Lu­mières vertes

La mode hi­ver in­vite au mo­no­chrome vert. Et la joaillerie ? Parce que l’éme­raude n’a pas le mo­no­pole de l’es­poir, pé­ri­dot, jade et alexan­drite s’in­vitent pour le plai­sir de va­rier les tons.

Marie Claire - - Tendances - Par Fran­çoise Claire Prod­hon

Une mul­ti­tude d’émeraudes, en grappes ser­rées, sur une struc­ture en arc qui en­ve­loppe le doigt et dé­voile sa chair, c’est ain­si qu’Ana Khou­ri ré­veille le pré­cieux gemme. La lau­réate du prix Ac­ces­soires de mode de l’An­dam 2017 in­vente un por­té sin­gu­lier à l’ap­proche sculp­tu­rale. Et ra­vive la mo­der­ni­té d’une pierre in­dé­trô­nable, qui sé­dui­sait dé­jà Néron : pour pré­ser­ver ses yeux, l’em­pe­reur ro­main re­gar­dait les com­bats de gla­dia­teurs à tra­vers une fine lame d’éme­raude, alors pré­ten­due bonne pour la vue. Aux dé­fi­lés Her­mès et Dolce & Gab­ba­na de l’au­tomne-hi­ver 2017-2018, une sil­houette à do­mi­nante verte gagne en den­si­té as­so­ciée au bleu co­balt. La jux­ta­po­si­tion, per­ti­nente, se trans­pose en joaillerie. Chez Bulgari, un col­lier noeud fait de perles d’émeraudes se ponc­tue de sa­phirs bleus. Si Pline l’An­cien af­firme qu’après avoir contem­plé une éme­raude, plus rien ne pa­raît vrai­ment vert, les al­ter­na­tives brillent cette saison par leur vi­va­ci­té. Le pé­ri­dot et son vert anis d’abord. Seul ou as­so­cié au dia­mant et à des pierres de cou­leurs comme dans la col­lec­tion Les Blés de Cha­nel, il aug­mente la pa­rure d’une touche de fraî­cheur aci­du­lée. Rap­por­té en Eu­rope par les croi­sés, le pé­ri­dot est un gage d’amour : ce­lui que Na­po­léon Ier of­frit à l’im­pé­ra­trice Jo­sé­phine. S’il s’agit de prendre des li­ber­tés, le jade sti­mule toutes les créa­ti­vi­tés car il peut être taillé et sculp­té. Pierre fa­vo­rite des em­pe­reurs de Chine pen­dant des millénaires, les joailliers la traitent dans un style qui évoque l’Ex­trême-Orient, à l’image de ces pen­dants d’oreilles de jade gra­vé si­gnés Buc­cel­la­ti. La créa­trice de bi­joux ge­ne­voise Suzanne Syz s’est, elle, pen­chée sur une spec­ta­cu­laire alexan­drite de 10,82 ca­rats d’un sai­sis­sant vert olive. Une teinte dis­tinc­tive re­mar­quée sur le dé­fi­lé Loewe. Ve­nue du Bré­sil, du Sri Lan­ka et de Tanzanie, l’alexan­drite doit son nom au tsar Alexandre de Rus­sie. Ré­cente, elle n’est iden­ti­fiée que de­puis le xixe siècle. Elle pos­sède une par­ti­cu­la­ri­té fas­ci­nante : celle de chan­ger de cou­leur. Verte en lu­mière na­tu­relle, elle semble rouge lors­qu’elle est ar­ti­fi­ciel­le­ment éclai­rée. Comme si la lu­mière verte qui dit l’amour de Gats­by le Ma­gni­fique pour Dai­sy se dé­ro­bait sou­dain au gré d’un rayon fre­la­té, la poé­sie des gemmes est in­fi­nie.

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5 1. Col­lier Fes­ta, en pla­tine, sa­phirs, perles, émeraudes et dia­mants Bulgari. 2. Boucles d’oreilles Cock­tail, en deux ors gra­vés, sa­phirs et jade Buc­cel­la­ti. 3. Bague Play It Fun de la col­lec­tion Moon and Sun, Pièce Unique n° 570, en or rose, alexan­drite et dia­mants Cham­pagne Suzanne Syz. 4. Bra­ce­let Brins de Prin­temps, en or blanc, pé­ri­dots, tour­ma­lines, aigues-ma­rines et dia­mants, Col­lec­tion Les Blés de Cha­nel, Cha­nel Joaillerie. 5. Bague Mi­rian, en or jaune et émeraudes Ana

Khou­ri x Gem­fields.

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