« POUR CRÉER IL FAUT DÉ­TRUIRE »

Ren­contre avec Marc Pe­tit De­puis 40 ans, le Haut-vien­nois Marc Pe­tit crée d'im­pres­sion­nantes sculp­tures en bronze. Il a été dé­si­gné comme le plus grand sculp­teur in­ter­na­tio­nal vi­vant. Confi­dences.

Massif Central Patrimoine - - Actualités - Texte / Mu­riel Min­gau / Pho­to / Pas­cal Lachenaud /

Au­to­di­dacte, Marc Pe­tit, né en 1961 à Saint-cé­ré (Lot), est un créa­teur. Du­rant dix ans, il s'est fait « cor­ri­ger » par deux sculp­teurs an­ciens élèves des BeauxArts à Pa­ris, Re­né Four­nier et Jean Lor­quin, pre­mier Grand prix de Rome 1949. En 1984, il ar­rive à Li­moges, avant de s'éta­blir à Bos­miel'ai­guille (Haute-vienne) où il crée. La re­con­nais­sance de l'ar­tiste est ve­nue après une ren­contre avec Fran­çois Ol­lan­di­ni, mé­cène, qui en 2008 lui dé­die un lieu à Ajac­cio, le « La­za­ret Ol­lan­di­ni-mu­sée Marc Pe­tit ». Puis quand, en 2011, le centre d'art contem­po­rain de l'abbaye d'au­be­rive (Haute-marne) pré­sente une vaste « Ré­tros­pec­tive Marc Pe­tit ». Cette an­née, suite à une en­quête au­près de mille ga­le­ristes, col­lec­tion­neurs et ar­tistes du monde en­tier, la re­vue Mi­roir de l’art a dé­cla­ré Marc Pe­tit « plus grand sculp­teur vi­vant ». Ses oeuvres sin­gu­lières sont à dé­cou­vrir cet été dans une double ex­po­si­tion à Li­moges. Nul n’est pro­phète en son pays… Comment réagissez-vous à la double ex­po­si­tion de Li­moges ? Ouf ! Je déses­pé­rais de voir ce­la se pro­duire un jour. L’ex­po­si­tion au jar­din de l’évê­ché et aux en­vi­rons per­met de mon­trer mes grands for­mats, part très consé­quente de mon tra­vail. Je n’avais ja­mais pu le faire à Li­moges. Vous ac­cé­dez à une grande re­con­nais­sance. Quel ef­fet sur vous ? Un plai­sir im­mense. Ce­la m’en­cou­rage à pour­suivre dans ma lo­gique de tra­vail. Une fois dans mon atelier, je ne pense pas à ceux qui ver­ront peut-être ma sculp­ture un jour. Je fais ce que je veux. Ques­tion d’au­then­ti­ci­té ? Exac­te­ment. De­puis tou­jours, j’ai cette exi­gence. Je pense que la re­con­nais­sance vient de là. Je n’ai ja­mais tri­ché. A 20 ans, j’au­rais pu réa­li­ser des sculp­tures de jeunes filles jo­lies, fa­ciles à vendre. Or, même quand je ne ga­gnais pas d’ar­gent avec mon tra­vail, j’en ai tou­jours éli­mi­né le « jo­li », pour gar­der l’es­sen­tiel, es­sayer de m’ap­pro­cher de la beau­té. Beau­té n’est pas jo­liesse... C’est l’in­verse. La beau­té est ce qui reste quand on a en­le­vé tous les en­jo­li­veurs. C’est l’in­té­rio­ri­té et non l’ap­pa­rence. C’est le contraire du flat­teur. La beau­té, ça a de la pro­fon­deur. Ça sent l’hu­main, pas le sa­von. Tou­te­fois, je ne dis pas que j’ac­cède à la beau­té. J’es­saie de m’en ap­pro­cher. Or, à me­sure qu’on l’ap­proche, elle re­cule. Elle est in­at­tei­gnable. Votre vo­ca­tion n'est pas cou­rante... A 14 ans, en grat­tant un caillou. Ma soeur s’était fait tailler une che­mi­née. Il res­tait des chutes de pierre. Avec un tour­ne­vis et un mar­teau, j'ai creu­sé pour voir si c’était dur. Ça m’a plu ! De suite, j’ai sen­ti qu’il y avait là quelque chose à trou­ver. Je suis im­mé­dia­te­ment al­lé ache­ter des ci­seaux à bois pour tailler. J’ai ré­cu­pé­ré de la pierre