UNE MAI­SON HORS DU TEMPS

Entre pas­sé et pré­sent une pas­sion de cu­ré en Ve­lay

Massif Central Patrimoine - - Sommaire - Texte / Co­rinne Pra­dier / Pho­tos / Vincent Jolfre /

Entre pas­sé et pré­sent, une pas­sion de cu­ré en Ve­lay.

«Dans les an­nées 70, il ve­nait ici mé­di­ter, nous ra­conte Guy et Na­tha­lie, les se­conds pro­prié­taires après lui. « À l’époque, il n’y avait rien. » Rien, si ce n’est (à 900 mètres d’al­ti­tude) une vue ou­verte d’est en ouest sur les monts du Ve­lay et, lorsque le pla­fond est bas, sur une mer de nuages. Un pied à terre au­près du ciel, à deux pas de son église ! Le cu­ré Ri­chaud, des­ser­vant de la pa­roisse, dé­cide d’y faire construire une mai­son pour lui et sa soeur, avec la­quelle il par­tage une pas­sion pour les Beaux-arts. Après trois an­nées de tra­vaux, le che­min à or­nières conduit à une bâ­tisse qui éton­nam­ment semble tou­jours avoir été là. Dans le même temps, il pré­pare la mue des 5.500 m2 de terre maigre en parc ar­bo­ré. « Sur tous ceux qu’il a plan­té, nous en avons cou­pé un seul et deux ont été em­por­tés par une tem­pête. » Sous le cou­vert de cette forêt ca­thé­drale, dé­sor­mais, on voit sans être vu !

Une mai­son au bout des bois

« Lorsque nous avons ache­té, il y a de ce­la 25 ans, rien n’avait été mo­di­fié. Nous avons pris contact avec le cu­ré qui, peu à peu, nous a conté son his­toire. » Dans les an­nées 70- 80,

S’il va de soi que l’on ha­bite une mai­son, cer­taines plus que d’autres nous ha­bitent. Ce­la tient au gé­nie du lieu, à la mé­moire des bâ­tis­seurs, à l’équi­libre entre pas­sé et pré­sent. Celle qui nous in­té­resse fut im­plan­tée

au point le plus haut du vil­lage de Chas­pin­hac en Haute-loire par un homme d’église éru­dit, amou­reux de la ma­tière et pas­sé maître dans l’art

de la trans­for­mer.

face aux hi­vers trop rudes – « il lui ar­ri­vait d’avoir de la neige jus­qu’au ventre pour des­cendre cé­lé­brer l’of­fice quelques di­zaines de mètres en contre­bas » –, il em­mé­nage au­près de la cure. « Il ai­mait échan­ger des pierres avec ses pa­rois­siens, il connais­sait la pro­ve­nance de cha­cune d’entre elles. Celle-ci, de teinte verte, vient de Suisse. L’évier en marbre d’un seul te­nant est ar­ri­vé en gare du Puy-en-ve­lay, son nom est gra­vé juste en des­sous. » Au mo­ment de res­tau­rer et agran­dir, face à tous ces élé­ments as­sem­blés, Guy et Na­tha­lie se sont sen­tis comme in­ves­tis d’une res­pon­sa­bi­li­té. « Nous vou­lions ap­por­ter notre touche per­son­nelle sans tra­hir l’âme de la mai­son. Après l’ex­ten­sion, dont ils avaient en­ten­du par­ler, nous les avons in­vi­té à vi­si­ter les lieux et ils ont été ras­su­rés. Nous aus­si ! » Pour s’ins­crire dans la conti­nui­té, il fal­lait en ef­fet opé­rer avec un sens ai­gu du dé­tail. Ain­si fut fait !

L’art du ré­em­ploi

Pas­ser de 150 m2 ha­bi­tables à 220 m2 n’est pas une mince af­faire, sur­tout lors­qu’on choi­sit d’être au plus près des ma­té­riaux ini­tiaux. Après le hall d’en­trée pa­vé en pierre de lauze, la cui­sine illustre bien cette exi­gence. « Nous vou­lions re­trou­ver le marbre rose uti­li­sé pour le sol. Nous sa­vions qu’il ve­nait des Py­ré­nées et même si ce­lui que nous avons fi­ni par trou­ver dé­note une légère dif­fé­rence de vei­nage, le ré­sul­tat est sa­tis­fai­sant. » L’une des pièces maî­tresses de la salle à man­ger quant à elle est consti­tuée de trois fe­nêtres à co­lonnes, un ré­em­ploi qui donne à l’en­semble un charme in­ha­bi­tuel et sur­an­né. « Le cu­ré Ri­chaud a re­cons­ti­tué l’un des cha­pi­teaux en­dom­ma­gé à l’aide d’un mou­lage. Il sa­vait tout tra­vailler, la pierre, le bois, le verre, le fer. Lors de la res­tau­ra­tion de l’église du XIIE siècle dont il a entre autres réa­li­sé les vi­traux (et qui fut clas­sée aux Mo­nu­ments his­to­riques en 1969), il a dé­cré­pi la voûte en ber­ceau plein ceintre. Il connais­sait les lois de l’acous­tique et la rai­son de l’uti­li­sa­tion de bouts de verre dis­po­sés entre les pierres en guise de pièges à son. » Vu de la pis­cine amé­na­gée cô­té ouest, une vigne vierge ha­bille les trois fe­nêtres en ar­cades. « Quand nous avons ajou­té la ter­rasse en arc de cercle, pour faire en­trer plus de lu­mière dans la salle à man­ger, nous avons des­si­né une qua­trième ou­ver­ture dont le des­sin rap­pelle les trois ou­ver­tures voi­sines. » Un fon­du en­chaî­né qui fait le lien entre pré­sent et pas­sé. « Sa si­gna-

Trois ma­gni­fiques fe­nêtres à co­lonnes ont été conser­vées, pour la lu­mière...

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