PIERRE HAR­DY

Do­té d’un for­mi­dable coup de crayon, le chaus­seur pa­ri­sien se construit un che­min à part dans l’uni­vers des ac­ces­soires. en 5 dates

Marie Claire 2 - - Curriculum Style - PAR FRÉ­DÉ­RIC MAR­TIN-BER­NARD

Pierre Har­dy écrit sa propre his­toire de­puis quinze ans. Pas à la marge des ten­dances prô­nées par les grandes griffes ni dans l’ombre des géants du luxe, mais plu­tôt d’égal à égal, avec un je-ne-sais-quoi de per­cu­tant et de per­son­nel à l’aune de son ta­lent. Avec lui, l’ori­gi­na­li­té, le chic et la classe ont tou­jours le der­nier mot. « Le bien-al­ler, le confort, c’est pas mon job », dit ce­lui qui est avant tout pré­oc­cu­pé par la pos­ture, la dé­marche, la sil­houette, l’im­pact vi­suel gé­né­rés par ses sou­liers. « Bien sûr, cha­cune de mes créa­tions est sous-ten­due par une vraie tech­no­lo­gie. Mais, comme dans la danse où l’on se moque que les ré­pé­ti­tions aient du­ré des mois, la mode doit sa­voir faire ou­blier la tech­nique, le poids et la com­pli­ca­tion des choses. Ce­la doit être de la ma­gie, de la séduction… » Une sur­prise aus­si. Telles ses col­lec­tions qui osent de nou­velles idées à chaque sai­son, tout en de­meu­rant dans un re­gistre épu­ré fait de lignes ar­chi­tec­tu­rées. Ain­si avec in­ven­ti­vi­té et cons­tance, Pierre Har­dy est par­ve­nu à im­pri­mer un style – son style –, qui dé­passe au­jourd’hui le strict re­gistre du chaus­sant. Des sacs, de la ma­ro­qui­ne­rie, ain­si que des bi­joux com­plètent son uni­vers avec force co­hé­rence.

AN­NÉES 70

Dans ses jeunes an­nées, Pierre Har­dy ne rêve pas de de­ve­nir créa­teur de sou­liers. Ni de tra­vailler dans la mode. À l’ori­gine, seule la danse in­té­resse ce Pa­ri­sien. De cet art qu’il pra­tique pen­dant quelques an­nées, il conserve une dis­ci­pline de vie. Puis, il se pas­sionne pour le des­sin. « Je n’ai ja­mais cru que mes cro­quis pou­vaient de­ve­nir des ob­jets », dit cet agré­gé d’arts plas­tiques qui en­seigne tout d’abord la scé­no­gra­phie à l’École na­tio­nale su­pé­rieure des arts et tech­niques du théâtre (En­satt) alors rue Blanche, puis les arts ap­pli­qués à l’École su­pé­rieure des arts ap­pli­qués Duperré (Esaad), avant de mettre lui-même le pied à l’étrier de la créa­tion.

AN­NÉES 80

En pa­ral­lèle à son poste d’en­sei­gnant qu’il oc­cupe jus­qu’en 2012 – les créa­teurs Bou­chra Jar­rar, Guillaume Hen­ry, Alexandre Mat­tius­si, Ch­ris­tine Phung ont no­tam­ment sui­vi ses cours –, Pierre Har­dy com­mence à cro­quer des chaus­sures. Ain­si, en 1988, il de­vient sty­liste free-lance pour les sou­liers de la mai­son Dior qui vient d’en­ga­ger l’Ita­lien Gian­fran­co Fer­ré comme di­rec­teur artistique. À la même époque, il of­fi­cie aus­si comme illus­tra­teur pour « Vogue Hommes In­ter­na­tio­nal » et « Va­ni­ty Fair » Ita­lie. Et de trou­ver en­core du temps pour s’im­pli­quer dans l’or­ga­ni­sa­tion du Fes­ti­val in­ter­na­tio­nal de mode et de pho­to­gra­phie de Hyères qui en­cou­rage les nou­veaux ta­lents.

