MA­ROLS, VIL­LAGE D’AR­TISTES, EN FOREZ

Au coeur des monts du Forez un vil­lage de ca­rac­tère

Massif Central Patrimoine - - Sommaire - Texte / So­phie Cha­te­net-gi­raud / Pho­tos / Vincent Jolfre /

C’est un vil­lage qui vou­lait vivre et qui cher­chait une idée. Un peu par ha­sard et un peu par pas­sion, un jour, cette idée a ger­mé. Des ar­tistes sont ar­ri­vés et ont ou­vert leurs ate­liers. Le vil­lage d’ar­tistes de Ma­rols at­tire dé­sor­mais les foules.

Ils sont peintres, sculp­teurs, aqua­rel­listes, art thé­ra­peute… Sur les hau­teurs de Ma­rols, pe­tite com­mune de la Loire, ils ont trou­vé bien plus qu’un point de chute. Un cadre idéal fait de ruelles pa­vées, de rires

d’éco­liers et de bruits de clo­cher qui, sans au­cun doute, les ins­pire.

Faire re­vivre le pays. Tra­quer le moindre ves­tige té­moi­gnant d’un pas­sé plus ou moins pres­ti­gieux mais en tout cas at­tes­tant qu’un pan d’his­toire s’est aus­si écrit ici. Quel maire d’une com­mune ru­rale, di­sons pe­tite, n’a-t-il pas un jour ca­res­sé cet espoir, rê­vant de ré­no­va­tion en pierres fi­dèles à la mé­moire, de cir­cuits de vi­site or­ga­ni­sés au­tour d’une église, d’une an­cienne tour de guet ou d’un la­voir res­tau­ré ? Ce rêve, l’équipe mu­ni­ci­pale de Ma­rols, vil­lage de quelque 400 âmes dans la Loire, a vou­lu en faire une réa­li­té, une vé­ri­té… En vi­sant haut for­cé­ment, quand per­ché à quelque 840 mètres on do­mine la plaine du Forez. Pour Ma­rols, ce se­ra la la­bel­li­sa­tion « vil­lage de ca­rac­tère », avec un sup­plé­ment d’art jusque-là en som­meil. À l’époque, au dé­but des an­nées 2000, le maire Mau­rice Pes­dev­sek est convain­cu, comme d’autres avant lui, que son vil­lage mé­rite d’être da­van­tage mis en va­leur. L’éco­no­mie ru­rale n’est certes plus ce qu’elle était, même si six ex­ploi­ta­tions agri­coles res­tent tou­jours en ac­ti­vi­té. A Ma­rols, on vi­vait en­core, il y a une ou deux gé­né­ra­tions, pres­qu’en au­tar­cie. On cui­sait le pain, on fer­rait les che­vaux, les voya­geurs de com­merce, qui pro­po­saient leurs mar­chan­dises aux pay­sans, des­cen­daient à la gare. Et oui, Ma­rols avait une gare ! Ils sé­jour­naient dans les au­berges ou hô­tels lo­caux. Le com­merce s’or­ga­ni­sait au­tour de cette éco­no­mie agri­cole. Et puis, à l’heure de l’exode ru­ral, les bis­trots ont fer­mé, les au­berges aus­si. Les fers du ma­ré­chal-fer­rant ont ces­sé de rou­gir. Les fours des bou­lan­gers se sont éteints.

« Vil­lage de ca­rac­tère »

