L’in­ter­view de Ma­rine Serre

Lau­réate du prix LVMH, cette Cor­ré­zienne de 26 ans pas­sée par Dior, Mar­gie­la et Ba­len­cia­ga, hy­bride, up­cycle et re­nou­velle le re­gard sur le fa­mi­lier.

Marie Claire - - Tendances - Par Em­ma­nuelle Du­cour­nau

—Com­ment la mode est de­ve­nue votre mode d’ex­pres­sion ?

A 14 ans, j’ache­tais pas mal de vê­te­ments en fri­pe­ries. J’avais une pa­no­plie de chaus­sures co­lo­rées, de robes à den­telles, de jeans à rayures. Comme je fai­sais 1,50 m, je re­tou­chais tout. A l’époque, je jouais au ten­nis à haut ni­veau, j’avais une double per­son­na­li­té ves­ti­men­taire : sports­wear après 19 h, mais je n’avais pas en­vie d’al­ler à l’école en jog­ging. Là, est né le jeu du vê­te­ment et du per­son­nage créé par lui.

—Quels sont les chocs es­thé­tiques qui ont in­fluen­cé votre vi­sion ?

Vivre à Mar­seille (elle y a fait un BTS mode, ndlr), à Bruxelles (elle y a fait l’école La Cambre), n’avoir ja­mais vé­cu à Pa­ris, es­thé­ti­que­ment, ça forge ta vi­sion au­tre­ment. A Mar­seille, il y a une mul­ti­cul­tu­ra­li­té, une va­rié­té ves­ti­men­taire, des âges, des quar­tiers. Bruxelles, c’est un peu la même chose, en plus froid. Après, j’ai tra­vaillé pour Mar­gie­la, ça a fa­çon­né ma ma­nière de faire, pré­ci­sé pour­quoi un vê­te­ment vieux a en­core une va­leur.

—La veste Sur­vi­val a un trou pour les écou­teurs, une poche pour la carte Na­vi­go, vous ren­dez ser­vice à l’ur­bain…

Faire un pan­ta­lon ou une robe, ce n’est pas dif­fi­cile ; ce qui me fait plai­sir c’est de rendre ser­vice. Qu’on me dise : « C’est gé­nial cette poche, là », ou « Main­te­nant je peux faire du vé­lo ». Je n’ai ja­mais re­gar­dé la mode du point de vue des ten­dances.

—Tous les fou­lards en soie uti­li­sés pour les robes ont été up­cy­clés…

On les a ré­cu­pé­rés dans des centres de tri. On lave, on classe par cou­leur, on re­cons­truit. Il est im­por­tant, lors­qu’on voit une pièce, que l’on se dise qu’elle est ca­non, pas qu’elle est re­cy­clée. Il n’y en a pas deux pa­reilles et per­sonne ne peut la co­pier.

—Vous re­pre­nez le mo­tif crois­sant de lune de votre pre­mière col­lec­tion…

Ce mo­tif vient de ma col­lec­tion Ra­di­cal call for love, qui a été faite après les at­taques à Pa­ris et à Bruxelles. C’était une ré­ac­tion à un res­sen­ti très dur. Quand tu es de­si­gner, ce n’est pas fa­cile de conti­nuer à faire des jupes après ça. C’était un hom­mage à la cul­ture arabe. Il y a eu des

1. Dé lé au­tom­ne­hi­ver 2018-2019.

2. Ma­rine Serre.

3. Veste Sur­vi­val. mo­ments ter­ribles de peur, et la lune est un sym­bole ma­gni­fique.

—Vos ca­goules sont des­ti­nées à celles qui cachent leurs che­veux…

Dans la rue, je vois des gens voi­lés tous les jours, je ne vois pas pour­quoi je n’au­rais pas le droit de les re­pré­sen­ter d’une ma­nière ul­tra-sports­wear, qui pour­rait d’ailleurs être une ca­goule de mo­to. C’est une ma­nière de fran­chir les fron­tières. On me de­mande sou­vent : « Est-ce que tu es une marque po­li­tique ? » Je ne suis pas un po­li­ti­cien. Je m’en­gage via l’image et j’es­père que ça chan­ge­ra des choses.

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