So­cié­té

Belles fa­milles.

Marie Claire Enfants - - Sommaire - Par Juliette Erhel. Pho­to­gra­phie Ca­mille Ma­lis­sen.

"Dé­ci­dé­ment, il est loin, le mythe de la mé­chante

belle-mère !"

Ils co­ha­bitent en “garde al­ter­née”, à “temps plein” ou un “week-end sur deux” avec un beau-pa­rent et des frères ou soeurs que l’on dit “vrais”, “de­mi”, ou même “qua­si”. Pas évident de trou­ver ses re­pères sous cette ava­lanche de termes nou­veaux ? Et si la réa­li­té était beau­coup plus simple que les mots des adultes : rencontre avec deux fra­tries pa­ri­siennes qui ont ex­clu toute de­mi-me­sure de leur vo­ca­bu­laire...

Jules a tout juste 8 ans et par­tage sa vie entre ses deux mai­sons car ses pa­rents ont op­té pour le sys­tème de la garde al­ter­née de­puis qu’il est tout pe­tit. Jules a donc dé­mé­na­gé au gré de l’évo­lu­tion des deux foyers : seul avec son pa­pa une se­maine sur deux de­puis de longues an­nées, il a em­mé­na­gé il y a 6 mois avec “l’amou­reuse” de ce der­nier et sa dé­sor­mais “belle-soeur... la fille de l’amou­reuse de pa­pa”. L’autre moi­tié de son temps, Jules a eu la chance de le par­ta­ger d'abord avec sa ma­man en tête-à-tête, avant d’em­mé­na­ger avec De­nis, son beau-père. Puis de re-dé­mé­na­ger, il y a deux ans, à la nais­sance de Lou qu’il est fier de nous pré­sen­ter comme sa “pe­tite soeur”. Jules a donc dé­jà connu beau­coup de do­mi­ciles dif­fé­rents. Dé­sta­bi­li­sant ? Pas vrai­ment... Jules le dé­brouillard connaît son pe­tit quar­tier, le 18e, comme sa poche et nous dé­crit les rues de sa pe­tite en­fance bien mieux que Google Maps. Ses deux pa­rents ont tou­jours veillé à res­ter dans l’ar­ron­dis­se­ment et Jules n’a ja­mais chan­gé d’école. Au­jourd’hui, il nous parle avec en­thou­siasme de ses bonnes notes, des co­pains qu’il a hâte de re­trou­ver pour fê­ter son an­ni­ver­saire “in­ter­dit aux moins de 8 ans” et de ses deux foyers : parce qu’on lui pose la ques­tion.

“C’est bien d’avoir deux mai­sons très dif­fé­rentes : chez ma­man, y a que des trucs vin­tage et chez pa­pa, que des trucs nou­veaux. Bon, chez ma­man, il n’y a pas la télé mais sur l’or­di, je peux re­gar­der plein de trucs”. En fait, il s’adapte : chez son père, Jules joue avec sa col­lec­tion de Lé­go. Chez sa mère, blo­gueuse et fan de vin­tage, Jules cui­sine, pose pour le blog ou en­core court les bro­cantes pour chi­ner des cartes Po­ké­mon vin­tage. De toute fa­çon, Jules n’a pas de sou­ve­nirs de ses pa­rents en­semble : ils se sont sé­pa­rés quand il avait à peine un an. Au­jourd’hui, il en a huit et est plu­tôt content que le cli­mat se soit apai­sé. “C’est dur d’avoir des pa­rents qui ne s’en­tendent pas, mais c’était plus dur avant quand ils criaient.” Au­jourd’hui, ils se voient une, voire deux fois par an, à l’an­ni­ver­saire ou à la fête de l’école, et c’est mieux comme ça.

Et puis, sur­tout, main­te­nant il y a Lou ! Lou, l’in­tré­pide pe­tite soeur de 2 ans tout rond, qui par­tage sa chambre, et que Jules voit avec amu­se­ment grim­per dans son lit-mez­za­nine pour le re­joindre. “Elle m’a vu plein de fois le faire, alors main­te­nant, elle sait comment mon­ter !” Pe­tite fier­té de très grand frère... Jules est ra­vi d’avoir une pe­tite soeur qui lui grimpe sur le dos ou fait des ca­brioles sur son lit de grand. “Je ne suis plus tout seul, je peux jouer avec quel­qu’un quand ma­man fait la sieste.” Il faut dire que ce grand frère a beau­coup de pa­tience, mais Lou peut quand même lui ta­per sur les nerfs. Dans sa chambre, ses se­crets sont soi­gneu­se­ment ca­de­nas­sés pour évi­ter que Lou ne les sub­ti­lise, et puis il a son “tour de lit-ca­chette cou­su par ma­man”, pour échap­per de temps en temps à la tor­nade Lou. “Elle est éner­vante, elle m’em­pêche de dor­mir, elle monte dans mon lit à 7h moins 10 alors que, moi, je me ré­veille à 7h. Bref je ne dors pas de la nuit !”