1990

UN COUP DE CRAYON

PLU­SIEURS CORDES À UN ARC

L’AP­PEL DU PIED DU SELLIER

Pierre Har­dy, dont le nom cir­cule beau­coup dans la pro­fes­sion bien qu’il ne pos­sède pas sa propre marque, est ap­pe­lé par Her­mès. Au dé­part, le projet de col­la­bo­ra­tion porte uni­que­ment sur les chaus­sures pour femmes. Puis, pour hommes. En 2001, on lui pro­pose de plan­cher éga­le­ment sur les bi­joux.

Pour lui, c’est un chal­lenge in­édit, pas­sion­nant. « À la dif­fé­rence des sou­liers qui s’usent, il s’agis­sait là de créer des ob­jets pour tou­jours, d’in­suf­fler une mo­der­ni­té à par­tir d’un vo­ca­bu­laire clas­sique et de codes très pré­cis », dé­crypte le de­si­gner qui fait dé­sor­mais par­tie de la « fa­mille » du sellier de­puis près d’un quart de siècle.

1999

« C’est un “piège” de créa­teur, ex­plique Pierre Har­dy. Plus tu des­sines, plus te viennent des idées. Cer­taines sont très per­son­nelles, elles ne rentrent dans au­cune case des mai­sons pour les­quelles tu collabores. Alors, tu crées une autre boîte pour les en­tre­po­ser et, un beau jour, te prend l’en­vie de les réa­li­ser. » En 1999, il crée sa propre marque. Ses pre­mières col­lec­tions per­son­nelles sont concen­trées, presque ra­di­cales, com­po­sées de peu de formes, en deux ou trois hau­teurs de ta­lons. For­cé­ment, il y a un gra­phisme, un élan, une al­lure. La cam­brure in­flue sur la dé­marche, la sil­houette. D’em­blée, on ne chausse pas ces sou­liers-là par ha­sard. En 2003, une pre­mière bou­tique au Pa­lais-Royal voit le jour.

2006

UNE MAI­SON À SON NOM

D’UN AC­CES­SOIRE À L’AUTRE

Trois ans après les femmes, les hommes dé­couvrent le ta­lent du chaus­seur Pierre Har­dy. Ses mo­dèles mas­cu­lins sont d’ins­pi­ra­tion clas­sique et, sur­tout, il y a quelques snea­kers de toutes les cou­leurs qui suf­fi­ront à re­lan­cer la mode des bas­kets à tige haute. En 2006, il édite ses pre­miers mo­dèles de sacs et de pe­tite ma­ro­qui­ne­rie. Les bords sont sou­vent re­haus­sés d’un large biais. Un mo­tif cube re­vient comme une si­gna­ture. La mai­son prend ses marques, ouvre une se­conde bou­tiques de l’autre cô­té de la Seine, ain­si qu’à New York. Sans ou­blier que pen­dant toutes ces an­nées, ce chaus­seur, qui n’a dé­ci­dé­ment pas les deux pieds dans le même sa­bot, planche aus­si sur les mo­dèles de Ba­len­cia­ga, me­né alors de main de maître par son grand com­plice Ni­co­las Ghes­quière.

SOU­LIER À PLATEAU EN CUIR SUÉ­DÉ ET GROS-GRAIN DE L’AU­TOMNE-HIVER 2010-2011. PIERRE HAR­DY SE FAIT CONNAÎTRE

AVEC SES ILLUS­TRA­TIONS POUR LA PRESSE

MA­GA­ZINE.

EN 1999, UN TA­LON

LAME SIGNE SON PRE­MIER ES­CAR­PIN.

LES MAN­CHETTES EN OR (À GAUCHE) RE­PRENNENT LE MO­TIF CUBE, SI­GNA­TURE GRA­PHIQUE DE PIERRE HAR­DY. DANS LA MA­RO­QUI­NE­RIE IL SE DÉ­MARQUE AUS­SI PAR DES CONTRASTES DE COU­LEURS ET DES BORDS RE­HAUS­SÉS DE LARGES GANSES.

AU­TOMNE-HIVER 2006-2007.

AU­TOMNE-HIVER 2014-2015.

PRIN­TEMPS-ÉTÉ 2011.

PRIN­TEMPS-ÉTÉ 2005.

PRIN­TEMPS-ÉTÉ 2009.

PRIN­TEMPS-ÉTÉ 2006.

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