Éco­lo­gie

Sau­ver la pla­nète en rem­plis­sant son cad­die

Marie Claire Enfants - - Sommaire - › Par Cé­line D. Son­gis. Illustrations El­liot Beaumont.

L’ÉCO­LO­GIE OU LE RES­PECT DES ÉQUI­LIBRES

L’ali­men­ta­tion, su­jet sen­sible aux mul­tiples en­jeux – cultu­rels, sa­ni­taires, mais aussi en­vi­ron­ne­men­taux et éco­no­miques – a long­temps été un do­maine où l’in­dus­trie agroalimentaire et la grande dis­tri­bu­tion ont dic­té nos com­por­te­ments. L’être hu­main est dé­pen­dant de la pla­nète sur la­quelle il vit et, en pre­mier lieu, pour res­pi­rer, se nour­rir, s’abreu­ver... C’est sans doute idiot de le rap­pe­ler... Mais à ce jour, l’hu­ma­ni­té ne peut comp­ter que sur la Terre pour naître, gran­dir et faire des pro­jets. Il in­combe donc aux hommes de prendre soin des res­sources na­tu­relles, vi­vantes ou non, re­nou­ve­lables ou pas, et de veiller col­lec­ti­ve­ment à ce que chaque être hu­main puisse dis­po­ser des res­sources in­dis­pen­sables à sa sur­vie. Nous de­vons être cons­cients des in­ter­dé­pen­dances entre les mi­lieux na­tu­rels et les po­pu­la­tions : les choix et les mé­thodes d’ex­ploi­ta­tion des res­sources – cul­ture, mais aussi pêche, éle­vage, construc­tion, chauf­fage, ha­bille­ment, dé­pla­ce­ments... –, l’or­ga­ni­sa­tion des échanges éco­no­miques et la mise à dis­po­si­tion de ces mêmes res­sources – trans­for­mées ou pas, gra­tuites ou non – ont un im­pact di­rect sur l’état de san­té et la sur­vie des po­pu­la­tions, ain­si que sur l’émer­gence de conflits. Ce n’est plus de l’éthique, mais du bon sens : nous sommes tous concer­nés !

Sur le plan de la san­té, tout d’abord : l’être hu­main est om­ni­vore. Sa san­té dé­pend non seule­ment de la qua­li­té nu­tri­tion­nelle des vé­gé­taux qu’il mange, mais aussi de la qua­li­té de l’ali­men­ta­tion des ani­maux dont il aime consom­mer la chair, les oeufs ou le lait. Or l’agri­cul­ture “conven­tion­nelle ” a dé­ve­lop­pé des mé­thodes de pro­duc­tion en rup­ture avec les équi­libres na­tu­rels. Ce­la per­turbe non seule­ment les éco­sys­tèmes, mais spé­ci­fi­que­ment l’en­semble des chaînes ali­men­taires : ap­pau­vris­se­ment en nu­tri­ments et en mi­cro­nu­tri­ments es­sen­tiels, mo­di­fi­ca­tion du mé­ta­bo­lisme des êtres vi­vants, ap­pa­ri­tion de ma­la­dies liées aux pol­lu­tions ou aux ca­rences. En outre, dans sa re­cherche constante de pro­fit, l’in­dus­trie agroalimentaire pro­pose des pro­duits trans­for­més d’une qua­li­té nu­tri­tion­nelle dis­cu­table et au mi­ni­mum mal contrô­lée, et in­duit de nou­veaux com­por­te­ments ali­men­taires de plus en plus cou­pés des be­soins phy­sio­lo­giques des in­di­vi­dus. La re­cherche scien­ti­fique dé­montre de plus en plus fré­quem­ment le lien entre des ma­la­dies et le conte­nu de nos as­siettes. Can­cers, ma­la­dies in­flam­ma­toires, au­to-im­munes ou neu­ro­dé­gé­né­ra­tives... Bien des maux s’ap­pa­rentent en fait à des “ma­la­dies de ci­vi­li­sa­tion ” dont les fac­teurs fa­vo­ri­sant sont for­te­ment liés à notre ali­men­ta­tion : ca­rences en acides gras in­sa­tu­rés omé­ga 3 ou en an­ti­oxy­dants, ex­po­si­tion aux pes­ti­cides, aux ad­di­tifs chi­miques, aux mé­taux lourds, aux phos­phates... Rendre la san­té aux po­pu­la­tions né­ces­site en pre­mier lieu de re­mettre de l’ordre dans les fi­lières ali­men­taires et de ten­ter de ré­ta­blir les équi­libres na­tu­rels des éco­sys­tèmes.

