Pour­quoi “The deuce” est la sé­rie la plus at­ten­due

Sans bas­cu­ler dans le sca­breux, cette plon­gée au coeur du mi­lieu de la por­no­gra­phie nous a fas­ci­nées. Une conjonc­tion de quatre fac­teurs dont nous vous don­nons les clés.

Marie Claire - - Série - Par Clé­lia Co­hen

1. Parce qu’elle est si­gnée Da­vid Si­mon

Après le très culte The wire, Treme et la for­mi­dable mi­ni­sé­rie Show me a he­ro – avec Os­car Isaac, sor­tie en 2015 –, une créa­tion de Da­vid Si­mon est tou­jours un évè­ne­ment. Le pape de la sé­rie mo­derne a im­po­sé sa vi­sion, don­né à voir des ter­ri­toires ban­nis des écrans (les quar­tiers du tra­fic de drogue de Bal­ti­more dans The Wire) et construit ses ré­cits avec l’exi­gence d’un ro­man­cier. Cet an­cien jour­na­liste a l’exi­gence du vrai, qu’il a su mê­ler à des fic­tions si­nueuses, ra­di­cales et lu­mi­neuses, qui ont chan­gé notre vi­sion de l’Amé­rique.

2. Parce qu’elle analyse une ré­vo­lu­tion sexuelle Avec The deuce, Da­vid Si­mon et son coauteur, l’écri­vain George Pe­le­ca­nos, se sont fo­ca­li­sés sur une pé­riode, le dé­but des an­nées 70, où la por­no­gra­phie ap­pa­raît au grand jour, où l’ima­ge­rie sexuelle n’est plus ca­chée mais de­vient om­ni­pré­sente dans le pay­sage amé­ri­cain. « C’est le mo­ment char­nière où des pion­niers vont créer une vé­ri­table in­dus­trie, nou­vel­le­ment lé­gale, ex­plique Pe­le­ca­nos. The deuce offre une plon­gée dans ce pa­ra­digme entre ca­pi­ta­lisme et travail : com­ment l’ar­gent tran­site, qui a le pou­voir et qui ne l’a pas, qui est ex­ploi­té et qui ne l’est pas. » La por­no­gra­phie vue par Si­mon : sexe, pou­voir et com­merce.

3. Parce que James Fran­co a deux rôles

C’est notre touche-à-tout de Hol­ly­wood pré­fé­ré : ac­teur, réa­li­sa­teur, peintre à ses heures, et même spé­cia­liste de littérature amé­ri­caine. Mais James Fran­co n’a en­core ja­mais brillé dans une sé­rie : 22.11.63, où il voya­geait dans le pas­sé à la pour­suite du fu­tur as­sas­sin de John F. Ken­ne­dy, s’est avéré dé­ce­vant. The deuce lui offre l’oc­ca­sion de se re­faire, et comme il in­ter­prète des ju­meaux pa­trons d’un bar dou­teux qui s’im­pro­visent pro­duc­teurs de films X, le cal­cul est simple et à notre avan­tage : deux James Fran­co pour le prix d’un. La très sin­gu­lière et trop rare Mag­gie Gyl­len­haal fait aus­si par­tie de la dis­tri­bu­tion, en pros­ti­tuée com­plexe.

4. Parce qu’elle ex­plore le New York des an­nées 70 On pen­sait ar­ri­ver à sa­tu­ra­tion tant, ces der­nières an­nées, l’es­thé­tique se­ven­ties, les cols pelle à tarte et les pattes d’ef ont en­va­hi le monde des séries : l’in­dus­trie du disque dans Vi­nyl, la nais­sance du hip-hop avec The get down, le monde du stand up de I’m dying up here, ou en­core les car­tels de la drogue dans Nar­cos et les ac­ti­vistes d’ex­trême gauche dans Guer­rilla… Cette fois, on peut comp­ter sur la vi­sion tou­jours pro­fon­dé­ment po­li­tique de Da­vid Si­mon pour li­vrer « la » va­ria­tion ul­time et dé­fi­ni­tive sur cette dé­cen­nie my­thique. Après lui le dé­luge : on pour­ra pas­ser aux an­nées 80.

The deuce de Da­vid Si­mon et George Pe­le­ca­nos, avec James Fran­co, Amber Skye Noyes, Mag­gie Gyl­len­haal, à par­tir du 10 sep­tembre sur OCS.

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