PRESQUE TROIS FOIS CEN­TE­NAIRE

Une vé­né­rable ins­ti­tu­tion cler­mon­toise « La culture est ce qui de­meure dans un homme lors­qu’il a tout ou­blié » avait écrit Emile Hen­riot (1889 - 1961), membre de l’aca­dé­mie fran­çaise. Creu­set de nom­breux sa­voirs scien­ti­fiques, lit­té­raires ou ar­tis­tiques,

Massif Central Patrimoine - - Histoire / Académie - Texte et pho­tos / Mu­riel Va­len­ti­ni /

Phi­lippe Au­serve, le pré­sident de l’aca­dé­mie des sciences, belles lettres et arts de Cler­mont, dé­voile les ar­canes d’une so­cié­té sa­vante aux nom­breuses fa­cettes, nan­tie d’un pa­tri­moine pres­ti­gieux et néan­moins dis­cret. L’aca­dé­mie des sciences, belles lettres et arts de Cler­mont est l’une des trente aca­dé­mies de pro­vince. Elle se trouve pla­cée sous la tu­telle di­recte de l’ins­ti­tut de France. Ce­lui-ci re­groupe les cinq grandes aca­dé­mies dont l’aca­dé­mie fran­çaise. A ce titre, l’aca­dé­mie de Cler­mont par­ti­cipe ré­gu­liè­re­ment au

col­loque na­tio­nal des aca­dé­mies. Fon­dée en 1747 par vo­lon­té royale, l’aca­dé­mie des sciences, belles lettres et arts de Cler­mont ap­pa­raît donc sous le règne de Louis XV ain­si que trente autres. Le plus sou­vent, les villes dé­pour­vues d’uni­ver­si­tés, un peu en re­trait des idées ou autres mou­ve­ments in­tel­lec­tuels alors en vogue, sus­ci­taient l’in­té­rêt du roi qui sou­hai­tait créer des re­lais, afin de dif­fu­ser les lu­mières : toutes les sciences, les lettres dans leur glo­ba­li­té et les arts avec les tech­no­lo­gies ou tech­niques qu’ils re­cèlent. La Ré­vo­lu­tion fait dis­pa­raître les Aca­dé­mies mais, plus tard, Na­po­léon ré­ta­blit leur exis­tence. Celle de Cler­mont re­prend ses tra­vaux dès l’em­pire. En­fin, Charles X re­con­naît l’ins­ti­tu­tion d’in­té­rêt pu­blic vers 1828. « De­puis cette pé­riode, nous pour­sui­vons notre mis­sion in­tel­lec­tuelle. Pour­tant, bien des faits d’im­por­tance cer­taine ont mar­qué la ci­té au fil des siècles. Les uni­ver­si­tés ont été créées, Cler­mont s’est vue do­tée pro­gres­si­ve­ment de struc­tures uni­ver­si­taires. Bien en­ten­du, l’aca­dé­mie de Cler­mont ne pra­tique au­cune concur­rence en­vers les uni­ver­si­tés. Il s’agit plu­tôt d’une col­la­bo­ra­tion ponc­tuelle et cer­tains de nos membres sont eux-mêmes des uni­ver­si­taires. Néan­moins, nos séances et nos publications sont ou­vertes à des cher­cheurs in­dé­pen­dants. Ils ne fi­gurent pas for­cé­ment dans le cur­sus uni­ver­si­taire. C’est ain­si que nous don­nons la pos­si­bi­li­té de s’ex­pri­mer à des per­sonnes qui sans ce­la, ne l’au­raient pas. »

Des prix pour ré­com­pen­ser es­prits brillants et phi­lan­thropes

Au­jourd’hui, l’aca­dé­mie de Cler­mont compte soixante membres ti­tu­laires élus par l’as­sem­blée gé­né­rale. Elle compte éga­le­ment trois cents membres as­so­ciés cor­res­pon­dants, ac­cep­tés après élec­tion. Cer­tains d’entre eux ré­sident un peu par­tout dans le monde. Elle or­ga­nise chaque mois, sauf les mois d’été, une séance du­rant la­quelle sont pré­sen­tées les com­mu­ni­ca­tions. A ces com­mu­ni­ca­tions s’ajoute une séance sup­plé­men­taire pour la re­mise des huit prix an­nuels. L’un des prix de l’aca­dé­mie est at­tri­bué à un ar­tiste, un autre ré­com­pense un étu­diant de deuxième an­née de droit par­ti­cu­liè­re­ment mé­ri­tant, si­gna­lé par le doyen de la fa­cul­té de droit. Le prix de l’aca­dé­mie le plus pres­ti­gieux porte le nom de son fon­da­teur et se nomme le Prix Mège. Ma­té­ria­li­sé par une belle mé­daille en ar­gent, la mé­daille de l’aca­dé­mie, ce prix est dé­cer­né pour trois ans à un ar­tiste, un scien­ti­fique ou un homme de lettres. Les autres prix sont for­ma­li­sés par une somme d’ar­gent. Puis vient le