Sur le plan éco­no­mique, en­suite : l’in­dus­trie agroalimentaire et la grande dis­tri­bu­tion font mi­roi­ter aux consom­ma­teurs une ali­men­ta­tion à bas coût, un bé­né­fice sur le “pou­voir d’achat ”. Mais jus­qu’où ? Et au prix de com­bien de crises sa­ni­taires ? Au­jourd’hui, la part du bud­get consa­crée à l’ali­men­ta­tion dans les pays de l’Union eu­ro­péenne ne dépasse pas 15 % 1. En 1950, elle était de plus de 40 %. Ce phénomène s’est ac­com­pa­gné d’un dé­ve­lop­pe­ment pré­oc­cu­pant de “ma­la­dies de ci­vi­li­sa­tion ” et d’une ex­plo­sion des dé­penses de mé­di­ca­ments cen­sés contrer les ef­fets dé­lé­tères des “mau­vaises graisses ” et autres sucres en ex­cès. Comment croire en­core que la re­cherche du prix le plus bas peut se faire sans com­pro­mettre la qua­li­té des pro­duits ni gé­né­rer de coûts ca­chés pour la col­lec­ti­vi­té (dé­pol­lu­tion, mé­di­ca­ments et soins, mais aussi chô­mage...) ? Les de­mandes de prix les plus bas de la grande dis­tri­bu­tion contri­buent lar­ge­ment à orien­ter la pro­duc­tion agri­cole vers des stan­dards mé­diocres et des pra­tiques en­vi­ron­ne­men­tales ca­tas­tro­phiques, dont une politique d’im­por­ta­tion pour des pro­duits pour­tant culti­vés lo­ca­le­ment. Tout ce­la a un im­pact so­cial et en­vi­ron­ne­men­tal exor­bi­tant. Dé­ve­lop­per les cir­cuits courts et la re­la­tion di­recte entre le pro­duc­teur et le consom­ma­teur, fa­vo­ri­ser l’au­to­no­mie ali­men­taire des ter­ri­toires et les échanges lo­caux dans des condi­tions so­cia­le­ment res­pon­sables – au Nord comme au Sud – sont d’im­por­tants le­viers dans la pré­ven­tion des crises.

Lorsque nous fai­sons notre mar­ché, nous agis­sons im­per­cep­ti­ble­ment sur tous ces équi­libres, qu’ils soient bio­lo­giques, so­ciaux ou éco­no­miques. Nous ren­for­çons des cir­cuits d’ap­pro­vi­sion­ne­ment, nous ali­men­tons des ré­seaux fi­nan­ciers, nous in­fluons sur notre san­té mais aussi sur celle des pro­duc­teurs et sur leur en­vi­ron­ne­ment. Alors pre­nons la me­sure de nos moyens d’ac­tion. Et choi­sis­sons la fa­çon de rem­plir notre cad­die. 1

En­vi­ron 7 % aux États-Unis.

Il faut pro­duire, consom­mer, man­ger “au­tre­ment ”. Où s’ap­pro­vi­sion­ner ? Bio ? Lo­cal ? De sai­son ? Les trois ? Des pistes concrètes pour consom­mer et man­ger mieux.

POUR­QUOI SE PAS­SER DES “HY­PERS ” ?

On y ar­rive très bien, sans se nour­rir ex­clu­si­ve­ment de ra­cines et d’in­sectes pour au­tant. Se fixer un tel ob­jec­tif oblige sou­vent à re­con­si­dé­rer com­plè­te­ment ses ha­bi­tudes d’ap­pro­vi­sion­ne­ment, mais les bé­né­fices de la dé­marche sont mul­tiples :

Al­ler vers une nour­ri­ture moins stan­dar­di­sée, moins in­dus­trielle, et de meilleure qua­li­té nu­tri­tion­nelle. En éli­mi­nant les hy­per­mar­chés de ses cir­cuits d’ap­pro­vi­sion­ne­ment, on se tourne plus na­tu­rel­le­ment vers les pro­duc­teurs lo­caux, les grou­pe­ments de pro­duc­teurs, les coo­pé­ra­tives dé­diées à l’ap­pro­vi­sion­ne­ment bio­lo­gique – la vraie bio, pas celle des in­dus­triels dé­tour­nant l’in­ten­tion pre­mière des la­bels à des fins de green­wa­shing 2... – ou en­core les as­so­cia­tions pour le main­tien d’une agri­cul­ture pay­sanne (AMAP).

Ré­duire sa pro­duc­tion de dé­chets (em­bal­lages, gas­pillage) en se tour­nant vers les pro­duits ven­dus en vrac et les conte­nants re­char­geables.

Réa­li­ser des éco­no­mies en ef­fec­tuant moins d’achats su­per­flus ou im­pul­sifs, et en pré­fé­rant des ali­ments de cul­ture bio­lo­gique (plus concen­trés en élé­ments nu­tri­tifs, plus ras­sa­siants).

Ac­qué­rir une meilleure connais­sance des ali­ments, de leur mode de conser­va­tion et de pré­pa­ra­tion, en dé­ve­lop­pant no­tam­ment un rap­port plus di­rect avec des pro­duc­teurs ou des com­mer­çants in­ves­tis.

Dé­cou­vrir de nou­veaux ali­ments. Être moins in­fluen­cé par le mar­ke­ting et pro­té­ger les en­fants du condi­tion­ne­ment à des marques com­mer­ciales.

