Rencontre

Lu­di­vine & Lou

Marie Claire Enfants - - Sommaire - › Par Juliette Erhel. Pho­to­gra­phies Ca­mille Ma­lis­sen.

Que ceux qui n’au­raient ja­mais en­ten­du par­ler de la jeune hé­roïne sui­vie par des mil­liers de bé­dé­philes en herbe se ras­surent, Lu­di­vine Sa­gnier elle-même a dû se ren­sei­gner au­près de sa nièce après la pro­po­si­tion de son agent. “Mes filles n’ont que 5 et 9 ans, elles étaient trop jeunes au mo­ment de l’ex­plo­sion Lou ”, jus­ti­fie-t-elle. “Mais TOUT LE MONDE connaît ! ”, ré­torque, ou­trée, sa nièce de 12 ans... Pour les re­tar­da­taires, donc, Lou, brin­dille blonde créa­tive et aé­rienne de 13 ans, ra­conte son pe­tit monde em­pli de cou­leurs et de poé­sie au fil des pages d’un jour­nal des­si­né : Em­ma, sa ma­man cé­li­ba­taire accro aux jeux vidéo, Ri­chard, son nou­veau voi­sin hip­pie “à la peau de mou­ton mort ”, ou sa grand-mère aca­riâtre tout droit sor­tie d’une autre époque... Sous le crayon sub­til de Julien Neel se des­sine une ga­le­rie de per­son­nages lou­foques et hau­te­ment ad­dic­tifs.

Le pa­ri de faire vivre ces per­son­nages à l’écran n’était pas si évident. Au pre­mier coup d’oeil, Lo­la ne cor­res­pond pas for­cé­ment à la jeune hé­roïne : aussi brune que Lou est blonde, elle se dit ex­trê­me­ment ti­mide, rien ne la pré­dis­po­sait donc à la comédie. Ha­bi­tuée des shootings photo et avec quelques spots pub à son ac­tif, elle n’au­rait ja­mais ima­gi­né dé­cro­cher un pre­mier grand rôle au ci­né­ma. C’est pour­tant elle qui a été choi­sie “par­mi trois cents aspirantes au rôle ”, pré­cise Lu­di­vine. “C’était une évi­dence, elle était Lou. ” Quant à sa ti­mi­di­té, Lo­la le confesse, elle laisse place au jeu et à l’en­thou­siasme “dès que la ca­mé­ra tourne ”. Au­jourd’hui, c’est la même chose. Si­tôt le dic­ta­phone en­clen­ché, la jeune ac­trice s’illu­mine pour nous par­ler de son film ! A prio­ri im­pres­sion­née par le pla­teau et les ac­teurs cé­lèbres pré­sents sur le tour­nage – outre Lu­di­vine Sa­gnier, la jeune fille de 13 ans don­nait la ré­plique à Na­tha­lie Baye, Kyan Kho­jan­di de la sé­rie Bref ou en­core Ju­lie Fer­rier –, Lo­la a vite lâ­ché prise sous l’oeil bien­veillant de l’équipe. “Dès le pre­mier jour, Na­tha­lie Baye me pre­nait sur ses ge­noux pour me faire des gui­lis, alors ça aide. Et puis c’est vrai que je res­semble à Lou, on a des centres d’in­té­rêt iden­tiques même si j’ai trop la flemme pour écrire mon jour­nal in­time ou pour coudre mes propres vê­te­ments ! ” Lu­di­vine Sa­gnier, au contraire, semble très éloi­gnée de son per­son­nage : mère cé­li­ba­taire à la dé­rive af­fu­blée de grosses lu­nettes, en­gon­cée dans une robe de chambre XXL et plan­quée sous une épaisse cri­nière brune, la Em­ma du dé­but

AVEC EN­THOU­SIASME, LE JEUNE RÉA­LI­SA­TEUR A EM­BAR­QUÉ CO­MÉ­DIENS ET TECH­NI­CIENS AUX FRON­TIÈRES DU RÉEL DANS DES SCÈNES

SUR­RÉA­LISTES.

du film est bien loin de la blonde pé­tillante que l’on a l’ha­bi­tude de voir à l’écran. “Le costume m’a beau­coup ai­dée. Lors des pre­mières lec­tures, j’en fai­sais des tonnes : bras bal­lants jus­qu’aux ge­noux, dos voû­té... J’ai eu be­soin de for­cer le trait pour en­suite gom­mer la ca­ri­ca­ture et ra­me­ner ma vé­ri­té au per­son­nage. ” Ma­man de deux pe­tites filles, Lu­di­vine ne se re­con­naît pas non plus dans le couple mère-fille for­mé par Em­ma et Lou. “Je ne suis pas du tout le même genre de mère. Moi, je suis hy­per ri­gou­reuse et or­ga­ni­sée. Mais j’adore Em­ma, c’est elle l’en­fant dans le couple, elle est trop mi­gnonne. ” Son coup de foudre pour le per­son­nage n’a d’ailleurs pas lais­sé de place au doute après la lec­ture du scé­na­rio. “J’ai qua­si­ment sé­ques­tré Julien Neel pour avoir le rôle, je ne lui ai pas lais­sé le choix ! ”, s’amuse-t-elle.

