre. » Dé­but juillet, à Pa­ris, Hum­ber­to donne seul les in­ter­views, en rai­son d’une im­mi­nente ma­ter­ni­té pour Ca­rol. Mais elle est tout de même là, en permanence à ses cô­tés grâce aux ou­tils mo­dernes de com­mu­ni­ca­tion. « Nous sommes à la fois les meilleurs par­te­naires et amis du monde », dit l’un comme l’autre. Cette re­la­tion qua­si fra­ter­nelle re­monte à l’Uni­ver­si­té de Ber­ke­ley en Ca­li­for­nie, à la fin des an­nées 90. Elle étu­die l’éco­no­mie, lui, l’art. Ils se lient d’une ami­tié in­oxy­dable.

“Nous veillons à ce que rien ne de­vienne mé­ca­nique dans notre quo­ti­dien, à trou­ver de nou­veaux res­sorts d’une saison à l’autre.”

Leurs di­plômes en poche, ils dé­cident de com­men­cer par un tour du globe. Lors d’une es­cale à Hong Kong, ils ima­ginent le concept d’un ma­ga­sin qui ras­sem­ble­rait des créations de la terre en­tière. Mais plu­tôt de la mode et des ac­ces­soires contem­po­rains que de l’ar­ti­sa­nat et des sou­ve­nirs lo­caux qui charment à l’autre bout du monde ! « À chaque fois que nous re­pé­rons ou ima­gi­nons un pro­duit, on se de­mande tou­jours en quoi il est adap­té à notre époque. Et quelles sont ses chances de sé­duire un pu­blic », ex­pliquent les deux com­plices avec une vraie bosse du com­merce. « Vendre un mo­dèle nous in­té­resse tout au­tant que le des­si­ner », dit sou­vent Ca­rol qui a le tem­pé­ra­ment le plus bu­si­ness des deux. Et Hum­ber­to, l’ar­tiste du duo, d’ajou­ter que « la ques­tion de où et comment por­ter un mo­dèle, de le com­mer­cia­li­ser et faire sa pro­mo­tion fait plei­ne­ment par­tie de notre pro­ces­sus de créa­tion ». Bref, un crayon d’une main et une cal­cu­la­trice de l’autre, Hum­ber­to Leon et Ca­rol Lim ap­par­tiennent à cette gé­né­ra­tion 2.0 de de­si­gners qui ima­ginent des col­lec­tions sans ja­mais perdre de vue la fi­na­li­té de leur mé­tier. En­core une fois, on est loin des cou­tu­riers et créa­teurs des an­nées 80 et 90 en­fer­més dans une tour d’ivoire. « Nous avons pas­sé notre jeu­nesse à faire du shop­ping, écu­mer des malls… » disent-ils pour ex­pli­quer cette fibre mar­chande. À leur ar­ri­vée chez Ken­zo, ce­la se tra­duit par un im­pri­mé « tigre » qui sus­cite d’em­blée l’en­goue­ment. L’hiver der­nier, c’est un « oeil porte-bon­heur bro­dé », des­si­né pla­cé ou ré­pé­té en « all over » qui a fait mouche… Quelque part, ces best-sel­lers ren­voient aux ori­gines de la marque pa­ri­sienne qui connut ses pre­miers suc­cès au contact de la rue. Si­tôt créés et confec­tion­nés, les nou­veaux mo­dèles étaient ex­po­sés en vi­trine de la bou­tique ate­lier de la ga­le­rie Vi­vienne. Le mé­tis­sage d’ins­pi­ra­tions ve­nues d’ailleurs com­po­sait toute la gram­maire de style du fon­da­teur. Quelque qua­rante ans plus tard, il n’y a plus de fron­tières avec In­ter­net. Hum­ber­to Leon et Ca­rol Lim brassent des ré­fé­rences, des des­sins et des signes qui ap­par­tiennent à la terre en­tière. Et de don­ner jour à des pièces ico­niques dans l’es­prit d’Ope­ning Ce­re­mo­ny ou de Ken­zo.

LES AC­CES­SOIRES, ET PLUS PAR­TI­CU­LIÈ­RE­MENT

LE SAC « KA­LI­FOR­NIA », RE­CON­NAIS­SABLE À SES DEUX GROS ZIPS EN BIAIS,

SONT STY­LÉS POUR NE PAS PAS­SER IN­APER­ÇUS.

TRAIT DE CA­RAC­TÈRE DU STYLE KEN­ZO, LES IM­PRI­MÉS RE­VUS PAR HUM­BER­TO LEON ET CA­ROL LIM SONT GÉ­NÉ­RA­LE­MENT TRÈS GRA­PHIQUES ET AS­SO­CIÉS À DES COU­LEURS SOU­TE­NUES.

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