Rê­ver d’un autre monde

L’un fait des vases et bous­cule les iden­ti­tés, l’autre élève des arai­gnées et re­pense l’éco­lo­gie avec des oeuvres spec­ta­cu­laires. Gray­son Per­ry et Tomás Sa­ra­ce­no s’ex­posent cet au­tomne, et sont épous­tou­flants.

Marie Claire - - Expositions - Par Na­ta­cha Wo­lins­ki

Gray­son Per­ry s’ins­talle à la Mon­naie de Pa­ris rive gauche tan­dis que Tomás Sa­ra­ce­no in­ves­tit le Pa­lais de To­kyo rive droite. Rien, a prio­ri, ne re­lie ces ar­tistes aux pro­fils très dif­fé­rents. L’uni­vers haut en cou­leur de l’ex­cen­trique Bri­tan­nique a peu à voir avec ce­lui de l’Ar­gen­tin, qui aime à croi­ser arts et sciences. Et pour­tant, ces deux créa­teurs ont plus en com­mun que l’on pour­rait croire.

Leurs oeuvres sont ac­ces­sibles

Gray­son Per­ry est connu pour ses grandes cé­ra­miques cou­vertes de des­sins réa­li­sés avec des tech­niques telles que le graf­fi­ti, les po­choirs ou les trans­ferts pho­to­gra­phiques. Chro­ni­queur des temps pré­sents, il se sert des pa­rois de ses vases pour dé­peindre des scènes de la vie quo­ti­dienne. Ré­sul­tat, s’il uti­lise un ma­té­riau re­le­vant a prio­ri de l’ar­ti­sa­nat, c’est pour mieux le dé­tour­ner et dé­bri­der sa folle créa­ti­vi­té. Tomás Sa­ra­ce­no sé­duit avec des oeuvres spec­ta­cu­laires et im­mer­sives. Il lance des bal­lons lé­gers dans les airs, crée des la­by- rinthes de fi­lins au sein des­quels le pu­blic doit se frayer un che­min, in­vente des struc­tures flot­tantes et des jar­dins sus­pen­dus… Ses ins­tal­la­tions ont un lu­disme qui masque en réa­li­té une sé­rieuse ré­flexion sur l’ave­nir de notre pla­nète. Ils ques­tionnent leur époque

Op­po­sé au Brexit, Gray­son Per­ry a lan­cé dès jan­vier 2017 un ap­pel aux Bri­tan­niques pour l’ai­der à créer deux vases, l’un dé­dié aux « Leave » et l’autre aux « Re­main ». Le pu­blic s’est dé­chaî­né, lui en­voyant des cen­taines d’images et de textes qui ont nour­ri deux oeuvres tra­dui­sant avec hu­mour la com­plexi­té de la ques­tion de l’iden­ti­té na­tio­nale au Royaume-Uni. Tomás Sa­ra­ce­no, lui, a connu un pic de po­pu­la­ri­té en 2015 lors de la COP 21. Il a lan­cé dans le ciel de Pa­ris un im­mense bal­lon fait à par­tir de sacs plas­tiques re­cy­clés, sphère mue uni­que­ment par le so­leil et le vent, qui cé­lé­brait la lé­gè­re­té, l’éco­no­mie de moyens et la libre cir­cu­la­tion dans les airs.

Ils trans­cendent les genres

Gray­son Per­ry s’est in­ven­té un al­ter ego, Claire, et se pré­sente dans les ver­nis­sages gri­mé en femme, avec jupe à vo­lants, ru­bans dans les che­veux et col­lant à pois. Ses ap­pa­ri­tions flam­boyantes prêtent à sou­rire mais vont de pair avec des ques­tions sur le fé­mi­nin et le mas­cu­lin, l’être et le pa­raître, les codes des classes so­ciales, le bon et le mau­vais goûts… Les meilleures amies de Tomás Sa­ra­ce­no sont les arai­gnées ! Les trois cents es­pèces qu’il élève dans son ate­lier à Ber­lin lui servent à tis­ser des toiles géantes qu’il trans­forme en oeuvres d’art vi­suelles et so­nores. Des cap­teurs po­sés sur les fils de soie en­re­gistrent les vi­bra­tions des arai­gnées et lui per­mettent de créer d’éton­nants « arach­no- concerts ». « On air, carte blanche à Tomás Sa­ra­ce­no », 17 oc­tobre 2018

6 jan­vier 2019, au Pa­lais de To­kyo, pa­lais­de­to­kyo.com. « Gray­son Per­ry, Va­ni­té, iden­ti­té, sexua­li­té », 19 oc­tobre 2018-3 fé­vrier 2019, à la Mon­naie de Pa­ris, mon­naie­de­pa­ris.fr.

Ci-des­sous : Gray­son Per­ry en Claire, son al­ter ego, 2017.

Ae­ro­cene Ex­plo­rer, de Tomás Sa­ra­ce­no, 2017.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.