BIEN­TÔT à L'UNESCO ?

Firminy, la ci­té de Le Cor­bu­sier Pre­mier site construit en Eu­rope par Le Cor­bu­sier, Firminy (Loire) n'est pas très con­nu du grand pu­blic mais il pour­rait le de­ve­nir s'il dé­croche le pré­cieux sé­same de l'unesco.

Massif Central Patrimoine - - Patrimoine / Le Corbusier -

Bien moins con­nu que la Ci­té ra­dieuse de Mar­seille ou la vil­la Sa­voye de Pois­sy, le site Le Cor­bu­sier de Firminy, pen­sé dans les an­nées 50, est pour­tant le pre­mier construit en Eu­rope par le cé­lèbre ar- chi­tecte et le deuxième dans le monde après la ville in­dienne de Chan­di­ga­rh. A l'in­vi­ta­tion de son ami Eu­gè­neC­lau­dius Pe­tit, Mi­nistre de la re­cons­truc­tion de 1948 à 1953 et maire de Firminy (1953-1971), Le Cor­bu­sier des­sine en 1955, au sein du nou­veau quar­tier de Firminy vert, un en­semble ar­chi­tec­tu­ral et ur­bain re­grou­pant une Mai­son des jeunes, un théâtre de plein air, un stade et une église. Cet en­semble se veut être un quar­tier d'ha­bi­ta­tion mo­derne exem­plaire, il est bap­ti­sé Firminy Vert, en contraste avec la « Firminy Noire », la ville in­dus­trielle qui doit sa triste ré­pu­ta­tion à son pas­sé mi­nier et si­dé­rur­gique. Le Cor­bu­sier sou­haite ins­tau­rer dans cette ci­té ou­vrière une nou­velle fa­çon d'ha­bi­ter. Il op­pose la ville fonc­tion­na­liste à la ville in­dus­trielle, il veut rompre avec l'ha­bi­tat ou­vrier in­sa­lubre. Il ne réa­lise pas l'en­semble du quar­tier mais une pe­tite par­tie, le res­tant étant confié aux ar­chi­tectes An­dré Sive, Mar­cel Roux et Mi­chel Del­fante. Ce­pen­dant, ces der­niers re­prennent les principaux concepts de l'ur­ba­nisme ré­for­ma­teur de Le Cor­bu­sier : den­si­fi­ca­tion en hau­teur (12 % de sur­faces construites pour 88 % d'es­pace vert), sé­pa­ra­tion des flux de cir­cu­la­tion (flux au­to­mo­biles et pié­ton­niers) énon­cés dans la Charte d'athènes. Ce nou­veau quar­tier se trouve sym­bo­li­que­ment à l'ar­ti­cu­la­tion de la ville an­cienne de Firminy et du quar­tier de Firminy Vert avec le­quel il a été conçu. Il épouse la forme d'un ovale écra­sé, dans le site d'une an­cienne car­rière, éta­gé sur une dé­cli­vi­té de 55 mètres. Une voie pé­ri­phé­rique en an­neau que des­si­na Le Cor­bu­sier en ma­té­ria­lise les contours. Le Cor­bu­sier a pour mission d'exé­cu­ter un « centre de re­créa­tion du corps et de l'es­prit », ex­pres­sion d'ins­pi­ra­tion cor­bu­séenne em­ployée par Clau­dius Pe­tit com­pre­nant trois uni­tés d'ha­bi­ta­tion, une Mai­son de la

NO­TEZ-LE

Un ap­par­te­ment de l'uni­té d'ha­bi­ta­tion, la Mai­son de la cul­ture et l'église peuvent se vi­si­ter. Le site est ou­vert tous les jours de 10 h à 18 h (sauf le mar­di de sep­tembre à juin).