L’aca­dé­mie, au coeur de la ci­té

Un pré­sident illustre, Fran­çois Do­mi­nique de Rey­naud, comte de Mont­lo­sier, a for­te­ment mar­qué l’aca­dé­mie de Cler­mont. Après la Ré­vo­lu­tion, alors que Na­po­léon dé­clare la res­ti­tu­tion des Aca­dé­mies, Mont­lo­sier fait re­naître l’aca­dé­mie de Cler­mont qu’il pré­side du­rant dix-sept ans. Il de­meure le grand homme de l’aca­dé­mie de Cler­mont. D’autres per­son­na­li­tés, des gé­né­raux, des avo­cats no­tam­ment, se suc­cèdent en­suite à cette fonc­tion. Phi­lippe Au­serve, l’ac­tuel pré­sident de l’aca­dé­mie de Cler­mont, a été élu en 2010. « En tant que pré­sident, j’ap­pré­cie beau­coup que l’aca­dé­mie puisse re­cen­ser par­mi ses membres des per­sonnes is­sues de tous les sec­teurs. Nous de­vons veiller à re­ce­voir des gens plon­gés dans la vie ac­tive comme des ar­ti­sans, des com­mer­çants par exemple. Nous ne sou­hai­tons pas ap­pa­raître comme des vieilles barbes se pre­nant très au sé­rieux, en­fer­mées dans leur tour d’ivoire. Par dé­fi­ni­tion, nous sommes au contraire très at­ten­tifs au monde ex­té­rieur. En pé­ren­ni­sant notre Prix de ver­tu nous vou­lons mon­trer à quel point l’aca­dé­mie est sen­sible et concer­née par ce pays. C’est parce que nous veillons à ré­com­pen­ser très ré­gu­liè­re­ment des per­sonnes ou des as­so­cia­tions in­ves­ties dans le bien pu­blic qu’on le nomme ver­tu, phi­lan­thro­pie ou bien­fai­sance. Ce­la fait par­tie de notre mis­sion. »

Prix de ver­tu a été at­tri­bué à une as­so­cia­tion qui se consacre aux en­fants ma­lades, et leur per­met de se rendre à des ma­ni­fes­ta­tions cultu­relles ou spor­tives.

