LES FER­RIER CINQ SIÈCLES D’HIS­TOIRE

Alors que la plu­part des com­mu­nau­tés ont com­men­cé à dis­pa­raître dès le XVIIIE siècle, celle de Fer­rier, dis­soute en 1961, offre le cas d’une lon­gé­vi­té ex­cep­tion­nelle.

Massif Central Patrimoine - - Dossier / Nostalgie -

L’his­toire de cette fa­mille com­mence au dé­but du XVIE siècle quand Jean Fer­rier ins­talle son ac­ti­vi­té de for­ge­ron et de cou­te­lier dans le hameau au­quel il donne son nom. C’est dans ce pe­tit vil­lage de mon­tagne, si­tué entre Es­cou­toux et Sainte-agathe, en sur­plomb de la ville de Thiers, que trois frères Fer­rier, tous cou­te­liers et la­bou­reurs, passent un contrat d’as­so­cia­tion de­vant no­taire en 1609, créant ain­si leur com­mu­nau­té. Un pre­mier par­tage a lieu en 1685, scin­dant, sans pour­tant l’af­fai­blir, le groupe en deux branches dis­tinctes. D’un cô­té, les Fer­rier-sa­blon­nière, qui s’ins­tallent à l’en­trée du vil­lage pour vivre en com­mu­nau­té jus­qu’en 1889, et de l’autre, les Fer­rier qui par­tagent le hameau en bonne in­tel­li­gence avec leurs voi­sins. Ces pro­prié­taires ai­sés fa­briquent aus­si des cou­teaux sous leur propre marque com­mer­ciale du Taille pré. Les Fer­rier ont réus­si à tra­ver­ser avec ha­bi­le­té la tour­mente ré­vo­lu­tion­naire. S’ac­quit­tant des ré­qui­si­tions des­ti­nées à four­nir en blé les ar­mées qui com­battent alors aux fron­tières de la jeune Ré­pu­blique, ils ac­croissent leur pa­tri­moine en ra­che­tant des terres sous sé­questre. Mais ces mo­nar­chistes ne sont pas fa­vo­rables aux idées nou­velles. Ils cachent des prêtres et servent de prête-noms à des nobles pour per­mettre à ceux­ci de conser­ver leurs biens. De re­tour sur le trône en 1814, les Bour­bons ne se­ront pas in­grats. Ils dé­cernent au maître de la com­mu­nau­té la dé­co­ra­tion de la fleur de lys qui se porte au bras. Riches et pros­pères, les Fer­rier re­nou­vellent leur contrat d’as­so­cia­tion en 1854 à l’oc­ca­sion de cinq ma­riages conclus et cé­lé­brés en même temps. Ce contrat, ini­tia­le­ment pré­vu pour cin­quante ans, se­ra tou­jours en cours lors de la dis­so­lu­tion de 1961. Lorsque com­mence le XXE siècle, la com­mu­nau­té pos­sède sept do­maines es­sen­tiel­le­ment ex­ploi­tés par des mé­tayers. Elle a aban­don­né la cou­tel­le­rie, une ac­ti­vi­té dé­sor­mais in­utile au vu de ses res­sources. C’est à cette époque d’apo­gée que Lu­cy Achalme, pré­pa­rant Le maître du pain, l’a vi­si­tée. Elle s’en est ins­pi­rée pour écrire son ro­man. Elle a trans­po­sé la mai­son et les dé­pen­dances des Fer­rier dans son ré­cit pour y lo­ger ses par­son­niers fic­tifs. Ces vastes bâ­ti­ments pré­vus pour ac­cueillir des di­zaines de per­sonnes sont tou­jours vi­sibles au­jourd’hui. Ils sont en­tre­te­nus et ha­bi­tés par Mi­chel Sa­blon­nière. Ce­lui-ci sou­ligne que la com­mu­nau­té dont il des­cend a connu un des­tin pai­sible. Elle a dé­cli­né « pro­gres­si­ve­ment comme une bou­gie qui s’éteint » ex­plique-t-il. Ce pas­sion­né d’his­toire, qui veille sur les ar­chives de sa fa­mille et d’autres com­mu­nau­tés cé­lèbres de la ré­gion, comme les Beau­jeu et les Du­naud, fait le lien entre le pas­sé et le pré­sent. Membre de plu­sieurs as­so­cia­tions qui va­lo­risent le pa­tri­moine de Thiers et de ses alen­tours, il trans­met ses connais­sances par dif­fé­rents biais, no­tam­ment ce­lui de cau­se­ries. Leur suc­cès té­moigne de l’in­té­rêt du confé­ren­cier. Il montre aus­si com­bien la mé­moire des com­mu­nau­tés est res­tée vive dans la ré­gion, au­près de leurs des­cen­dants, qui sont nom­breux, des ama­teurs de généalogie et des autres...

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.