Scar­lett Jo­hans­son, rauque et sans rôle

La voix de l’ac­trice nous man­quait. Elle est de re­tour sur un disque où la star s’ef­face hum­ble­ment der­rière la chan­teuse.

Marie Claire - - Musique - Par Char­line Le­car­pen­tier

Dans le film Her de Spike Jonze, la voix rê­vée est le fruit d’une in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle à la­quelle s’ac­croche un homme dé­pres­sif. Scar­lett Jo­hans­son en est l’âme, sa moue bou­deuse s’y trans­for­mant en dé­lice au­di­tif. Si la plu­part d’entre nous ont dé­cou­vert son chant, un peu mal­adroit et chau­de­ment tim­bré avec un voile d’en­roue­ment, dans une scène de ka­rao­ké du film Lost in trans­la­tion, ce­lui- ci se ré­vèle bien plus as­su­ré quand la ca­mé­ra cesse de tour­ner. Son pu­blic a pu en faire le constat dès Break up, le pre­mier al­bum que Scar­lett a en­re­gis­tré avec Pete Yorn il y a presque dix ans. Un disque de coun­try folk épu­rée qui avait pu sur­prendre, en 2009, tant étaient dé­jà nom­breux les pro­duc­teurs prêts à lui tailler un écrin pop sur me­sure. Seule­ment voi­là : avant d’être mu­si­cale, leur col­la­bo­ra­tion était ami­cale, le ma­na­ger et l’avo­cat de Scar­lett Jo­hans­son étant éga­le­ment is­sus de la fra­trie Yorn. On se rap­pelle qu’à l’époque, les deux mu­si­ciens se rê­vaient en Gains­bourg-Bar­dot. Le fruit de leurs ébats mu­si­caux s’était pour­tant ré­vé­lé dé­pour­vu de l’éro­tisme qui avait fait le sel des chan­sons écrites par Serge pour Bri­gitte – la pe­tite chambre de la Ci­té in­ter­na­tio­nale des arts où ces der­niers s’étaient en leur temps cloî­trés pour tra­vailler avait été rem­pla­cée par un ga­rage, où Jo­hans­son et Yorn avaient dé­mar­ré leur pro­jet. On avait sur­tout re­te­nu de ce disque le ré­jouis­sant Re­la­tor, duo met­tant en scène deux per­sonnes dont l’écart de po­pu­la­ri­té creuse la com­pli­ci­té.

Une pré­sence spec­trale

De re­tour sur Ap­part, un nou­vel EP qui se­ra ra­pi­de­ment sui­vi d’un al­bum, Scar­lett Jo­hans­son s’offre à nou­veau cette ré­créa­tion humble dans la­quelle elle reste sou­vent en re­trait, sans ja­mais s’aven­tu­rer en zone di­va. Elle qui a en­core ré­cem­ment pous­sé la chan­son­nette sous les traits d’une ro­ckeuse porc- épic dans le film d’ani­ma­tion Tous en scène (2016) reste ain­si lé­gère quand elle chante les mau­vais rêves sur le titre Bad dreams, ou lors­qu’elle in­ter­roge un an­cien amant sur l’état de sa vie sans elle sur Igua­na bird. Elle en­tre­tient fi­na­le­ment, à tra­vers ce pro­jet mu­si­cal, son image no make-up, igno­rant les ten­dances comme les filtres – c’est Scar­lett, après tout ! Sur le titre Mo­vies, com­plainte amou­reuse em­buée où Pete Yorn se taille la part du lion, sa pré­sence est spec­trale. On est moins convain­cu par le re­mix du titre de Pete Yorn, To­mor­row, un peu trop mou­li­né pour qu’on en garde un mor­ceau.

Ap­part, Ca­pi­tol.

Dix ans après une pre­mière col­la­bo­ra­tion, l’ac­trice an­nonce un nou­vel al­bum avec le mu­si­cien folk Pete Yorn.

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