L’EN­TRE­TIEN

In­ter­view d’un écri­vain, en­fant de la Corrèze « La lit­té­ra­ture doit nous ai­der à vivre », af­firme Pierre Ber­gou­nioux, un écri­vain so­li­taire, en­ra­ci­né pour le meilleur des mots, dans sa Corrèze na­tale. Ber­gou­nioux, un homme qui ex­prime la vé­ri­té qui l’hab

Massif Central Patrimoine - - Sommaire - Texte / Robert Gui­not / Pho­to / Fré­dé­ric Lherpinière /

Pierre Ber­gou­nioux, un acte de fi­dé­li­té à sa terre na­tale. •

En pu­bliant Exis­ter par deux fois, le Cor­ré­zien Pierre Ber­gou­nioux sort de sa so­li­tude pour lais­ser en­tendre sa voix sin­gu­lière. L’écri­vain, ori­gi­naire de Brive, a réuni une sé­lec­tion d’en­tre­tiens, d’es­sais et d’in­ter­ven­tions. Il est ques­tion, dans ce livre, de lit­té­ra­ture et de culture, du monde ru­ral et de l’hu­ma­ni­té. L’écri­vain et l’homme, plus que ja­mais, se re­joignent, dans la même quête de vé­ri­té et d’exi­gence. Cet es­sai est le pré­texte à une ren­contre avec un homme fi­dèle à son idéal, amou­reux de la langue, mar­qué par sa terre na­tale.

La phrase de Mon­taigne, « Je suis tout du pas­sé », s’ap­plique-t-elle à vous ? J’ai 65 ans. Je suis le pro­ta­go­niste d’une mé­ta­mor­phose de la ci­vi­li­sa­tion qui me laisse per­plexe. Rien de ce que j’ai cru ne vaut. Je re­garde ain­si un monde s’éloi­gner. La foule muette des morts m’ac­com­pagne.

Vous écri­vez : « Le pe­tit monde qui m’a por­té était fer­mé à la culture let­trée ». Dans quelle me­sure la Corrèze a-t-elle in­fluen­cé votre oeuvre ? J’ai tou­jours beau­coup lu. Les livres que je li­sais par­laient de lieux où je n’étais ja- mais al­lé, ils évo­quaient des gens dont je n’avais pas la moindre idée. La Corrèze, la Creuse, la Haute-vienne n’ap­pa­rais­saient ja­mais. On ne sa­vait pas qui nous étions. D’où ma per­plexi­té pro­fonde : qu’en est-il du réel ? La lit­té­ra­ture a été, pen­dant des siècles, le fait de ho­be­reaux et des bour­geois. Aus­si, j’en vou­lais au monde en­tier d’avoir ex­com­mu­nié le Limousin de la lit­té­ra­ture pen­dant des siècles. Je lui en vou­lais d’en avoir, comme Mo­lière, fait une tête de Turc et de don­ner de lui une image re­pous­sante. Les Li­mou­sins n’avaient pas les moyens de dire qui ils étaient.

Mais, au XXE siècle, la si­tua­tion a évo­lué. Il y a eu Gi­rau­doux, Jou­han­deau, Mi­chon, Ber­gou­nioux… Est-ce que nous sommes en­core des Li­mou­sins en ha­bi­tant l’es­sen­tiel de l’an­née à Pa­ris ou ailleurs ? Si on veut le mode, on perd la chose.

Vous af­fir­mez que l’écri­ture re­lève de don­nées so­ciales, éco­no­miques et po­li­tiques. Vous avez été, un temps, en­ga­gé po­li­ti­que­ment. Et au­jourd’hui ? J’en re­viens à la phrase de Mon­taigne, « Je suis tout du pas­sé ». J’en re­viens aus­si à mes 15 ans pas­sés au PCF. Jus­qu’à ce que L’URSS porte un coup mor­tel à l’idéal du par­tage. Je ne me re­trouve en rien dans ce qui se passe au­jourd’hui. Aus­si, je me tourne vers la jeu­nesse. C’est l’en­sei­gnant qui re­vient, non ? En­sei­gner ré­pon­dait-il à une né­ces­si­té pour vous ? En­sei­gner a d’abord été pour moi une vo­ca­tion. J’ai ac­com­pli avec une gé­né­ra­tion de re­tard le sou­hait que mon grand-père avait for­mu­lé pour mon père, comme un ac­com­plis­se­ment dif­fé­ré. Mais aus­si parce que je n’ai pas tou­jours trou­vé mon compte dans l’en­sei­gne­ment que j’ai re­çu.

Vous dites « Par­tir, c’est mou­rir »… J’ai hor­reur des voyages. Je reste un type qui a les pieds dans la terre. Je suis, par la pen­sée et mon ori­gine, de Bri­ve­la-gaillarde. J’es­time qu’on a tous les âges à chaque ins­tant.

Vous in­car­nez, comme de rares autres écri­vains, l’exi­gence de l’écri­ture. Mais, qu’est-ce que re­pré­sente, pour vous, la lit­té­ra­ture ? La lit­té­ra­ture doit nous ai­der à vivre, si­non elle ne vaut pas la peine. Pour écrire, il faut avoir du temps. Seules, au­tre­fois, la no­blesse puis la bour­geoi­sie pou­vaient écrire en s’ac­ca­pa­rant le tra­vail des ma­nants.

J’ima­gine que vous consa­crez vos jour­nées à votre pro­chain livre ? J’ai un mil­lion de trucs sur les bras. Mais, en rai­son du pri­vi­lège de l’âge, je suis ac­ca­pa­ré par des pré­faces, par des cau­se­ries. J

Pierre Ber­gou­nioux est Cor­ré­zien, il re­ven­dique son ap­par­te­nance à cette terre li­mou­sine. Il a beau­coup écrit sur cette géo­gra­phie qui fa­çonne un in­tel­lec­tuel en­ra­ci­né.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.