REN­CONTRE : UN AUVERGNAT DE PA­RIS

Ori­gi­naire de Cha­ma­lières, il est ré­dac­teur en chef du sec­teur France de L’AFP

Massif Central Patrimoine - - Sommaire - Texte / Pierre-oli­vier Feb­vret / Pho­to / Ré­mi Dugne /

Di­dier Lau­ras, ré­dac­teur en chef France de L’AFP, est ori­gi­naire de Cha­ma­lières.

Il faut re­con­naître son in­dis­cu­table pré­sence. Ques­tion de bouillon­ne­ment in­té­rieur sans doute. Car Di­dier Lau­ras est gon­flé à la pas­sion. Elle ir­ra­die de son être de­puis ses 16 ans, de­puis qu’il sait que le jour­na­lisme doit être sa vie. Au­jourd’hui, à 45 ans, il vient d’être nom est ré­dac­teur en chef France à L’AFP. Et il en de­mande en­core... « J’ai juste eu la chance que la réa­li­té confirme le fan­tasme. » Pour­quoi ce choix ? « Ga­min, je vou­lais jouer au Mi­che­lin*. Le jour­na­lisme, c’est ma pre­mière pen­sée co­hé­rente. Il n’y a pas eu d’évé­ne­ment mar­quant, juste un prof d’his­toire : ma soif de voyage, mon en­vie de com­prendre les sys­tèmes po­li­tiques et les so­cié­tés, c’est lui. »

Fais ce que tu aimes !

La fa­mille doit conve­nir avec ce dé­sir. « Mon père, chi­rur­gien, a été chef du ser­vice des ur­gences au CHU de Cler­mont pen­dant 17 ans. Je ne sais pas très bien quel est le lien avec l’ur­gence, le drame per­ma­nent et le fait d’être à cô­té des gens qui vivent ça. C’est une par­tie de ma vie aus­si en tant que jour­na­liste, mais je pense que la trans­mis­sion fon­da­men­tale, ce que mon père m’a lais­sé sans ja­mais me le dire, c’est : “Fais ce que tu aimes”. » Di­dier Lau­ras a obéi sans mal.

Une cer­taine idée du grand re­por­tage

Bac en poche, di­rec­tion Pa­ris pour une pré­pa Sciences Po. Con­cours ra­té : grosse dé­cep­tion. Il opte pour une fac de com­mu­ni­ca­tion, his­toire d’avoir le sta­tut d’étu­diant, jus­qu’à une li- cence de jour­na­lisme. « Et là, j’y crois vrai­ment à fond. Grand re­por­ter, ce se­ra ma vie... » Une vie qui com­mence par un stage à La Montagne, en 1992. Mais dès l’an­née sui­vante, pre­mière crise de bou­geotte : « Je suis at­ti­ré par le mythe du re­por­tage à l’étranger. Je mets de l’ar­gent de cô­té, je fais mon sac et je pars pour Bang­kok avec as­sez d’ar­gent pour te­nir six mois, avec l’idée de se ba­la­der, faire des re­por­tages et les vendre en ren­trant, se faire re­mar­quer et être em­bau­ché... Rien de tout ce­la n’est ar­ri­vé. Mais je me re­trouve à Ha­noï puis à Saï­gon et le Viet­nam me prend. Je m’y ins­talle, même si c’est dur avec un pou­voir com­mu­niste qui ne to­lère pas les jour­na­listes étran­gers ». Il en­file la double cas­quette : « Je tra­vaille en “On” pour l’agence viet­na­mienne d’in­for­ma­tion, en “Off” pour des jour­naux fran­çais sous pseu­do ». À 24 ans, il ren­contre le di­rec­teur du bu­reau de L’AFP à Ha­noï et tra­vaille pour lui : « Il y avait des choses qui m’at­ti­raient dans la mai­son : une école d’hu­mi­li­té, de ri­gueur, d’exi­gence ».

Pre­mière ex­pé­rience de la guerre

Mais l’étau se res­serre sur ce pigiste clan­des­tin qui fi­nit par ren­trer à Pa­ris et mon­trer le bout de son nez au siège de L’AFP. On lui pro­pose des CDD puis une mis­sion au Rwan­da, trois ans après le gé­no­cide... « Pre­mière et unique ex­pé­rience de guerre... J’en re­viens cha­hu­té. Ce n’était pas pour moi. » Il est ti­tu­la­ri­sé à l’agence, pas­sant de la jus­tice (« une cour d’as­sises, ça vaut tous les ter­rains du monde » avec l’af­faire de la Mnef au ta­bleau de chasse) aux sports, of­frant son (autre) re­gard sur la coupe du monde de rugby. S’in­ter­calent des postes à Ha­noï, où il ap­prend cette fois-ci à être chef, avec la fer­me­té et les doutes que ce­la sup­pose ; et Bang­kok.

Im­mer­sion à La Montagne

Nou­veau re­tour à Pa­ris où L’AFP lui pro­pose ce poste de ré­dac­teur en chef. Il tombe de sa chaise. S’en re­lève et ac­cepte « pour dé­fendre la ré­dac­tion, son tra­vail, la sueur qui coule au front de ceux qui at­tendent la nuit au pôle fi­nan­cier pour sa­voir si Sar­ko­zy est mis en exa­men... ». La pas­sion conti­nue. L’AFP veut com­prendre les at­tentes de ses « clients ». Di­dier Lau­ras avait donc choi­si de faire une im­mer­sion, l’au­tomne der­nier, au sein de la ré­dac­tion de La Montagne, à Cler­mont-fer­rand. « C’est l’oc­ca­sion de voir com­ment vous vous adap­tez aux dé­fis qui nous sont po­sés : la crise et non pas la mort du pa­pier, le net, Twit­ter, l’im­mé­dia­te­té... Je trouve que L’AFP et La Montagne se res­semblent, sur le re­gard por­té aux mu­ta­tions du mé­tier et sur les dé­ci­sions prises par nos deux di­rec­tions de s’ap­puyer sur ce que l’on sait faire pour in­ven­ter autre chose, pour al­ler avec en­thou­siasme vers le net, vers l’image. Pour trou­ver aus­si de nou­veaux moyens de fi­nan­ce­ment, car l’in­for­ma­tion ne peut pas être gra­tuite, et ce­la sans se tra­hir, sans per­ver­tir, mais pour sim­ple­ment avan­cer. »

–––– *Il s’agit du stade de rugby Mar­cel-mi­che­lin à Cler­montFer­rand.

Di­dier Lau­ras est un des pa­trons de la ré­dac­tion de L’AFP (Agence France Presse) à Pa­ris, une des plus grandes agences de presse du monde. Il a la pas­sion du jour­na­lisme che­villée au corps. Un vi­rus contrac­té

il y a bien long­temps en Au­vergne.

Di­dier Lau­ras, de­vant le siège de La Montagne à Cler­mont-fer­rand, un re­tour aux sources, où il a com­men­cé le jour­na­lisme.

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