Le pa­tri­moine de l’aca­dé­mie s’est consti­tué grâce aux legs

D’autre part, l’aca­dé­mie de Cler­mont pu­blie des bul­le­tins d’in­for­ma­tion ain­si que des mé­moires qui peuvent comp­ter jus­qu’à cinq cents pages. Au­tant d’ac­tions et de récompenses qui né­ces­sitent quelques moyens. Phi­lippe Au­serve évoque ain­si l’exis­tence d’un pa­tri­moine sans le­quel la mis­sion de l’aca­dé­mie de Cler­mont se­rait dif­fi­cile, voire im­pos­sible à rem­plir. « Ce pa­tri­moine nous a été lé­gué dans les an­nées 30 et 50. Il consiste en quelques im­meubles, comme ce­lui du siège de l’aca­dé­mie où la lo­ca­tion d’ap­par­te­ments nous ap­porte quelques sub­sides. Un autre si­tué en centre-ville était de­ve­nu un peu vieillot et de­puis quelques an­nées nous avons en­tre­pris sa ré­fec­tion. Autre bien im­mo­bi­lier de pres­tige dont l’aca­dé­mie est pro­prié­taire, la tour de Mont­pey­roux clas­sée mo­nu­ment his­to­rique, et mise à dis­po­si­tion de la mu­ni­ci­pa­li­té. Là en­core, l’aca­dé­mie garde la prin­ci­pale charge des tra­vaux à réa­li­ser sur ce mo­nu­ment. » En outre, l’aca­dé­mie pos­sède un cer­tain nombre de meubles, ta­bleaux et ob­jets qui lui ont été légués éga­le­ment. « L’aca­dé­mie a sou­hai­té que le pu­blic puisse lui aus­si ad­mi­rer ces ob­jets. Nous en avons fait dé­pôt au mu­sée d’art Ro­ger Quillot de Cler­mont-fer­rand. C’est là que l’on peut dé­cou­vrir plu­sieurs beaux meubles ou ma­gni­fiques ta­bleaux, comme un ta­bleau de Fran­çois Bou­cher ou un bu­reau de l’in­ten­dant d’au­vergne Cha­ze­rat, plu­sieurs ca­bi­nets des XVIE et XVIIE siècles ain­si que cer­taines très belles faïences. Ce choix de dé­pôt fait par­tie de notre mis­sion d’ai­der le pa­tri­moine. » L’aca­dé­mie de Cler­mont dis­pose en outre d’une très vaste bi­blio­thèque, par­fois ac­ces­sible aux cher­cheurs mais fer­mée au pu­blic. L’un des meubles de la bi­blio­thèque de l’aca­dé­mie, en mar­que­te­rie Boule, vient d’être res­tau­ré par un ébé­niste spé­cia­li­sé. Une ob­ser­va­tion mi­nu­tieuse per­met de dé­cou­vrir des fi­lets de cuivre en in­crus­ta­tion dans le bois pré­cieux. Ce tra­vail de res­tau­ra­tion s’est ré­vé­lé long et dif­fi­cile no­tam­ment sur les par­ties en mau­vais état. Le meuble ne contient que des ou­vrages mé­di­caux du XVIIE siècle jus­qu’au dé­but du XXE siècle qui consti­tuent la col­lec­tion du doc­teur Cho­pard, an­cien membre de l’aca­dé­mie. Puis, pré­cieu­se­ment sau­ve­gar­dé par l’aca­dé­mie, un ou­vrage somp­tueux com­plète la dé­cou­verte. Par­fai­te­ment conser­vé dans sa re­liure du XVIIIE siècle en veau plein, ar­mo­rié aux armes de la ville de Pa­ris, le plan de Pa­ris dit de Tur­got, car le mi­nistre Tur­got en avait sou­hai­té la réa­li­sa­tion, ré­vèle mai­son par mai­son, parcelle après parcelle tous les quar­tiers de Pa­ris à la fin du XVIIIE siècle. Com­men­cé dès 1734 et ache­vé en 1739, son ori­gi­na­li­té ré­side dans une pers­pec­tive en hau­teur. Ce do­cu­ment est unique par sa pré­ci­sion ex­tra­or­di­naire. En ef­fet, la Ré­vo­lu­tion d’abord, sui­vie des nom­breux chan­ge­ments du XIXE siècle ont bou­le­ver­sé la confi­gu­ra­tion de la ca­pi­tale. Grâce au plan de Tur­got, la connais­sance pré­cise de tel ou tel quar­tier à cette époque de l’his­toire, reste pos­sible comme un pré­cieux té­moi­gnage du pas­sé et du vieux Pa­ris : le Louvre, les Tui­le­ries dis­pa­rues de­puis, la ga­le­rie du bord de l’eau et d’in­nom­brables jar­dins, quelques mai­sons par­ti­cu­lières in­té­grées entre le Louvre et les Tui­le­ries se dé­couvrent au fil des pages. Autre cu­rio­si­té de l’aca­dé­mie de Cler­mont, une ma­quette de la Bas­tille, re­pro­duc­tion en pa­pier et car­ton, exac­te­ment à l’échelle d’après les plans conser­vés par un do­na­teur. Puis, des fi­gu­rines gal­lo-ro­maines ex-vo­to sont très pré­ci­sé­ment ré­per­to­riées. Fa­bri­quées en terre blanche de dif­fé­rents sites re­li­gieux de l’al­lier, elles re­pré­sentent des ani­maux ou des fruits, et consti­tuaient des of­frandes sa­crées.

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Le plan de Pa­ris dit de Tur­got, un ou­vrage somp­tueux par­fai­te­ment conser­vé dans sa re­liure du XVIIIE siècle en veau plein.

Phi­lippe Au­serve, un pré­sident très at­ta­ché à la so­cié­té sa­vante et très at­ten­tif au monde ex­té­rieur.

Des ta­bleaux de l’aca­dé­mie sont en dé­pôt au mu­sée d’art Ro­ger-quilliot, à Cler­mont-fer­rand.

Fer­mée au pu­blic, la bi­blio­thèque reste par­fois ac­ces­sible aux cher­cheurs.

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