cul­ture, un stade olym­pique et une église. La Mai­son de la cul­ture (1961-1965) est la pre­mière pièce maî­tresse de l'en­semble des équi­pe­ments du « centre de re­créa­tion du corps et de l'es­prit » ima­gi­né par Le Cor­bu­sier. Elle a été en­tiè­re­ment con­çue par l'ar­chi­tecte qui inau­gure l'en­semble du gro­soeuvre en 1965, peu avant son dé­cès. Pour son fi­nan­ce­ment, le bâ­ti­ment a bé­né­fi­cié de la loi Mal­raux ins­ti­tuant les Mai­sons de la cul­ture à par­tir de 1961. Ce pro­jet est lié au mou­ve­ment his­to­rique d'édu­ca­tion po­pu­laire et à la dé­cen­tra­li­sa­tion cultu­relle. Sur­plom­bant le stade si­tué dans l'an­cienne car­rière, le bâ­ti­ment s'ap­puie sur la roche lais­sée à nu, comme l'acro­pole d'athènes. Sa fa­çade in­cli­née, ryth­mée de « pans on­du­la­toires » est consti­tuée de da­miers de verre et de bé­ton. Ori­gi­nal, la cou­ver­ture de l'édi­fice re­pose sur un sys­tème de câbles lui don­nant l'as­pect d'une voûte ren­ver­sée. Le bâ­ti­ment est en­core en ac­ti­vi­té, c'est lui qui concourt à la can­di­da­ture de l'unesco.

L'uni­té d'ha­bi­ta­tion

Les autres mo­nu­ments phares de ce quar­tier sont l'uni­té d'ha­bi­ta­tion et l'église. Si le plan d'ur­ba­nisme pré­voyait trois uni­tés d'ha­bi­ta­tion, une seule ver­ra le jour à Firminy. La der­nière uni­té d'ha­bi­ta­tion construite dans le monde après celles de Nantes-re­zé, Brieyen-fo­rêt, Ber­lin-char­lot­ten­burg. La Ci­té ra­dieuse à Mar­seille res­tant la plus cé­lèbre, no­tam­ment pour la polémique qu'elle sus­ci­ta à l'époque de sa construc­tion où elle fut sur­nom­mée « la mai­son du fa­da ». Eu­gène Clau­dius-pe­tit connais­sait bien ce bâ­ti­ment puis­qu'il l'avait inau­gu­ré en juillet 1952. Le bâ­ti­ment s'étend sur 130 mètres de lon­gueur, 21 mètres de lar­geur et 57 mètres de hau­teur, il cor­res­pond au concept des ci­tés jar­dins ver­ti­cales. Ori­gi­nel­le­ment, il comp­tait 414 lo­ge­ments et pro­po­sait six types d'ap­par­te­ments du stu­dio au 6 pièces. Au­jourd'hui, il ne reste que 374 lo­ge­ments, car cer­tains ap­par­te­ments ont été fu­sion­nés