“Em­ma ap­prend à s’ai­mer, c’est ce­la qui est in­té­res­sant. ” De la femme-en­fant dé­pri­mée à Si­dé­ra, la ba­rou­deuse du cos­mos, il n’y a qu’un pas. Quand la jeune tren­te­naire, qui peine à joindre les deux bouts en tant que tra­duc­trice, dé­cide de se lan­cer dans le ro­man de science-fic­tion, elle ap­pa­raît mé­ta­mor­pho­sée en guer­rière sexy sous les traits des­si­nés de son hé­roïne in­ter­si­dé­rale dans des sé­quences car­toon qui ponc­tuent le film. L’oc­ca­sion rê­vée pour prendre une re­vanche ima­gi­naire et ju­bi­la­toire sur sa propre mère, cam­pée ma­gni­fi­que­ment par Na­tha­lie Baye, dont la vi­site éclair me­nace de plom­ber le duo Em­ma/ Lou. Lu­di­vine en pro­fite pour sa­luer sa par­te­naire. “Na­tha­lie est im­pres­sion­nante dans son costume de grand-mère mais c’est à elle-même qu’elle de­vait faire le plus peur. Je la voyais ar­ri­ver tous les ma­tins tel­le­ment belle avant d’en­trer au ma­quillage pour prendre 10 ans d’un coup ! Mal­gré tout, elle par­vient à don­ner à la vieille grin­cheuse un cô­té Ma­ry Pop­pins qui est vrai­ment tou­chant. ”

Au-de­là des rôles et de leur in­ter­pré­ta­tion, c’est bien l’uni­vers de Julien Neel qui donne toute sa ma­gie au long mé­trage. Peut-être en­core plus que la bande des­si­née, le film fi­gure un monde em­pli d’un d’humour poé­tique, fait de bric et de broc, qui os­cille entre vin­tage et fu­tu­risme. Lou se ra­conte dans un pré­sent oni­rique et dé­ca­lé tout droit sor­ti de son ima­gi­na­tion ul­tra-fer­tile. L’adap­ta­tion du monde de Lou sur grand écran a né­ces­si­té un travail de dé­cor ti­ta­nesque. “C’était le pre­mier film de Julien mais pas ce­lui de la chef dé­co ! ”, s’ex­clament les co­mé­diennes.

Si le pay­sage re­cher­ché et haut en cou­leur a né­ces­si­té des heures de travail, il a don­né aux ac­teurs un sen­ti­ment d’eu­pho­rie qui a lar­ge­ment contri­bué à la li­bé­ra­tion de leur jeu.

Ce­la n’em­pê­che­ra pas les jeunes spec­ta­teurs de se re­trou­ver dans la bande d’ados for­mée par l’hé­roïne et ses amis. Ami­tiés ex­clu­sives, amou­rettes se­crètes et pre­miers bai­sers, mi­ni-fugues et sor­ties euphorisantes : les in­gré­dients clas­siques de l’ado­les­cence sont dis­til­lés dans ce dé­cor hors du com­mun. “C’est gé­nial car les ga­mins vont pou­voir s’éva­der et en même temps s’iden­ti­fier ! Leurs ré­fé­rences se­ront bous­cu­lées car le film n’est nour­ri d’au­cun des cli­chés ha­bi­tuels im­po­sés par la so­cié­té de consom­ma­tion, mais on reste sur des

rap­ports vrais et mo­dernes. ” C’est aussi en tant que ma­man que Lu­di­vine re­com­mande ce film “qui vé­hi­cule des va­leurs po­si­tives sans être gnan­gnans et dont les émo­tions sont toutes sin­cères. ”

L’in­gré­dient se­cret qui épice le film, c’est, sans au­cun doute, la fo­lie de son réa­li­sa­teur : une fo­lie douce et com­mu­ni­ca­tive ! “Avant ma rencontre avec Julien, je me suis ren­sei­gnée sur Wi­ki­pé­dia ”, ra­conte Lu­di­vine. “J’ai lu qu’il était fils de fo­rain et qu’il avait com­men­cé le des­sin à la suite d’une chute sur des mon­tagnes russes. J’ai trou­vé ça dingue ! Mais ce qui est en­core plus dingue, c’est qu’il m’a avoué lors de notre pre­mière rencontre que c’était com­plè­te­ment faux : il avait tout in­ven­té pen­dant d’une in­ter­view parce qu’il n’avait plus rien à dire. En fait, il était en­core plus fou que je le croyais, et j’ai ado­ré ça ! ”

