LES PIERRES PRÉ­CIEUSES DE LA MON­TAGNE (Avey­ron, Can­tal, Haute-loire, Lo­zère, Puy- de-dôme)

Ba­saltes, gra­nites et schistes L’éclat des mai­sons d’au­vergne, du Gé­vau­dan et du Rouergue tient à la beau­té de leurs pierres de construc­tion, que l’on peut sans hé­si­ter qua­li­fier de pré­cieuses.

Massif Central Patrimoine - - Patrimoine / Architecture - Texte et pho­tos / Jean-yves Chau­vet /

Elles sont cha­toyantes, co­lo­rées, ro­bustes, ré­sis­tantes au gel, sou­vent im­pres­sion­nantes par leurs di­men­sions et té­moignent de l’art consom­mé des ma­çons à les mettre en oeuvre avec une dé­con­cer­tante fa­ci­li­té ap­pa­rente. Ap­pa­rente, seule­ment, parce que nous se­rions, au­jourd’hui, in­ca­pables de construire de telles ma­çon­ne­ries cy­clo­péennes, sans ci­ment ni bé­ton­nière, avec seule­ment de la terre pour ma­çon­ner des pierres aus­si ir­ré­gu­lières, sans en­gins de le­vage autres que la force des bras.

Un gra­nite ré­sis­tant à toute épreuve

Au gra­nite, on concède une qua­li­té de so­li­di­té à toute épreuve, même si cette pierre s’érode, comme les autres ; elle prend alors la forme de grosses pommes de terre. Cette roche mag­ma­tique vient du re­froi­dis­se­ment en pro­fon­deur de grandes masses de mag­ma in­tru­sif, ré­sul­tant de la fu­sion par­tielle de la croûte ter­restre. Com­po­sée de quartz, de mi­cas, de feld­spath, de plo­gio­clases, elle a été mise au jour par l’éro­sion des roches sus-ja­centes. Son grand avan­tage tient dans son ap­ti­tude à être taillée en tous sens si bien qu’elle offre des moel­lons ré­gu­liers, fa­ciles à ap­pa­reiller, presque sans joints. Elle pro­duit éga­le­ment de re­mar­quables pierres de taille, uti­li­sées pour les chaî­nages d’angle, les lin­teaux, les cor­niches, les sou­bas­se­ments, les voûtes. Le gra­nite abonde dans la Mar­ge­ride, dans une par­tie de l’au­brac, sur le Mont Lo­zère et le Mont Ai­goual, dans le pays de Saugues, le pla­teau d’ys­sin­geaux, le Vi­va­rais et, bien sûr, plus à l’ouest, dans une ma­jeure par­tie de la Marche, au­tre­ment dit, le dé­par­te­ment de la Creuse. Il

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peut être ac­com­pa­gné de gneiss, dans les Monts du Fo­rez, sur le pla­teau de Mille­vaches, par exemple, mais le gneiss ne se taille pas et il a alors fal­lu se conten­ter d’en­ca­dre­ments de bois, pour les mai­sons les plus pauvres et, bien sûr, de gra­nite, pour les plus cos­sues.

Des mai­sons nées de vol­cans

Plu­sieurs roches vol­ca­niques érup­tives ont ex­cel­lé dans la construc­tion des bâ­ti­ments. Le plus em­blé­ma­tique, le ba­salte, ré­sulte de cou­lées de lave. Ses gros prismes al­lon­gés forment de vé­ri­tables orgues mi­né­rales ; on parle d’ailleurs d’orgues ba­sal­tiques. Sa pâte com­pacte noire, en forme de mi­cro­lithe, ren­ferme de grands cris­taux de feld­spath et d’oli­vine. Il est très pré­sent dans la chaîne des Puys, dans le Can­tal, en par­ti­cu­lier le Cé­zal­lier, et dans les Monts Dore. Son in­con­vé­nient est qu’il ne se taille pas, contrai­re­ment à l’an­dé­site, plus exac­te­ment à la tra­chy an­dé­site grise, ré­sis­tante au gel, po­reuse et dure mais fa­cile à tailler, d’un faible co­ef­fi­cient de di­la­ta­tion, et qui doit son nom aux Andes. Com­po­sée de 52 à 63 % de si­lice, de cris­taux de feld­spath et de plo­gio­clases, elle fut ex­ploi­tée dans les monts de Ve­lay, entre le bas­sin du Puy et la haute val­lée de l’al­lier, dans les monts Dore et sur l’au­brac, dans les val­lées de l’ala­gnon et de la Cère, sur les pla­nèzes du Sa­ler­sois. La plus ré­pu­tée des tra­chy an­dé­sites est la pierre de Vol­vic, pro­duite par les cou­lées du puy de Nu­gère ; elle sert avec pro­fit à l’art de l’émail. En­fin, les tufs et les brèches vol­ca­niques sont is­sus de cendres chaudes res­sou­dées lors de leur chute. Ex­ploi­tables dans les Monts Dore, elles se taillent avec ai­sance.

Une pierre du fond des mers

Le schiste tout court est une roche sé­di­men­taire ar­gi­leuse, dé­po­sée au fond des mers an­ciennes. Le schiste mé­ta­mor­phique a en plus été com­pres­sé sous la pres­sion de l’eau, sous forme d’un feuille­tage ré­glé en plans pa­ral­lèles. Il offre donc des moel­lons al­lon­gés, par­fois étroits, presque feuille­tés, sou­vent bru­nis par les oxydes de fer. Il ne se taille pas et néces-

site le com­plé­ment du bois, abon­dant dans ces montagnes à châ­tai­gniers, pour en­ca­drer les fe­nêtres. C’est la pierre par ex­cel­lence des Cé­vennes, au Sud du mont Ai­goual, sur les ver­sants de Lo­zère et d’ar­dèche du mas­sif, même s’il s’y par­tage avec le gra­nite se­lon les al­ti­tudes : le gra­nite est plus haut. On re­trouve le schiste, plus mar­gi­na­le­ment, à l’ouest du Can­tal, sur le cours de la Dor­dogne, en pré­sence de gneiss ; se­lon sa mi­né­ra­lo­gie et sa dis­po­si­tion dans les car­rières, il offre des moel­lons ou des lauzes de cou­ver­ture. A

Gi­berges (Haute-loire). Cette mai­son cé­lèbre pa­raît avoir été se­cré­tée par son mi­lieu.

Les Bas­set (Avey­ron). Dans l’au­brac, les moel­lons de ba­salte peuvent se pré­sen­ter sous forme de pla­quettes à peine épaisses. Au­be­geac (Can­tal). Le roux du ba­salte, une pierre de feu. Le li­chen ajoute sa rous­seur à la cou­leur dense de la lave.

Bagnac (Can­tal). Les pierres vol­ca­niques, en forme de prisme, ne per­mettent pas d’as­seoir des as­sises de pierre très ho­ri­zon­tales. Avouac (Haute-loire). Un chaî­nage d’angle, construit de vé­ri­tables tubes de pierre. Freycenet (Haute-loire). Au centre de

Le Oul­tet (Lo­zère). Belle ma­çon­ne­rie de schiste avec quelques in­clu­sions de cal­caire. Le lin­teau à ac­co­lade peut être du XVIE ou du XVIIE siècle. Ven­ta­jols (Lo­zère). Une ma­çon­ne­rie po­sée en tout ve­nant, sans vé­ri­table sou­ci d’ho­ri­zon­ta­li­té des lits de pi

Le lac du Pê­cher, centre de gra­vi­té du mas­sif de La Pi­na­telle.

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