Flashs vé­né­neux

Marie Claire - - Livres -

Si­mon Li­be­ra­ti a connu les bas- fonds de l’âme et du corps, les heures in­cer­taines où tout peut, d’un ins­tant à l’autre, bas­cu­ler dans le néant. Il s’est mis à écrire des livres tard, lorsque la drogue et la dé­chéance ne suf­fi­saient plus. Ce fils de poète sur­réa­liste s’était long­temps nour­ri de textes brû­lants et fous… C’est, entre ef­froi et gro­tesque, face à son vieux père pris de dé­lire sé­nile dans une chambre d’hô­pi­tal, que sou­dain lui vient l’idée d’un livre qui se­rait ce­lui des ori­gines, de la mé­moire ac­ca­blée d’images somp­tueuses ou tri­viales, de flashs d’hé­roïnes vé­né­neuses, de bras­sées de fleurs de la nuit. Est-ce sous in­fluence im­pal­pable de Mné­mo­syne, déesse de la mé­moire, que la langue de l’écri­vain se dé­lie sur le pa­pier par à-coups, dans une sorte de spasme d’écri­ture au­to­ma­tique, comme il l’ex­plique dans ce fas­ci­nant es­sai, entre au­to­bio­gra­phie et confes­sion ? Est-ce aus­si la pré­sence ras­su­rante du père, en par­tance pour l’île des Morts, qui le conduit à s’in­ter­ro­ger sur l’hé­ri­tage de l’ins­pi­ra­tion ? D’où vient-elle, pour­quoi s’in­si­nue-t-elle par mo­ments au plus pro­fond de lui-même, avant de dis­pa­raître, ser­pent de fu­mée dé­mo­niaque ? « L’ins­pi­ra­tion in­suffle dans l’âme de l’écri­vain quelque chose de mau­vais, de hai­neux, de bes­tial (…), écrit Li­be­ra­ti. C’est à force d’in­sis­ter, de ti­rer sur la corde qu’on ar­rive à (un) de­gré d’ins­pi­ra­tion. » Ti­rer sur la corde ? L’écri­vain en est pour­tant re­ve­nu, ac­cep­tant dé­sor­mais « la dou­ceur d’un dé­ni­ve­lé, d’une ré­si­gna­tion ».

Les ra­meaux noirs de Si­mon Li­be­ra­ti, éd. Stock, 19,50 €, et aus­si

Les vio­lettes de l’ave­nue Foch, éd. Stock, 20 €, sor­tie le 23 août.

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