L’HÉ­RI­TAGE DES COM­MU­NAU­TÉS

Mé­de­cins, as­su­reurs, avo­cats, chefs d’en­tre­prise, re­trai­tés et cou­te­liers, les hé­ri­tiers des par­son­niers vivent avec les sou­ve­nirs lais­sés par leurs an­cêtres, des ar­chives soi­gneu­se­ment clas­sées ou quelques meubles et ob­jets de fa­mille qui tra­versent le t

Massif Central Patrimoine - - Dossier / Nostalgie - Texte / Ma­thilde Jar­lier-jaul­hac /

Les com­mu­nau­tés agri­coles n’étaient pas rares en Mon­tagne thier­noise, et les hé­ri­tiers des par­son­niers se trouvent dé­sor­mais un peu par­tout en France. Ce­pen­dant, ils sont aus­si nom­breux à être res­tés au pays, par­fois dans les mêmes mai­sons qui ac­cueillaient les fa­milles. « Beau­coup exercent des pro­fes­sions li­bé­rales », ad­met Mi­chel Sa­blon­nière, des­cen­dant de la fa­mille Fer­rier, sur la com­mune d’es­cou­toux. L’homme ha­bite la mai­son de fa­mille, ins­tal­lée ici de­puis plu­sieurs siècles. Dans la pièce de vie qui ac­cueillait au­pa­ra­vant jus­qu’à 28 per­sonnes du­rant les re­pas, des mon­tagnes d’ar­chives se dressent sur la table. Mi­chel Sa­blon­nière en­tre­tient le sou­ve­nir et l’hé­ri­tage des par­son­niers et ce, de­puis le plus jeune âge. « Mon grand-père avait clas­sé toutes les ar­chives de notre fa­mille par siècle, j’ai eu juste à les ou­vrir », concède-t-il. Une pas­sion qui l’amène à don­ner quelques confé­rences et à par­ti­ci­per à la ré­dac­tion de livres afin d’y ap­por­ter une touche per­son­nelle de son éru­di­tion sur le su­jet. Mi­chel Sa­blon­nière, au­jourd’hui re­trai­té, n’a pas été pay­san comme une très grande ma­jo­ri­té de ses an­cêtres, ni cou­te­lier comme cer­tains membres de son arbre gé­néa­lo­gique, mais sa­la­rié dans di­verses en­tre­prises de la ré­gion. D’autres comme lui se sont aus­si éman­ci­pés de cette tra­di­tion com­mu­nau­taire, en de­ve­nant mé­de­cin, comme Pa­trick Vo­ril­hon, is­su de la com­mu­nau­té qui ha­bi­tait La Goutte. Du cô­té des Quit­tard-pi­non, dont la mai­son ori­gi­nelle se trouve sur la route de Vi­chy, l’an­cien maire de Thiers, Re­né Bar­né­rias, était lui aus­si is­su d’une fa­mille de par­son­niers. On ne peut par­ler de Thiers sans évo­quer la cou­tel­le­rie. Si celle-ci fai­sait souvent par­tie des corps de mé­tiers exer­cés par les par­son­niers dans le temps, beau­coup de cou­te­liers ac­tuels des­cendent de plu­sieurs gé­né­ra­tions de cette com­mu­nau­té, comme la fa­mille Do­zorme, qui prend ra­cine dans la com­mu­nau­té de La Cha- bane à Celles-sur-durolle. « Ils sont cou­te­liers de­puis le XVIIIE siècle », af­firme Mi­chel Sa­blon­nière. Les fa­milles de cou­te­liers comme Cham­briard ou The­rias sont, elles aus­si, di­rec­te­ment liées à ces tra­di­tions an­ces­trales de la Mon­tagne thier­noise. Des ar­chives, des noms, des lieux-dits, des pierres, de larges de­meures trans­for­mées par­fois en mai­sons d’hôtes comme le Ma­noir de la Dar­die à Sainte-agathe, mais aus­si des pièces uniques se trans­mettent de gé­né­ra­tion en gé­né­ra­tion, pour gar­der une trace de ce pas­sé si par­ti­cu­lier. Mi­chel Sa­blon­nière conserve re­li­gieu­se­ment les ves­tiges d’une époque ré­vo­lue, comme ce coffre fait de bois et de fer qui ap­par­te­nait au­tre­fois au maître de sa fa­mille qui se ser­vait de ce­lui-ci pour trans­por­ter l’ar­gent de la com­mu­nau­té, ou des pièces en étain qui té­moi­gnaient d’une cer­taine ri­chesse... Les meubles, aus­si, par­ti­cipent à conser­ver la mé­moire de cet hé­ri­tage. D’im­po­santes ar­moires étaient d’ailleurs fa­bri­quées et don­nées lors du ma­riage d’une jeune fille de la mai­son. La fu­ture épouse par­tait dans sa nou­velle com­mu­nau­té avec cette ar­moire. Pour ne plus ja­mais re­ve­nir.

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