POST PRIX

Marie Claire - - Édito - Ma­rianne Mai­resse, ré­dac­trice en chef

Le mois der­nier, nous avions élu pour notre prix du ro­man fé­mi­nin « Aza­di » de Saïdeh Pakravan. Et puis a eu lieu la re­mise du prix, un mar­di d’été, à l’hô­tel Montalembert. Une femme au corps té­nu, ha­billée avec fi­nesse de noir, les yeux brillants et le car­ré im­pec­cable, est ve­nue le cher­cher. Nous tai­rons son âge car elle a hor­reur de la vieillesse. J’ai ai­mé ar­dem­ment le lui re­mettre à elle, ce prix. Pour l’his­toire de Ra­ha, une Ira­nienne de 22 ans, qu’elle nous a contée dans « Aza­di ». Pour cette scène à la campagne où elle marche le long d’un ruis­seau avec son oncle, et dé­cide de trem­per ses pieds dans l’eau fraîche. Elle en­lève ses chaus­settes, ses bas­kets. Et se laisse al­ler à la vo­lup­té simple de l’eau. Mais avant, elle a fait une chose : re­gar­der au­tour d’elle que per­sonne ne la voyait. L’interdit en Iran est consi­dé­rable pour les femmes : che­ve­lure ca­chée, ma­quillage interdit, corps flou, contact avec les hommes im­pos­sible. Elles ne sont qu’une moi­tié d’homme. Et en­core. Ce livre per­met une ap­pré­hen­sion sen­sible d’une po­li­tique in­sup­por­table à l’égard des femmes. Et c’est à Saïdeh Pakravan que nous le de­vons. Par­fois l’au­teur est moins fort et moins bon que son livre, là c’est tout le contraire : Saïdeh, que je me per­mets d’ap­pe­ler par son pré­nom, est aus­si forte que lui. Une scène en pri­son avec Ra­ha rap­pelle la so­li­da­ri­té ma­gni­fique que peuvent avoir les femmes entre elles. C’est une scène puis­sante de com­pli­ci­té, de res­pect, de sou­tien et d’ar­dente bien­veillance. Seule une femme hu­maine peut écrire ain­si. Et Marie Claire est sa mai­son.

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