Heureusement, il y a un nou­veau bé­bé qui est en route : Jules va pou­voir ré­cu­pé­rer une chambre à lui tan­dis que les deux pe­tits par­ta­ge­ront la leur. En­core un chan­ge­ment ? Mais Jules n’est pas plus trou­blé que ce­la, la seule rai­son pour la­quelle sa voix tremble d’émo­tion c’est le “lit-ca­bane” que sa ma­man lui a pro­mis dans la nou­velle chambre... En­suite, le bé­bé, c’est se­con­daire. Gar­çon ou fille, il s’en fiche, mais il pré­fè­re­rait quand même un pe­tit frère. Pas un de­mi.

Am­biance sur­vol­tée chez Anne-Laure et Thierry en ce di­manche ma­tin. Tan­dis que les pa­rents s’af­fairent pour pré­pa­rer leur dé­part im­mi­nent à la cam­pagne, les deux jeunes en­fants du couple, Hip­po­lyte, 7 ans, et Ga­brielle, 4 ans, cha­hutent gaie­ment sous l’oeil d’Étienne, le grand fils de Thierry qui a pas­sé la soi­rée de la veille à faire du ba­by-sitting. On at­tend tou­jours Thomas, son ca­det, qui dort chez sa mère ce week-end-là... ou plus pro­ba­ble­ment chez un co­pain, “his­toire de pro­fi­ter tran­quille­ment de sa grasse ma­ti­née après une bonne fête”, sou­rit Étienne.

Étienne a 20 ans et a quit­té le domicile pa­ter­nel, qu’il oc­cu­pait à plein temps l’an­née der­nière, pour vivre sa vie d’étu­diant en his­toire de l’art. “Of­fi­ciel­le­ment. En fait, je m’oc­cupe sur­tout du la­bel au­dio­vi­suel que j’ai créé avec un col­lec­tif d’ar­tistes”. En quit­tant les lieux, Étienne a li­bé­ré une place pré­cieuse dans le 100 m2 oc­cu­pé par la grande fa­mille. “C’est bien, on ap­prend le par­tage, no­tam­ment pour la salle de bains le ma­tin : il y en a deux dans l’ap­part, mais en fait, on en par­ta­geait une pour 5, la pre­mière étant ré­ser­vée ex­clu­si­ve­ment à Anne-Laure”, ri­gole Étienne. Le jeune homme sa­voure donc la vie en so­li­taire mais re­vient ré­gu­liè­re­ment pour faire du ba­by-sitting, la­ver son linge ou se ser­vir dans le fri­go fa­mi­lial.

Dé­sor­mais, Hip­po­lyte par­tage sa chambre une se­maine sur deux avec son grand frère Thomas qui, contrairement à Étienne, a choi­si de res­ter en garde al­ter­née. “C’est bien de vivre avec un grand frère à la mai­son. À l’école, si on m’em­bête, je parle de Thomas et on n’ose plus m’at­ta­quer !” Ga­brielle, la pe­tite der­nière, a une chambre pour elle toute seule, ce qui est plus pra­tique pour sto­cker toutes ses robes de prin­cesse et échap­per à Hip­po­lyte qui aime bien l’em­bê­ter. “J'adore jouer avec Étienne, il fait tout le temps des blagues, pas comme Hip­po­lyte...”.