afin de mieux conve­nir à la de­mande ac­tuelle d'es­paces plus grands. Avec l'uni­té d'ha­bi­ta­tion, Le Cor­bu­sier dé­passe l'ar­chi­tec­ture du XIXE siècle. Il in­vente un nou­veau vo­ca­bu­laire ar­chi­tec­tu­ral qui re­pose sur cinq points : une fa­çade libre non por­teuse, un plan libre, des pi­lo­tis qui per­mettent de li­bé­rer l'es­pace au sol, un toit ter­rasse et des fe­nêtres ban­deau. Il in­tègre l'idée du monde contem­po­rain, sa vi­sion trans­for­mée par la voi­ture, l'avion et le ba­teau. Il éla­bore un sys­tème de pro­por­tions le « Mo­du­lor » du verbe mo­du­ler et du nombre d'or, fon­dé sur la me­sure du corps hu­main : une sil­houette hu­maine stan­dar­di­sée ser­vant d'uni­té de me­sure à la concep­tion des struc­tures et des pro­por­tions des es­paces de vie des uni­tés d'ha­bi­ta­tion, le Mo­du­lor doit per­mettre, se­lon l'ar­chi­tecte, un confort maxi­mal dans les re­la­tions entre l'homme et son es­pace vi­tal. L'uni­té d'ha­bi­ta­tion est or­ga­ni­sée comme un vil­lage ver­ti­cal. C'est une concen­tra­tion de lo­ge­ments qui a pour ré­fé­rence le pa­que­bot. Elle al­lie les ver­tus de l'in­di­vi­duel au lo­ge­ment col­lec­tif. On y trouve une école ma­ter­nelle de 3.000 m2 et un théâtre sur le toit-ter­rasse pen­sé comme la place du vil­lage. L'école ferme en 1998, après 30 ans d'uti­li­sa­tion. Pour l'époque, ces lo­ge­ments sont ré­vo­lu­tion­naires. Ils dis­posent de l'eau chaude, d'un chauf­fage par le sol, de doubles vi­trages, de sa­ni­taires et d'une salle d'eau pri­va­tive. Ce­la nous pa­raît nor­mal au­jourd'hui mais dans les an­nées 50, c'était loin d'être le cas. La cui­sine est in­té­grée et ou­verte sur l'ap­par­te­ment. Tout ce­la est d'une grande mo­der­ni­té. L'autre bâ­ti­ment phare de ce quar­tier est l'église Saint Pierre. Dis­pa­ru en 1965, Le Cor­bu­sier ne l'a ja­mais vue. Le chan­tier re­pris par son as­sis­tant Jo­sé Ou­bre­rie, a com­men­cé en 1973 et a été inau­gu­ré en 2006. Entre 1970 et 1978, les tra­vaux res­tent ar­rê­tés pen­dant une longue pé­riode. Ils ne re­prennent qu'en 2004 lorsque l'as­so­cia­tion Le Cor­bu­sier pour l'église de Firminy Vert qui a jusque-là as­su­ré la maî­trise d'ou­vrage, fait do­na­tion de celle-ci à la com­mu­nau­té d'ag­glo­mé­ra­tion Saint-étienne mé­tro­pole. L'église se pré­sente comme un mo­nu­men­tal cône tron­qué de bé­ton brut et abrite dans son socle un centre d'ex­po­si­tion. Comme dans ses deux autres réa­li­sa­tions d'art sa­cré, Notre-dame-du-haut à Ron­champ dans les Vosges et le couvent Sainte Ma­rie de la Tou­rette à Eveux, près de Lyon, la lu­mière pé­nètre dans la nef par des ran­gées de meur­trières ou des puits de cou­leurs vives, avec en prime la constel­la­tion d' Orion gra­vée der­rière l'au­tel. La mai­son de la cul­ture ain­si que 16 sites dans 7 pays et sur 4 conti­nents com­posent le dos­sier de can­di­da­ture d'ins­crip­tion de bâ­ti­ments ap­par­te­nant à l'oeuvre ar­chi­tec­tu­rale de Le Cor­bu­sier sur la liste du pa­tri­moine mon­dial. C'est le fruit d'un tra­vail col­lec­tif en­ta­mé de­puis plus de dix ans qui a été éla­bo­ré par l'al­le­magne, l'ar­gen­tine, la Bel­gique, la France, l'inde, le Ja­pon et la Suisse. Il s'agit d'une de­mande d'ins­crip­tion sé­rielle trans­na­tio­nale. L'ar­chi­tecte très contro­ver­sé, car on fait por­ter sur ses épaules la res­pon­sa­bi­li­té des grands en­sembles et des pé­ri­phé­ries dé­gra­dées, verrat-il son tra­vail re­con­nu ? A

Comme dans la mu­sique, Le Cor­bu­sier veut don­ner du rythme à sa fa­çade, ici avec des mor­ceaux de verre de taille dif­fé­rente et des pan­neaux co­lo­rés de cou­leurs chères à l'ar­chi­tecte : jaune (le so­leil), rouge (la vie), bleu (le ciel), vert (la na­ture).

Église Saint Pierre : mal­gré quelques mo­di­fi­ca­tions ap­por­tées au pro­jet ini­tial, la réa­li­sa­tion de Jo­sé Ou­bre­rie reste conforme à l'es­prit cor­bu­séen. En re­vanche, le socle de l'édi­fice a chan­gé d'af­fec­ta­tion.

La main est un mo­tif cher à Le Cor­bu­sier, c'est la main qui tra­vaille. Ici, sur la porte d'en­trée de la mai­son de la cul­ture.

Ap­par­te­ment té­moin en du­plex de l'uni­té d'ha­bi­ta­tion, avec la cui­sine au rez-de-chaus­sée ou­verte sur la pièce à vivre et trois chambres à l'étage, avec une salle d'eau. Le mo­bi­lier est réa­li­sé par Pierre Gua­riche. Le Cor­bu­sier crée le Mo­du­lor, une nou­vell

Après la cha­pelle Notre-dame du Haut de Ron­champ et le couvent Sainte Ma­rie de la Tou­rette, l'église Saint Pierre de Firminy est le troi­sième édi­fice re­li­gieux de Le Cor­bu­sier.

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