Trans­mettre l’au­to­no­mie

Grâce à cette ONG sou­te­nue par L’Oc­ci­tane, des mil­liers de femmes bur­ki­na­bées ont ap­pris à être in­dé­pen­dantes fi­nan­ciè­re­ment, leur per­met­tant d’of­frir une édu­ca­tion à leurs en­fants.

Marie Claire - - La Flamme Marie Claire - Par Ca­the­rine Durand

Ma­riée à 21 ans, Chan­tal a long­temps te­nu le foyer dans sa pe­tite mai­son au toit de tôle et aux murs en terre crue, à Pa­bré, com­mune du centre du Bur­ki­na Fa­so. C’est après la nais­sance de son cin­quième en­fant qu’elle a osé lan­cer sa propre ac­ti­vi­té. « Si­non, nous dé­pen­dons tous fi­nan­ciè­re­ment de mon ma­ri culti­va­teur. J’achète des condi­ments, à 6 heures du ma­tin, chez les pro­duc­teurs des vil­lages avoi­si­nants, je les re­con­di­tionne avant de les re­vendre au mar­ché, où je tiens un étal entre 10 heures et 18 heures, puis je rentre m’oc­cu­per de ma fa­mille. » Beau­coup de travail pour des re­ve­nus fi­na­le­ment très maigres, avant qu’elle ren­contre l’ani­ma­teur d’Yi­kri, ins­ti­tu­tion de mi­cro­fi­nance so­ciale ini­tiée par l’ONG En­tre­pre­neurs du Monde au Bur­ki­na Fa­so.

De­puis, la vie de Chan­tal a chan­gé. Elle a par­ti­ci­pé à des for­ma­tions, no­tam­ment en ges­tion, et re­joint un grou­pe­ment de ré­colte des noix de ka­ri­té mis en place par L’Oc­ci­tane en lien avec Yi­kri. « En quelques mois, j’ai aug­men­té mes re­ve­nus de 20 %, et mon épargne, de 50 % », as­sure Chan­tal, qui peut dé­sor­mais en­voyer tous ses en­fants à l’école. Dans ce monde très ru­ral, quand on n’a pas les moyens de sco­la­ri­ser tous ses en­fants, ce sont les gar­çons qu’on en­voie en prio­ri­té étu­dier. « Nous n’avons pas de chiffre, mais on es­time que dans la zone il y a seule­ment entre 10 et 15 % de filles sco­la­ri­sées, ex­plique Hé­lène Ché­ron-Kien­té­ga, bur­ki­na­bée d’adop­tion, co­or­di­na­trice à En­tre­pre­neurs du Monde. On voit bien que les hommes et les femmes ne gèrent pas le bud­get fa­mi­lial de la même fa­çon. Ce sont les mères qui vont vou­loir sco­la­ri­ser leurs filles, elles qui n’ont pas eu cette chance. Nous avons d’ailleurs mis en place un pro­gramme d’al­pha­bé­ti­sa­tion en langue peul pour les femmes. »

En 2017, ce sont 13 000 femmes, re­grou­pées en mu­tuelles de so­li­da­ri­té, qui au­ront été for­mées pour dé­ve­lop­per leur mi­cro-en­tre­prise. Elles y ap­prennent à éta­blir un bud­get, te­nir une comp­ta­bi­li­té, et dé­couvrent l’en­tre­pre­neu­riat mais pas seule­ment. « On leur parle aus­si du dé­ve­lop­pe­ment des filles, des re­la­tions entre ma­ris et épouses, de la pla­ni­fi­ca­tion des nais­sances… ce­la leur ouvre les yeux sur des su­jets ja­mais abor­dés dans cette ré­gion très en­cla­vée. Elles ont des en­fants jeunes, vivent dans la fa­mille de leur ma­ri, et c’est leur belle-mère qui se charge de leur édu­ca­tion. Il est donc im­por­tant que les mères prennent l’as­cen­dant en ma­tière d’édu­ca­tion de leurs filles. » Comme Chan­tal, qui s’est éman­ci­pée et veille dé­sor­mais sur l’ave­nir de ses en­fants sco­la­ri­sés : « Je sais que je pour­rai les sou­te­nir jus­qu’à ce qu’ils trouvent un em­ploi. »

(*) en­tre­pre­neurs­du­monde.org.

Comme Chan­tal, cette Bur­ki­na­bée a ap­pris à gé­rer sa pro­duc­tion qu’elle re­vend sur le mar­ché.

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