Comme Étienne la veille, les deux grands sont sou­vent mis à contri­bu­tion pour jouer aux ba­by-sit­ters : un sys­tème bien pra­tique pour les pa­rents, même s’il faut main­te­nant les ré­mu­né­rer quand ils ont des sor­ties pré­vues. Le fait de s’oc­cu­per des pe­tits a éveillé chez les deux grands frères une vo­ca­tion pré­coce : ti­tu­laire du BA­FA, Étienne a dé­jà ani­mé ses pre­mières co­los et Thomas va cer­tai­ne­ment l'imi­ter dès l'été pro­chain. D’une ma­nière gé­né­rale, le fait d’avoir des pa­rents sé­pa­rés et une en­fance un peu chao­tique a cer­tai­ne­ment dé­ve­lop­pé “notre sens des res­pon­sa­bi­li­tés”, sou­ligne Étienne, qui sou­haite ren­trer très vite dans la vie ac­tive. Et ce­la a sur­tout contri­bué à sou­der un lien très fort entre les deux grands. “Mal­gré nos 4 ans d’écart, on part en va­cances en­semble... Je connais peu de frères de nos âges aussi proches que nous.” Nor­mal : c’est avec Thomas qu’Étienne a par­ta­gé les grandes épreuves plus ou moins heu­reuses de sa vie. Dans la sé­rie des jo­lis sou­ve­nirs, il évoque tout de suite l'ar­ri­vée d’Hip­po­lyte, ré­vé­lée par An­ne­Laure sous forme de ré­bus à dé­chif­frer. Puis celle de Ga­brielle, an­non­cée dans une en­ve­loppe qu’il a eu soin de dé­ca­che­ter : “Cette fois-là, je sa­vais avant tout le monde que ce se­rait une fille, ce n’est pas pos­sible de faire tant de gar­çons !” Il n’y a au­cune ja­lou­sie en­vers les deux plus jeunes qui “sont éle­vés comme nous. On sa­vait que leur nais­sance al­lait chan­ger beau­coup de choses, mais on avait dé­jà vu pa­pa chan­ger – en bien – au contact d’Anne-Laure.” Du look d’en­tre­pre­neur costume-cra­vate, Thierry est pas­sé au look bo­bo, va­li­dé par les deux grands, mais un bo­bo “qui a trou­vé une vraie sta­bi­li­té”. Le ma­riage de leur père est aussi un sou­ve­nir mar­quant pour Étienne et Thomas qui ont, ce jour-là, ému l’as­sem­blée avec un dis­cours com­mun si­gni­fiant leur at­ta­che­ment à Anne-Laure et leur joie d’ap­par­te­nir à cette belle fa­mille... Der­nier beau sou­ve­nir fa­mi­lial en date : les va­cances en Grèce, évo­quées à l’unis­son par les quatre en­fants, no­tam­ment par Thomas qui vient tout juste de nous re­joindre... Dé­sor­mais seul à par­ta­ger le quo­ti­dien avec ses pe­tits frère et soeur, Thomas n’est pas mé­con­tent ce ma­tin-là d’avoir pu pro­fi­ter d’une grasse mat car, comme tous les en­fants, son pe­tit frère Hip­po­lyte est du genre ma­ti­nal. “Pas fa­cile de dor­mir tran­quille le week-end.” Ce­la dit, une se­maine sur deux, Thomas a sa propre chambre et pré­serve son sta­tut de pe­tit der­nier chez sa mère. “De toute fa­çon, main­te­nant, je fais un peu comme je veux.”

"Je connais peu de frères de nos âges aussi proches

que nous."

S’il est libre de choi­sir, c’est qu’il est dé­jà, comme Étienne, très ma­ture pour son âge : passionné de théâtre, il a long­temps en­vi­sa­gé d’épou­ser une car­rière de co­mé­dien, mais se rend compte, du haut de ses seize ans, que ce n’est sans doute pas l’op­tion la plus rai­son­nable. Une vi­sion qu’ap­prouve vi­si­ble­ment Anne-Laure qui s’est im­pli­quée dans la vie sco­laire des grands gar­çons et dont la voix compte pour eux. “On n’a que quinze ans d’écart avec Anne-Laure, ce n’est pas la même gé­né­ra­tion mais ça rap­proche : elle nous conseille des films, par exemple !” Dé­ci­dé­ment, il est loin, le mythe de la mé­chante belle-mère ! Et les deux grands gar­çons se font un plai­sir de l’en­voyer val­ser en char­riant af­fec­tueu­se­ment Anne-Laure sur la salle de bains ou les par­ties de Tri­vial Pur­suit qu’elle dé­teste perdre...

Page de gauche De gauche à droite : Jules, 8 ans, dans les bras de sa ma­man Éli­sa. Lou, 2 ans, fille d'Éli­sa, dans les bras de son pa­pa, De­nis.

Ci-contre Thierry et Anne-Laure, les pa­rents. Étienne, 20 ans, et Thomas, 16 ans, les fils de Thierry, en­tou­rant Hip­po­lyte, 7 ans, et Ga­brielle, 4 ans, is­sus du ma­riage de Thierry et Anne-Laure.

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