Mau­pas­sant, à Châ­tel-guyon...

Massif Central Patrimoine - - Patrimoine / Architecture - Pho­to Eric Bar­bier

Le ther­ma­lisme était donc très vite de­ve­nu un phé­no­mène mon­dain. Le dé­par­te­ment du Puy-de-dôme of­frait nombre de ces villes d’eaux où l’ar­chi­tec­ture ac­quiert la splen­deur at­ten­due par des vi­si­teurs sou­vent pres­ti­gieux. Outre Royat-cha­ma­lières, Châ­telGuyon, La Bour­boule, Le Mont-dore, SaintNec­taire ou en­core Châ­teau­neuf-les-bains s’adaptent ra­pi­de­ment à leur suc­cès crois­sant et dé­ve­loppent une ar­chi­tec­ture ca­rac­té­ris­tique : « Les mai­sons de bains et au­berges, an­cêtres des éta­blis­se­ments ther­maux, ré­pondent aux exi­gences pre­mières de la vie du cu­riste : se bai­gner, se lo­ger, se dé­las­ser. Cette concen­tra­tion des fonc­tions dans un seul bâ­ti­ment de­meure en vi­gueur jus­qu’en 1850. A par­tir de cette date, l’éta­blis­se­ment ther­mal de­vient mo­nu­men­tal et sym­bo­lise la pros­pé­ri­té de la sta­tion. Son es­thé­tique est un sa­vant mé­lange de ré­fé­rences an­tiques et d’ar­chi­tec­ture lo­cale. », ex­plique Léa Le­moine. Ain­si, à Châ­teau- neuf-les-bains, la Pro­me­nade du Pic Ali­bert pro­longe ma­gni­fi­que­ment le parc et le square, grâce no­tam­ment aux es­pèces d’arbres exo­tiques choi­sies dès le XIXE siècle pour agré­men­ter le par­cours des cu­ristes. Ailleurs, d’autres villes ther­males, telles que Châ­tel-guyon ou La Bour­boule, par exemple, ap­prennent à mettre en scène et à va­lo­ri­ser de nom­breux élé­ments ar­chi­tec­tu­raux ou ur­ba­nis­tiques sym­bo­li­sant la pros­pé­ri­té des villes. Léa Le­moine évoque ces par­ti­cu­la­ri­tés propres aux villes ther­males, en sou­li­gnant leur ori­gi­na­li­té : « In­té­grée ou non à l’éta­blis­se­ment ther­mal, la bu­vette met en scène le lieu où jaillit la source. Toutes sortes de pa­villons raf­fi­nés sont ima­gi­nés, du pe­tit temple cir­cu­laire ins­pi­ré de l’an­ti­qui­té au kiosque en bois dé­cou­pé ins­pi­ré de l’ex­po­si­tion uni­ver­selle. » A Saint-nectaire, par exemple, la bu­vette abri­tée d’une grande ver­rière, consti­tue un élé­ment de dé­cor re­mar­quable en fa­çade des an­ciens Grands thermes de la sta­tion. Les parcs es­sen­tiels à la vie ther­male et mon­daine sont amé­na­gés se­lon la mode des jar­dins à l’an­glaise, tan­dis que le ca­si­no , le théâtre ou le kiosque à mu­sique offrent toute la culture et les di­ver­tis­se­ments at­ten­dus par les cu­ristes ou per­son­na­li­tés en vue. D’ailleurs, si « les pre­miers hé­ber­ge­ments pro­po­sés en de­hors de l’éta­blis­se­ment de bains, sont des mai­sons par­ti­cu­lières, des mai­sons d’hôtes ou des au­berges, les hô­tels font ra­pi­de­ment leur ap­pa­ri­tion. A la Belle Époque, les grands hô­tels se trans­forment en pa­laces. » A Châ­tel-guyon, princes, évêques ou mi­nistres se suc­cèdent dans ces pres­ti­gieux éta­blis­se­ments. Guy de Mau­pas­sant se rend à plu­sieurs re­prises dans la sta­tion pour sé­jour­ner au Splen­did Hô­tel en 1883, 1885 et 1886. L’écri­vain évoque d’ailleurs ces vil­lé­gia­tures dans son ou­vrage in­ti­tu­lé Mont-oriol. Le théâtre éga­le­ment connaît plus tard la re­nom­mée grâce aux pas­sages de Jacques Brel, Line Re­naud ou Da­li­da.

La Bour­boule, de son cô­té, montre sa pros­pé­ri­té grâce no­tam­ment aux cou­poles orien­tales des Grands Thermes ou à la ma­jes­té de son Grand hô­tel. Valéry Lar­baud qui, de­puis son ado­les­cence, par­court l’eu­rope et de nom­breuses sta­tions ther­males pour soi­gner une san­té pré­caire, se rend dans la sta­tion en 1906. D’autres per­son­na­li­tés connues l’ont pré­cé­dé ou lui suc­cèdent comme le duc de Mont­mo­ren­cy, la reine Ma­rie de Rou­ma­nie et sa fille la prin­cesse Iléa­na, la fa­mille de Roth­schild, Mar­cel Proust en­fant, Sa­cha Gui­try ou en­core Bus­ter Kea­ton... Non loin de là, Le Mont-dore, re­con­nue au­jourd’hui comme le site de l’un des plus beaux éta­blis­se­ments ther­maux d’eu­rope, montre une ar­chi­tec­ture d’ins­pi­ra­tion ro­maine pour l’ex­té­rieur, et gré­co-ro­maine à l’in­té­rieur de l’éta­blis­se­ment. L’hô­tel Le Pa­lace ex­trê­me­ment ré­pu­té dans la meilleure so­cié­té, a pu voir s’ins­tal­ler en ses murs d’illustres per­son­na­li­tés dont George Sand, la com­tesse de Flandres, Georges Cle­men­ceau, Ho­no­ré de Bal­zac, Mar­cel Proust adulte et son père... « Au mo­ment de la Belle Époque, les em­pires co­lo­niaux amènent dans les villes d’eaux un nou­veau pu­blic dé­pen­sier, plein de vitalité, en quête de loi­sirs. La ville ther­male ré­pu­tée voit ses hô­tels se trans­for­mer en pa­laces, tan­dis que l’ar­chi­tec­ture ther­male dé­couvre avec la nais­sance de l’art nou­veau, un en­ri­chis­se­ment dé­co­ra­tif. Ce­lui-ci fait ap­pel à de nou­velles tech­niques, celles du fer et du bé­ton ar­mé, et mêle les ma­té­riaux les plus divers. Dans les sta­tions ther­males, l’art nou­veau de­vient ra­pi­de­ment un simple vo­ca­bu­laire dé­co­ra­tif qui cô­toie le ré­gio­na­lisme et les autres re­cherches sty­lis­tiques », pré­cise Léa Le­moine.

Les Thermes de Châ­tel-guyon.

Châ­teau­neuf-les-bains.

Le Mont-dore. Saint-nectaire.

Les Grands Thermes à La Bour­boule.

Le ca­si­no de La Bour­boule.

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