Man­ger frais bien plus sou­vent, et de sai­son, presque tou­jours. Fi­na­le­ment, mieux maî­tri­ser ce que l’on mange, sans faire dé­ri­ver son bud­get pour au­tant.

COMMENT REM­PLA­CER LES “HY­PERS ” ?

En adhé­rant à une AMAP. C’est à la fois sain et éco­no­mique : on s’en­gage sur une sai­son ou deux (prin­temps-été / au­tom­ne­hi­ver) à ache­ter un pa­nier di­ver­si­fié is­su de la pro­duc­tion d’un agri­cul­teur lo­cal, sui­vant la charte de l’agri­cul­ture pay­sanne et/ou bio­lo­gique. De cette ma­nière, la ré­colte est pré­fi­nan­cée, les prix et les risques sont mieux maî­tri­sés. On ne choi­sit pas chaque se­maine la com­po­si­tion du pa­nier : c’est au consom­ma­teur de s’adap­ter à ce qui est pro­po­sé, les ré­coltes sont en­tiè­re­ment va­lo­ri­sées. Le pa­nier heb­do­ma­daire est li­vré à un ho­raire et un lieu de rencontre fixes. On le rap­porte chez soi... et on cui­sine sui­vant son conte­nu. Pour trou­ver une AMAP, il suf­fit de cher­cher dans un an­nuaire en ligne : re­seau-amap.org, ave­nir-bio.fr.

En bu­ti­nant à la ruche. Les ruches réunissent des consom­ma­teurs en grou­pe­ments d’achat en di­rect au­près de pro­duc­teurs lo­caux. On y trouve donc des pro­duits frais, mais aussi des pro­duits d’épicerie trans­for­més lo­ca­le­ment, et tout ce que les membres de ces ruches au­ront réus­si à pro­po­ser en dé­ve­lop­pant leur ré­seau de pro­duc­teurs. Après s’être ins­crit, on passe com­mande via un site In­ter­net. La li­vrai­son a lieu aussi à jour fixe dans le lo­cal de la ruche (le ca­fé de votre quar­tier par exemple). Ici, au­cune no­tion d’en­ga­ge­ment dans la du­rée, on bu­tine. La ruche ga­ran­tit aux pro­duc­teurs un prix d’achat équi­table : la marge dis­tri­bu­teur est de 15,8 % du prix de vente fi­nal, contre 100 à 300 % pour des pro­duits frais en grande dis­tri­bu­tion. Pour se lan­cer : la­ru­che­qui­di­toui.fr. En fai­sant ap­pel aux coo­pé­ra­tives bio­lo­giques. Ici aussi, les re­la­tions avec les pro­duc­teurs font l’ob­jet de beau­coup d’at­ten­tion. Les four­nis­seurs sont sé­lec­tion­nés pour la qua­li­té de leur dé­marche et de leurs pro­duits, et les marges ap­pli­quées sont ré­duites (25 % à 31 % maxi­mum pour le ré­seau Bio­coop), les bé­né­fices étant li­mi­tés sta­tu­tai­re­ment à 5 % du chiffre d’af­faires, et re­dis­tri­bués aux sa­la­riés à hau­teur d’un tiers au mi­ni­mum. Dans les coo­pé­ra­tives, la gamme de pro­duits pro­po­sés est très large, et ré­flé­chie. Les ali­ments ven­dus en vrac sont très dé­ve­lop­pés. Voi­ci trois ré­seaux de coo­pé­ra­tives à la dé­marche exem­plaire : bio­coop.fr, nou­veaux­ro­bin­son.fr, bio­monde.fr.

L’ÊTRE HU­MAIN EST OM­NI­VORE. SA SAN­TÉ DÉ­PEND DE LA QUA­LI­TÉ DE L’ALI­MEN­TA­TION DES ANI­MAUX

DONT IL AIME CONSOM­MER LA CHAIR, LES OEUFS OU LE LAIT.

On tâ­tonne au dé­but, on note des adresses, on teste, on com­pare... On perd un peu de temps, sans doute, mais pour en ga­gner en­suite. On dé­couvre des la­bels : Na­ture et Pro­grès, De­me­ter, Bio Co­hé­rence... Au fil des jours, le pay­sage de la consom­ma­tion éco­lo­gique et res­pon­sable se des­sine. Les em­bal­lages en plas­tique ou en car­ton cèdent la place à des boîtes her­mé­tiques et des bo­caux dans les pla­cards. On n’achète plus d’eau mi­né­rale en bou­teilles, ou alors très ra­re­ment. On rem­plit moins vite les pou­belles. On rêve de faire pous­ser des sa­lades sur son bal­con. Et puis, la les­sive aussi s’achète en vrac. On dé­couvre les cos­mé­tiques bio, par la même oc­ca­sion. L’hy­per­mar­ché ? Les en­fants nous ont dit qu’il avait été... dé­truit lors d’une at­taque de droïdes. (De­main). 2

Ou éco­blan­chi­ment.

C’EST FA­CILE !

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