C’est donc avec en­thou­siasme que le jeune réa­li­sa­teur a em­bar­qué co­mé­diens et tech­ni­ciens aux fron­tières du réel dans des scènes sur­réa­listes. “Tu as vu la danse de la joie ? Ça rend bien, non ! ? ”, nous a d’em­blée de­man­dé Lo­la dès le dé­but de l’in­ter­view. Dans une séquence à la sauce Bol­ly­wood dé­so­pi­lante, la jeune ac­trice, Lu­di­vine Sa­gnier et Kyan Kho­jan­di, tous trois vê­tus de cos­tumes in­diens ul­tra-bling, se dé­hanchent en rythme sur une mu­sique d’ins­pi­ra­tion tra­di­tion­nelle. Une scène in­ou­bliable pour la jeune Lo­la. “On ne peut pas faire moins souple que moi, et avec les cos­tumes ter­ri­ble­ment lourds, ce n’était pas évident. ” “La scène a de­man­dé énor­mé­ment de travail ”, ren­ché­rit Lu­di­vine. “C’est ma belle-soeur, prof de danse, qui a été choi­sie pour ima­gi­ner et nous en­sei­gner la chorégraphie. ” Qu’on les ras­sure tout de suite, la séquence, un des grands mo­ments d’ex­plo­sion de fo­lie dans le film, ne man­que­ra pas de sub­ju­guer les spec­ta­teurs, pe­tits et grands, comme elle a mar­qué ses in­ter­prètes. Après un tel tour­billon d’émo­tions et d’in­ven­ti­vi­té, on ima­gine que la fin du tour­nage et le re­tour à la réa­li­té n’ont pas dû être évi­dents, spé­cia­le­ment pour une jeune fille de 13 ans... Lo­la concède qu’ “elle est re­ve­nue au col­lège avec une tête de trois ki­lo­mètres de long, mais à part ça, ça va ! ” Heureusement, Lo­la a été, pen­dant le tour­nage et par la suite éga­le­ment, très bien en­tou­rée : Lu­di­vine et elle conti­nuent de com­mu­ni­quer par mail ré­gu­liè­re­ment. Pen­dant notre in­ter­view, pre­mière du genre pour la jeune fille, on sent une at­ten­tion toute par­ti­cu­lière de la part de son aî­née. “Moi aussi, j’ai tour­né très jeune, à 8-9 ans, mais ce n’était que de courtes ap­pa­ri­tions ”, rap­pelle Lu­di­vine. “Du coup, j’étais à l’af­fût pour Lo­la qui porte, elle, un grand rôle : je vou­lais la pro­té­ger sans pour au­tant l’étouf­fer. ” Mis­sion réus­sie se­lon Lo­la qui, d’ores et dé­jà, est de­ve­nue l’idole des filles de Lu­di­vine.

Lou ! Jour­nal in­fime se­ra, on l’es­père, un suc­cès dans les salles. Son tour­nage fut une belle réus­site hu­maine, ce qui ne manque pas de res­sor­tir à l’écran. “C’était le pre­mier film de Julien, mais les pro­duc­teurs Bruno Levy et Ha­rold Va­len­tin ont su l’en­tou­rer de la meilleure équipe du monde : que des bos­seurs, des pros joyeux au coeur tendre. ” Lu­di­vine ré­sume en de jo­lis termes l’am­biance qui ré­gnait sur le pla­teau. Au­jourd’hui, elle était aux anges de dé­voi­ler à Lo­la en avant-pre­mière son pe­tit ventre rond pour la troi­sième fois. “Je ne l’ai pas dit à Julien par té­lé­phone, je veux le voir pleu­rer ! ”, sou­rit-elle. Au-de­là de la réa­li­sa­tion d’un film, Julien Neel au­ra réuni une belle fa­mille d’ac­teurs et de tech­ni­ciens au­tour du monde en­chan­teur de son hé­roïne. Un monde que Lu­di­vine et Lo­la ne déses­pèrent pas de re­trou­ver vite : elles nous chu­chotent qu’un se­cond vo­let se­rait dé­jà dans les tuyaux... Et qu’elles croisent les doigts !

L’IN­GRÉ­DIENT SE­CRET QUI ÉPICE LE FILM, C’EST, SANS AU­CUN DOUTE, LA FO­LIE DE SON RÉA­LI­SA­TEUR : UNE FO­LIE DOUCE ET

COM­MU­NI­CA­TIVE !

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