TROU­BA­DOUR PAR­MI LES BRUYÈRES

L’ac­cor­déon en ban­dou­lière A l’épreuve des époques et des modes, Jean Sé­gu­rel est de­ve­nu le chantre de la culture tra­di­tion­nelle du Mas­sif cen­tral. Son par­cours aty­pique a fait de lui une cé­lé­bri­té na­tio­nale dont on siffle en­core les airs.

Massif Central Patrimoine - - Patrimoine / Souvenirs - Texte / Vla­di­mir Fouillade /

Né un 13 oc­tobre 1908 dans le vil­lage de Chau­meil (Cor­rèze), rien ne pré­des­ti­nait à la gloire ce jeune fils de pay­sans. Pour­tant, au­jourd’hui en­core, Jean Sé­gu­rel fait par­tie des vi­sages les plus em­blé­ma­tiques de la ré­gion. In­fa­ti­gable pro­mo­teur du folk­lore li­mou­sin, cet ac­cor­déo­niste a su tra­ver­ser les modes et sur­fer sur les ten­dances pour sur­prendre l’oreille du pu­blic grâce à une dis­co­gra­phie pro­li­fique de près de 646 titres. Le nom du cé­lèbre ac­cor­déo­niste se­ra à ja­mais at­ta­ché à ce­lui du vil­lage de Chau­meil. Troi­sième en­fant de sa fra­trie, ses pa­rents, Ma­rie et Fran­çois Sé­gu­rel, le nomment Jean-bap­tiste, mais son sur­nom res­te­ra « Bap­tis­tou ». À huit ans, il ob­tient de son père un vio­lon et re­çoit quelques cours par l’un des meilleurs vio­lo­neux de la ré­gion. Dès 1918, à dix ans, il montre de réelles ap­ti­tudes pour la mu­sique en fai­sant ré­gu­liè­re­ment dan­ser le vil­lage lors des bals et se prend aus­si de pas­sion pour le vé­lo. Après avoir ob­te­nu son cer­ti­fi­cat d’études à Cor­rèze, il re­çoit le pe­tit ac­cor­déon dia­to­nique de son frère aî­né Jo­seph, par­ti pour le ser­vice mi­li­taire. Ce se­ra le coup de foudre pour cet ins­tru­ment-or­chestre. À seize ans, Jean-bap­tiste Sé­gu­rel dé­cide de se re­nom­mer Jean. Il joue alors tan­tôt de son vio­lon, tan­tôt de l’ac­cor­déon de son frère dans bon nombre de bals des en­vi­rons de Chau­meil où son grand sens du rythme est dé­jà re­pé­ré par le pu­blic. Sa « patte » mu­si­cale était dé­jà ro­dée. Plus tard, en 1927, grâce à son sa­laire dans les PTT (mé­tier qu’il adop­ta pour re­tar­der le ser­vice mi­li­taire), il put s’of­frir son propre ac­cor­déon, com­man­dé à l’usine Mau­gein de Tulle. C’était le dé­but d’un par­te­na­riat et d’une so­lide ami­tié entre Jean Sé­gu­rel et les frères Mau­gein. En 1931, il scel­la le choix de sa car­rière. Âgé de 23 ans, il op­ta pour la vie de mu­si­cien plu­tôt qu’un emploi de fonc­tion­naire des PTT. Le jeune homme sut ra­pi­de­ment pro­fi­ter de sa no­to­rié­té nais­sante et fut ra­pi­de­ment ame­né à jouer dans tous les bals et ma­riages de la ré­gion avec un suc­cès qui ne se dé­men­ti­ra plus. Il ren­con­tre­ra d’ailleurs dans l’une de ces fêtes celle qu’il épou­se­ra en 1932, An­na Mar­thon.

Plus de 10 mil­lions de disques ven­dus

C’est aus­si cette an­née-là qu’il se­ra in­vi­té par une connais­sance, Mar­tin Cay­la, à ef­fec­tuer son pre­mier en­re­gis­tre­ment 78 tours à Pa­ris : Ac­cor­déon. Beau­coup d’autres disques al­laient suivre en 1933, 1934 ou 1935, amor­çant sa ful­gu­rante car­rière. 1934 marque aus­si un tour­nant, lors­qu’il forme « l’or­chestre des Trou­ba­dours Cor­ré­ziens » avec Ro­ger Faure et Jean Ley­ma­rie. Ils en­chaînent tous les trois les fêtes dans la Cor­rèze en­tière, cor­rec­te­ment ré­mu­né­rés par des droits d’en­trée à la porte des bals, une pe­tite ré­vo­lu­tion à l’époque. Son titre Bruyères Cor­ré­ziennes va ap­por­ter la cé­lé­bri­té à Jean Sé­gu­rel. En­re­gis­tré en 1936, cet hymne au pays des Mo­né­dières se ven­dra dès 1945 à plus d’un mil­lion d’exem­plaires pour un to­tal de sept ver­sions dif­fé­rentes. Ce suc­cès po­pu­laire fe­ra la for­tune de ses au­teurs, Jean Sé­gu­rel et Jean Ley­ma­rie, pa­ro­lier. En 1960, l’ac­cor­déo­niste re­ce­vra grâce à Bruyères Cor­ré­ziennes un pre­mier disque d’or, fruit d’une col­la­bo­ra­tion fruc­tueuse avec son la­bel CBS. Ce titre se­ra un suc­cès pour plus d’un de­mi-siècle et se­ra ex­por­té dans le monde en­tier. En tout, Jean Sé­gu­rel re­çut 6 disques d’or, a été pro­mu Che­va­lier des Arts et des Lettres en 1968 par le gé­né­ral de Gaulle et ven­dit près de 10 mil­lions de disques. La du­rée to­tale de sa dis­co­gra­phie re­pré­sente plus de trente heures in­in­ter­rom­pues de mu­sique en­re­gis­trée sur 78 tours, mi­cro­sillons de 45 et 33 tours (25 ou 30 cm), cas­settes et CD. Jean Sé­gu­rel est mort d’un ar­rêt car­diaque, le 29 dé­cembre 1978, dans son « Au­berge des Bruyères » à Chau­meil. A

Un ac­cor­déon Mau­gein pour des suc­cès po­pu­laires in­dé­mo­dables.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.