LE MAITRE DU PAIN

Lu­cy Achalme a écrit le ro­man des par­son­niers du Fo­rez en 1908. Plus d’un siècle plus tard, est tou­jours dans les li­brai­ries.

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Ala dif­fé­rence d’écri­vains ré­gio­na­listes, comme Fer­di­nand Fabre ou Re­né Ba­zin, cé­lèbres au mo­ment où elle écrit son ro­man si­tué dans la Mon­tagne thier­noise, Lu­cy Achalme n’est pas ori­gi­naire des lieux qu’elle évoque. Cette Pa­ri­sienne a dé­cou­vert le Puy-de-dôme et ses com­mu­nau­tés grâce à son ma­ri. Né à Riom en 1866, ce mé­de­cin di­rige le la­bo­ra­toire co­lo­nial du Mu­séum quand son épouse pu­blie Le maître du pain. Pierre Achalme est aus­si l’au­teur de plu­sieurs ou­vrages scien­ti­fiques. Cer­tains ont pa­ru chez Payot. C’est cet édi­teur pa­ri­sien plu­tôt éclec­tique qui re­prend dans son ca­ta­logue Le maître du pain en 1919. L’ou­vrage peut se lire comme l’his­toire d’un des­tin fé­mi­nin au dé­but du XXE siècle. Il re­trace le par­cours de Vic­to­rine, la fille du maître des Bour­gade. Ces riches par­son­niers ex­ploitent un do­maine près du vil­lage d’es­cou­toux. Re­fu­sant le ma­riage et la vie toute tra­cée qui l’at­tend au sein de la com­mu­nau­té, la jeune fille choi­sit d’épou­ser un mé­ca­ni­cien ori­gi­naire de Nice. La mi­sère et le dé­clas­se­ment suivent ce ma­riage. A la mort de son ma­ri, Vic­to­rine re­vient dans la mai­son où elle est née pour se ré­con­ci­lier avec son père et fon­der une nou­velle fa­mille. La ro­man­cière se sert de cette his­toire in­di­vi­duelle pour évo­quer un chan­ge­ment d’époque. Ce­lui-ci est in­car­né par la bat­teuse qui, au dé­but du ré­cit, fran­chit pour la pre­mière fois l’abrupt che­min me­nant à la com­mu­nau­té pour battre la mois­son. Avec cette ma­chine, la mo­der­ni­té fait ir­rup­tion dans le temps im­mo­bile des Bour­gade. La dis­so­lu­tion de celle-ci re­flète la trans­for­ma­tion des men­ta­li­tés contem­po­raines. L’as­pi­ra­tion à un épa­nouis­se­ment in­di­vi­duel éloigne la gé­né­ra­tion nou­velle des tra­vaux agri­coles. Ce thème était dé­jà au coeur de La terre qui meurt, le suc­cès de li­brai­rie pu­blié par Re­né Ba­zin en 1899. Lu­cy Achalme se montre plus pé­da­gogue que son cé­lèbre pré­dé­ces­seur et plus sou­cieuse de faire com­prendre à son lec­teur les en­jeux qui ex­pliquent le fonc­tion­ne­ment comme le dé­clin des Bour­gade. Elle construit des dia­logues où les per­son­nages ex­priment les conflits d’idées qui vont faire écla­ter l’in­di­vi­sion. Face à l’am­bi­tieux Jean-ma­rie, sou­cieux des gains de pro­duc­ti­vi­té qui, se­lon lui, per­met­tront aux par­son­niers de ga­gner de l’ar­gent en fai­sant de la cou­tel­le­rie, le maître dé­fend la lo­gique an­ces­trale qui règle la vie des com­mu­nau­tés. Celles-ci ont be­soin, non pas d’ar­gent, mais de terres pour se nour­rir et vivre en au­tar­cie. L’ar­gent n’est qu’un ferment de di­vi­sion dans un groupe où doit ré­gner l’éga­li­té. Ce prin­cipe lui dicte le ma­riage de Vic­to­rine. Fille unique,

• Le ro­man des par­son­niers thier­nois

Lu­cy Achalme, Le maître du pain, Ma­ri­vole édi­tions, 2013. D’abord pu­blié en 1908 (sans dé­pôt lé­gal à la Bi­blio­thèque na­tio­nale de France) par la So­cié­té d’édi­tions Bou­ville et cie, Le maître du pain passe après la Grande Guerre dans le ca­ta­logue de Payot. Après une longue éclipse, il est ré­édi­té par l’as­so­cia­tion d’édu­ca­tion po­pu­laire d’es­cou­toux en 1987 puis par les édi­tions Ma­ri­vole.

• Les com­mu­nau­tés dans fias­sif cen­tral

Le su­jet n’a pas ins­pi­ré d’ou­vrage de ré­fé­rence de­puis Au même pot et au même feu pu­blié par Hen­riette Dus­sourd en 1962. Mais on peut se re­por­ter à cet ar­ticle de Mas­sif cen­tral : Au temps des par­son­niers : les com­mu­nau­tés fa­mi­liales du Fo­rez, Mas­sif cen­tral n° 9, juin 1995, p 8387. Un aper­çu sur les com­mu­nau­tés du Fo­rez sous la conduite de Bru­no Tour­nil­hac, his­to­rien au­jourd’hui dis­pa­ru.

Si­to­gra­phie

http://les­film­sdu­pom­mier.blog­spot.fr/2013/12/les­com­mu­nautes-fa­mi­liales-agri­coles.html Ce do­cu­men­taire pro­pose un iti­né­raire en trois étapes dans des vil­lages au­tre­fois ha­bi­tés par des com­mu­nau­tés : La Dar­die où vé­curent les Bour­gade, Cha­pet où ré­sident en­core des des­cen­dants des Thuel-chas­saigne, La Goutte, près de Vol­lore-ville, dont les vastes bâ­ti­ments té­moignent de la ri­chesse de la com­mu­nau­té des Du­naud. Mi­chel Sa­blon­nière, des­cen­dant des Fer­rier, com­mente et ex­plique ces lieux char­gés d’his­toire.

Le maître du pain

celle-ci doit épou­ser un homme qui a un frère pour éga­li­ser les parts. Re­fu­sant le ma­riage ar­ran­gé par son père, Vic­to­rine pro­clame son « droit » de « choi­sir sa vie ». En dé­pit de la dis­so­lu­tion des Bour­gade, pro­gram­mée dès l’ar­ri­vée de la bat­teuse et de son mé­ca­ni­cien, Lu­cy Achalme ter­mine son ré­cit de ma­nière op­ti­miste. Une forme d’as­so­cia­tion re­naît entre les an­ciens par­son­niers qui ne sont pas de­ve­nus ou­vriers ou sa­la­riés. L’his­toire illustre ain­si la convic­tion énon­cée dans la pré­face de 1919 : « La terre, après l’hi­ver, ne re­vit-elle pas à chaque prin­temps ? ». En re­gar­dant le cycle des sai­sons, en don­nant une nou­velle chance à ses par­son­niers d’es­cou­toux, l’au­teur du Maître du pain dé­livre un mes­sage d’es­poir dans une France qui vient de su­bir l’hé­ca­tombe de la Grande Guerre.

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