“Mes pa­rents croyaient en l’école, ré­pé­tant que par le travail nous ar­ri­ve­rions à tout”

Lae­ti­tia Avia, dé­pu­tée (La Ré­pu­blique en marche) de Pa­ris

Marie Claire - - La Flamme Marie Claire - – c.g.

« Mon par­cours montre que, même avec un triple han­di­cap – femme, noire et ha­bi­tante de ban­lieue –, réus­sir à l’école, faire une belle car­rière pro­fes­sion­nelle et se lan­cer en po­li­tique dans la fou­lée n’est pas im­pos­sible. Je suis née en France d’une fa­mille d’im­mi­grés du To­go, je suis la troi­sième de quatre en­fants. Ar­ri­vé, il y a trente-six ans, pour de­ve­nir foot­bal­leur pro­fes­sion­nel, mon père, au­jourd’hui ba­ga­giste, avait une for­ma­tion d’in­gé­nieur ; ma mère est aide-soi­gnante. J’ai tou­jours été bonne élève parce que mes pa­rents, qui croyaient en l’école, nous ont pous­sés en nous de­man­dant de don­ner le meilleur de nous-mêmes, ré­pé­tant que c’était par le travail que nous ar­ri­ve­rions à tout et pour­rions pré­tendre à tout… A l’école élé­men­taire, un ins­ti­tu­teur avait dit à ma mère : “Elle a un vrai po­ten­tiel.” En qua­trième, le prof d’histoire m’avait ins­crite à un concours dé­par­te­men­tal de ré­dac­tion sur la Ré­sis­tance. Le su­jet m’avait ins­pi­rée. J’avais ré­di­gé d’une traite. J’ai été fi­na­liste, j’ai re­çu une mé­daille, et mon texte a été pu­blié dans une re­vue. Plus tard, c’est grâce aux conven­tions Edu­ca­tion prio­ri­taire, une forme de discrimination po­si­tive, fruit d’un par­te­na­riat entre des ly­cées et Sciences-Po, que j’ai été ac­cep­tée dans cette pres­ti­gieuse école. Pen­dant l’an­née de ter­mi­nale, tout en ré­vi­sant pour le bac, j’as­sis­tais donc à des ate­liers spé­ciaux afin de pré­pa­rer l’épreuve écrite et les deux oraux ré­ser­vés aux bons élèves is­sus de mi­lieux po­pu­laires. Est-ce que j’au­rais été ac­cep­tée sans ce dis­po­si­tif ? Peut-être… Mais je ne me se­rais pas au­to­ri­sée à pas­ser le concours. Quand on vient des quar­tiers, on se sent si loin de ce monde, et ré­ci­pro­que­ment. Un jour de grève, j’ai dû ve­nir rue SaintGuillaume (adresse de Sciences-Po, ndlr) à vé­lo, et des élèves in­ter­lo­qués m’ont de­man­dé : “Mais com­ment t’as fait pour ve­nir à vé­lo jus­qu’ici ?” La ban­lieue n’est pour­tant pas le bout du monde. A Sciences-Po, j’ai fait de belles ren­contres, comme Jean-Mi­chel Dar­rois, un grand avo­cat d’af­faires qui est de­ve­nu mon men­tor en m’ac­cueillant comme sta­giaire. C’est lui qui m’a nom­mée, en 2008, se­cré­taire gé­né­rale de la com­mis­sion qui porte son nom, consa­crée aux pro­fes­sions du droit. Em­ma­nuel Ma­cron en était le rap­por­teur. J’avais donc 23 ans lorsque je l’ai ren­con­tré pour la pre­mière fois. Tout ce­la m’a don­né des ailes pour co­fon­der un ca­bi­net d’avo­cats spé­cia­li­sé dans le con­ten­tieux com­mer­cial pour les TPE et PME. Certes, tous les élèves en Zep ne de­vien­dront pas avo­cats, mais l’école donne à cha­cun les moyens d’ac­cé­der à ce qu’il veut être. C’est ça la pro­messe ré­pu­bli­caine. Au­jourd’hui, pour rendre à l’école de la Ré­pu­blique un peu de ce qu’elle m’a don­né, je me rends dans les col­lèges et ly­cées en Zep afin de par­ler de l’im­por­tance de l’école, en es­pé­rant que le pu­blic ré­per­cu­te­ra mes pa­roles à d’autres fa­milles. »

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