Fla­vien Ber­ger, élec­tro sen­si­tif

Sur son nou­vel al­bum, le barde pa­ri­sien joue avec les sons élec­tro­niques dont il tire des mé­lo­dies tech­no-pop raf­fi­nées. Pas­sé maître dans l’art de va­rier les tem­pos, il aime nous en­voû­ter.

Marie Claire - - Musique - Par Char­line Le­car­pen­tier

Fla­vien Ber­ger nous in­vite à nou­veau dans son sa­blier : « Un peu plus de mi­nutes avant ja­mais », « plier la réa­li­té », comme il le chante d’une voix hyp­na­go­gique, entre rêve et grand ré­veil. Avec ses boucles élec­tros co­ton­neuses, ce Ber­ger-là fait ou­blier Mi­chel et nous sommes chan­ceux d’être les mou­tons sui­vant le nou­veau mes­sie d’une chan­son fran­çaise dé­ca­li­brée. Ses trou­vailles ly­riques, poé­tiques, sur­réa­listes et par­fois co­miques en font une des nou­velles plumes sûres. Avec l’al­bum Lé­via­than, sor­ti en 2015, il ex­plo­rait les pro­fon­deurs sur une pop aqua­tique et spon­gieuse, qu’un large pu­blic a pu dé­cou­vrir sur scène quand il as­su­rait les pre­mières par­ties de Ch­ris­tine and The Queens. De­puis, dans le ré­cent al­bum d’Etienne Da­ho, on l’en­ten­dait en duo sur Après le blitz, chan­son à pro­pos d’un dan­seur sous les bombes. Fla­vien Ber­ger est de ces rê­veurs-là qui di­latent les temps mo­dernes. Avec le Col­lec­tif_­sin~, il donne des concerts éclai­rés par des drea­ma­chines, ces lampes dont les mou­ve­ments ro­ta­tifs in­vitent l’au­di­teur à pas­ser dans un état se­cond.

Une nos­tal­gie lé­gère

At­ten­du avec bien­veillance, son deuxième al­bum, Contre-Temps, est une nou­velle cap­sule éton­nante dans la­quelle on entre plus fa­ci­le­ment que dans le pré­cé­dent. Son au­teur le pré­sente comme un « cir­cuit qui se nour­rit du fan­tas­tique et où se ren­contrent l’im­per­ma­nence et la sen­sa­tion du temps qui passe » . L’al­bum n’en reste pas moins un ob­jet mys­té­rieux et co­dé, dont l’ou­ver­ture se fait sur le titre Ré­tro­glyphes. Un mot in­ven­té, qui, si on cherche à re­trou­ver son la­tin, si­gni­fie­rait gra­ver le pas­sé. Ety­mo­lo­gi­que­ment, les hié­ro­glyphes, eux, gravent le sa­cré.

Avec Fla­vien Ber­ger, la nos­tal­gie est lé­gère et laisse une élec­tro très joueuse, aux ryth­miques tech­noïdes, in­ven­ter un son pré­sent. Il est ca­pable d’une in­fi­nie lan­gueur au­tant que d’em­boî­ter un pas pres­sé à la li­mite du gag sur Dead­line, ap­pel à ap­puyer sur le frein entre deux Po­wer­point. Deux duos, l’un, A re­cu­lons, avec Ju­lia La­noë, des groupes Sexy Su­shi et Mans­field. TYA, l’autre, Contre-Temps, avec Bon­nie Ba­nane, le tirent de ce voyage en so­li­taire où cha­cun semble sou­dain in­vi­té à le re­joindre sans être à la montre.

Pan Eu­ro­pean Re­cor­ding.

Contre-Temps,(ci­des­sus)“cir­cuit où se ren­contrent l’im­per­ma­nence et la sen­sa­tion du temps qui passe”.

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