Alors, les maires suc­ces­sifs ont, tous, ten­té de conser­ver la vie au vil­lage. Ils ont ou­vert une au­berge, un bis­trot, de­ve­nus com­mu­naux, se sont bat­tus pour main­te­nir l’école, qui ré­sonne en­core au­jourd’hui du rire des en­fants. Et mi­li­té pour que leur vil­lage de­vienne un jo­li dé­tour tou­ris­tique et pour­quoi pas ar­tis­tique. Deux femmes, Lau­rence et Syl­vaine, ont bien trou­vé ici une source d’ins­pi­ra­tion pour créer des sculp­tures et des icônes. Alors qui sait… Pour ne pas trans­for­mer son des­sein en pâle uto­pie, l’équipe mu­ni­ci­pale s’at­telle d’abord au nerf de la guerre et se met en quête de sub­ven­tions. La « base » de la com­mune a beau être « bonne », son pas­sé res­plen­dis­sant… On ne mé­ta­mor­phose pas une ci­té en ap­po­sant ici ou là deux ou trois pa­vés, en ra­va­lant une fa­çade tous les trois ans, en pro­po­sant une ex­po­si­tion tous les trente-six du mois. La la­bel­li­sa­tion « vil­lage de ca­rac­tère » ne se dé­crète pas. Elle est exi­geante et in­duit non seule­ment des in­ves­tis­se­ments consé­quents en ma­tière de tra­vaux mais aus­si une réelle dy­na­mique d’ani­ma­tions. En 2011, après plu­sieurs an­nées d’un chan­tier ti­ta­nesque, Ma­rols offre un nou­veau vi­sage. Le Con­seil gé­né­ral la­bel­lise la com­mune « vil­lage de ca­rac­tère », comme neuf com­munes avant elle dans la Loire.

Dix-sept ar­tistes en six mois

« On doit re­con­naître au maire d’avoir su frap­per aux bonnes portes. Il a été un bon lob­byiste », ex­plique Fa­brice Da­lu­seau, peintre pop art, ins­tal­lé à Ma­rols de­puis jan­vier 2013. Lui avoue être lit­té­ra­le­ment « tom­bé amou­reux » du vil­lage. Il fait par­tie des pion­niers de l’aven­ture des ar­tistes de Ma­rols. « Sur con­seil de mon ami De­nis Ché­ret, qui avait pris un ate­lier ici en mai 2012, je suis ve­nu voir. En jan­vier 2013, je dé­mé­na­geais. Au bout de six mois, dix-sept ar­tistes s’ins­tal­laient. Huit d’entre eux choi­sis­saient de vivre à Ma­rols à l’an­née », ra­conte Fa­brice. Ques-

tion de ré­seaux et de bouche-à-oreille mais aus­si de cadre de vie. Aux portes du Forez, les ar­tistes, qu’ils soient peintres, sculp­teurs, aqua­rel­listes ou art thé­ra­peute, ont trou­vé un havre de créa­tion qui les ins­pire. Le fait de s’ins­tal­ler en « groupe » les a, peut-être au fond aus­si, ras­su­rés. « Notre col­lec­tif est as­sez hé­té­ro­gène. Les mo­ti­va­tions de cha­cun sont dif­fé­rentes et pour le mo­ment ce­la se mixe plu­tôt bien. Il n’y a pas vrai­ment de ja­lou­sie entre nous. Plus il y a du monde, mieux c’est », ex­plique Lau­rence Cou­tu­rier, sculp­trice. Leur force c’est aus­si d’être unis par les liens de l’art, qu’ils n’ima­ginent pas au­tre­ment que sin­gu­lier : « De­puis le dé­but, on es­saye de re­fu­ser l’ar­ti­sa­nat d’art pour évi­ter de se faire bouf­fer par des pro­duits ve­nus de Chine ou d’ailleurs », lance Fa­brice.