chez les tailleurs. Et je me suis mis à es­sayer de faire des pe­tites sculp­tures dans la cui­sine, chez ma mère, à Ca­hors où je vi­vais. Et vous n’avez plus dé­cro­ché... En se­conde, j’ai ar­rê­té le ly­cée en di­sant à ma mère que je vou­lais de­ve­nir sculp­teur. J’ai com­men­cé par faire un stage de tailleur de pierre. Pen­dant ce stage, le sculp­teur Re­né Four­nier don­nait des cours de sculp­ture. Il m’a ap­pris le b.a-ba. Puis, j’ai pu ren­con­trer Jean Lor­quin. Suite à ma pre­mière ex­po­si­tion à Ca­hors, il a ac­cep­té de me cor­ri­ger. Nous avons échan­gé sur la sculp­ture jus­qu'à sa mort, en 1999. J’avais 38 ans. Au­jourd’hui, comment naît une sculp­ture ? Je suis une lo­gique plas­tique. Une pièce m'en ins­pire d’autres, une fa­çon d’al­ler plus loin. C’est la sculp­ture qui guide la sculp­ture. Moi, je ne guide rien. Par­fois, il y a des trous. Ce­la s’ar­rête. Alors je re­prends un tra­vail pas­sé et je vois comment je peux l’ap­pro­fon­dir. Une pièce peut aus­si naître d’une émo­tion. Le Parc est dû à la nais­sance de mon fils aî­né. Nous le met­tions dans un parc. Je trou­vais ce­la ter­rible, car­cé­ral. Je sa­vais que je fe­rais une pièce pour le mon­trer. Ma sculp­ture doit aus­si beau­coup à ma grand-mère, sa tête, sa pres­tance, sa fa­çon de se te­nir. A la ter­rasse d’un ca­fé, j’ai vu un jour une déesse, la plus belle femme du monde. Elle avait 90 ans, voire plus. Je suis sûr que cette in­con­nue a nour­ri ma sculp­ture. Tour­ment et beau­té ca­rac­té­risent vos oeuvres. Vous res­semblent-elles ? Je suis tout en­tier de­dans. A l’atelier. En de­hors, j’aime la vie, l’ami­tié, rire, boire un verre. Je suis bon vi­vant. Mais le tour­ment est au fond de moi. Il s’ex­prime à l’atelier. Là, il a le droit. Sculp­ter est donc dou­lou­reux ? C’est ter­rible. A l’atelier, on al­terne mo­ments où l’on se prend pour un gé­nie et mo­ments, beau­coup plus nom­breux, où l’on se sent moins que rien. Dans les an­nées 2000, pen­dant trois mois, j’ai dé­truit tout ce que je fai­sais. C’était atroce. Ma femme était in­quiète. Puis, s’est pro­duit un mi­racle, j’ai uti­li­sé le bois pour la pre­mière fois. Par­fois, pour créer, il faut dé­truire. Il existe aus­si des mo­ments de grâce. Cer­taines oeuvres naissent comme une évi­dence, une ju­bi­la­tion… Mais vous êtes fi­dèle au bronze... C’est le ma­té­riau le plus adap­té à mon tra­vail. J’ai aus­si be­soin de sa­voir que mon tra­vail du­re­ra après moi. Une lutte contre la mort ? Bien sûr ! Elle me hante. De­puis que je suis né, je sais que le temps m’est comp­té. C’est dans ma na­ture.

AVEY­RON Rodez A pi­cas­so CHEZ sou­lages

Le mu­sée Sou­lages ac­cueille Pa­blo Pi­cas­so. Des oeuvres da­tées de 1908 à 1962 oc­cupent les ci­maises de la salle d'ex­po­si­tion tem­po­raire jus­qu'au 25 sep­tembre. L'ex­po­si­tion pro­pose un voyage au coeur de thèmes ha­bi­tuels, un Pi­cas­so par­mi les siens. C'est Pierre Sou­lages qui a choi­si d'in­flé­chir le thème sur le do­maine de l'in­time et de la quo­ti­dien­ne­té de Pi­cas­so. Des oeuvres ha­bi­tuel­le­ment pro­po­sées dans les mu­sées Pi­cas­so à Pa­ris et à An­tibes. www. mu­see-sou­lages. ro­de­zag­glo.fr

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