L’ob­jet du dé­bat : le tur­ban de Guc­ci

En dé­sa­cra­li­sant le tra­di­tion­nel tur­ban sikh, la mai­son en­ten­dait ques­tion­ner l’iden­ti­té mais re­lance mal­gré elle le dé­bat sur l’ap­pro­pria­tion cultu­relle.

Marie Claire - - Tendances - Par Hen­ri De­le­barre

L’es­prit du temps

Pour Ales­san­dro Mi­chele, di­rec­teur de la créa­tion de la Guc­ci, ce dé­fi­lé est une ré­flexion sur la construc­tion so­ciale et cultu­relle des in­di­vi­dus, le ré­sul­tat de choix per­son­nels se­lon lui. « Nous sommes les Dr Fran­ken­stein de nos vies » , dit-il pour étayer l’idée qu’on se ré­in­vente en patch­work. Une in­ter­ro­ga­tion des mar­queurs d’iden­ti­té in­au­dible dans un contexte qui a beau­coup vu la mode spo­lier, donc dé­na­tu­rer, des élé­ments de cul­tures dis­cri­mi­nées : les coiffes amé­rin­diennes de Vic­to­ria’s Se­cret, la col­lec­tion afri­caine de Va­len­ti­no ou les im­pri­més wax de Stel­la McCart­ney.

L’ar­gu­ment

Mi­lan, 21 fé­vrier 2018. Au dé­fi­lé Guc­ci (ci-des­sous), des man­ne­quins ar­borent une coiffe ins­pi­rée du das­tar, le tur­ban sikh tra­di­tion­nel. Les ré­seaux so­ciaux s’en­flamment, dé­noncent une ap­pro­pria­tion cultu­relle, soit l’em­prunt par un membre d’une cul­ture do­mi­nante, oc­ci­den­tale en l’oc­cur­rence, d’un élé­ment d’une cul­ture mi­no­ri­taire. De­ve­nu ac­ces­soire de mode, ce mar­queur iden­ti­taire perd sa va­leur sa­crée. Nombre de tweets s’in­dignent en outre qu’au­cun des man­ne­quins n’ap­par­tienne à la com­mu­nau­té si­khe. A Londres, ce même 21 fé­vrier, un Sikh, coif­fé d’un das­tar bien réel, fait l’ob­jet d’une at­taque ra­ciste.

La clien­tèle

Adepte de dé­bats hou­leux, rhé­teur prêt à dé­battre, son ac­qué­reur de­vra as­su­rer que ce faux tur­ban sikh, s’il di­vise, n’en­ten­dait pas of­fen­ser mais prô­ner une iden­ti­té floue, trans­cen­dant son ori­gine cultu­relle. La coiffe se des­tine à qui est plus sen­sible à l’in­ter­cul­tu­ra­li­té qu’au dé­bat sur l’ap­pro­pria­tion cultu­relle. Soi­rées ani­mées en pers­pec­tive.

L’au­teur Aux rênes, de­puis 2015, de la mai­son oren­tine pour la­quelle il était au­pa­ra­vant en charge de la ligne ac­ces­soires, le Ro­main Ales­san­dro Mi­chele a l’âme d’un col­lec­tion­neur et voue un culte qua­si fé­ti­chiste aux ob­jets. Son style, maxi­ma­liste...

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