Une pe­tite en­tre­prise

Si l’ef­fet pa­pillon a fonc­tion­né pour faire ve­nir les ar­tistes, il a éga­le­ment été au ren­dez-vous pour at­ti­rer les tou­ristes. « Très vite, le pro­jet de vil­lage d’ar­tistes a pris de l’am­pleur. Nous avons dû consti­tuer l’as­so­cia­tion les ar­tistes de Ma­rols », se sou­vient Mi­ka, co-pré­sident de l’as­so­cia­tion. Il faut dire que la presse lo­cale a été par­ti­cu­liè­re­ment pro­lixe sur leur ini­tia­tive. Si bien qu’en quelques se­maines Bé­né­dicte, Ca­mille, Su­zan, Do­mi­nique, Pierre, Jé­rôme, Fa­brice, Lau­rence et les autres ont vu dé­fi­ler dans leurs ate­liers quelque 9.000 per­sonnes. Une af­fluence sou­daine qui a « for­cé­ment dé­ran­gé une pe­tite mi­no­ri­té de Ma­ro­lais, al­ler­giques de toute fa­çon à toute forme de chan­ge­ment », es­time Fa­brice. Pas ques­tion pour lui ce­pen­dant de mettre tous les au­toch­tones dans le même sac : « Glo­ba­le­ment les gens sont contents. Au bout de trois-quatre mois, les ha­bi­tants me di­saient bon­jour ». Et puis la com­mu­nau­té des ar­tistes de Ma­rols ne se la joue pas fa­çon tri­bu re­cro­que­villée au­tour de son ta­lent. L’as­so­cia­tion est gé­rée comme une en­tre­prise. Les ap­ti­tudes de cha­cun étant va­lo­ri­sées à tra­vers la com­mu­ni­ca­tion, la comp­ta­bi­li­té, les re­la­tions avec la mai­rie, le se- cré­ta­riat… « Chaque per­sonne a na­tu­rel­le­ment pris en main les choses qu’elle sa­vait faire par le pas­sé », se fé­li­cite Ca­mille.

L’art, fac­teur de vie

Un mi­ni­mum d’or­ga­ni­sa­tion est en ef­fet né­ces­saire pour or­ches­trer la sai­son cultu­relle ryth­mée par une mul­ti­tude de temps forts, par­mi les­quels l’in­con­tour­nable mar­ché de Noël, qui a at­ti­ré pas moins de 6.000 per­sonnes en 2013. Au quo­ti­dien, il s’agit aus­si de com­mu­ni­quer sur les ou­ver­tures bi­men­suelles des ate­liers et jour­na­lières du­rant l’été pour les ar­tistes en ré­si­dence. Si, lors des pre­mières sai­sons, la plu­part des ar­tistes confie avoir ren­con­tré de nom­breux tou­ristes « man­geurs de glace », force est de consta­ter que ce stade semble au­jourd’hui un peu dé­pas­sé : « Nous ar­ri­vons main­te­nant à at­ti­rer des vi­si­teurs plus aguer­ris à l’art », ra­conte Ca­mille. Cer­tains d’entre eux choi­sis­sant même de re­ve­nir à Ma­rols pour mettre les mains dans… la pein­ture. L’as­so­cia­tion se re­ven­dique en ef­fet dé­sor­mais comme pôle de for­ma­tion et de stage. L’an der­nier 145 jour­nées de stage ont été pro­po­sées. « 840 sta­giaires qui viennent ici, ça fait tra­vailler le com­merce lo­cal en se­maine. Du­rant les week-ends et les va­cances, on peut aus­si comp­ter sur les tou­ristes », se fé­li­cite le maire, Jean-claude Ci­vard. Ce n’est pas Mi­ckaël Ber­ger, le nou­veau gé­rant de l’au­berge « La Pause Ma­ro­laise » qui di­ra le contraire. Sans ce po­ten­tiel d’ac­ti­vi­té, il ne se­rait cer­tai­ne­ment pas ve­nu s’ins­tal­ler ici avec femme et en­fants. Ces trois bam­bins, qui n’ont qu’à tra­ver­ser la rue pour re­joindre les bancs de l’école, ont sans au­cun doute do­pé les ef­fec­tifs de la classe unique. Ils ne le savent pas en­core mais eux aus­si contri­buent chaque jour au ré­veil de Ma­rols.

Faire de Ma­rols un vil­lage de ca­rac­tère a été un chan­tier ti­ta­nesque pour le maire et son équipe.

L’art des créa­teurs qui ré­sident ou qui sont in­vi­tés a in­ves­ti les hauts lieux du pa­tri­moine du vil­lage.

C’est au XIVE siècle que l’église a été for­ti­fiée pour faire face aux at­taques des pilleurs.

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