PRE­MIERS ES­SAIS DE BIPLANS SUR PISTE EN DUR

1916, au champ d’avia­tion d’aul­nat L’avia­tion, l’autre grande in­ven­tion du tout dé­but du XXE siècle, n’était pas une in­con­nue pour les frères Mi­che­lin. Ils avaient très ra­pi­de­ment per­çu l’in­té­rêt, la force et mais aus­si la dan­ge­ro­si­té du « plus lourd que

Massif Central Patrimoine - - Histoire / Pistes Michelin -

Dé­but 1910, alors que les pre­miers avia­teurs se contentent en­core de faire des ronds dans l’air à proxi­mi­té de leurs lieux d’en­vol, les frères Mi­che­lin offrent un prix de 100.000 francs au pre­mier d’entre eux qui, ayant dé­col­lé de Pa­ris, at­ter­ri­rait au som­met du puy de Dôme. Cet ex­ploit se­ra réa­li­sé un an plus tard, le 7 mars 1911 par Eu­gène Ré­naux ac­com­pa­gné d'al­bert Se­nouque. Les frères Mi­che­lin pu­blient en 1912 la bro­chure Notre Ave­nir est dans l’air qui pré­co­nise la construc­tion par la France de 5.000 aé­ro­planes de guerre… Dans cette lo­gique, dès sep­tembre 1914, ils offrent à la Nation les 100 pre­mières cel­lules d’avions Bré­guet fa­bri­quées dans l’usine des Carmes à Cler­mont. Les Mi­che­lin ob­tiennent un puis­sant sou­tien en la per­sonne du mi­nistre de la Guerre de l’époque, le gé­né­ral Gal­lie­ni. Ils ex­pliquent : « Pen­dant ces pre­miers mois de guerre, nous avons ap­pli­qué tous nos ef­forts, tous nos moyens d'études et de pro­duc­tion à l'avia­tion de bom­bar­de­ment. Le gou­ver­ne­ment s’in­té­resse à ces ex­pé­ri­men­ta­tions et pose, comme condi­tion, que lui soit pro­po­sé un ter­rain per­met­tant leur réa­li­sa­tion. Le seul ter­rain dis­po­nible alors, ce­lui des Gra­vanches, se ré­vé­lait in­suf­fi­sant, d’au­tant qu’il joux­tait un im­por­tant atelier de char­ge­ment d’obus… » Dans la po­pu­la­tion, on s’émeut en ef­fet beau­coup de voir cet atelier sur­vo­lé par des avions. Leur pos­sible chute sur ce site nour­rit même une polémique sur les risques en­cou­rus par le per­son­nel.

Quand le ter­rain près d’aul­nat… de­vint une évi­dence ab­so­lue

Hen­ri Frai­sot, in­gé­nieur Mi­che­lin, ex­plique la suite : « Un ma­tin de jan­vier 1916, j’ai re­çu un ap­pel té­lé­pho­nique d'édouard Mi­che­lin. Il me de­man­da de trou­ver au plus vite un ter­rain si­tué près d'une voie fer­rée et d'une gare pour éta­blir un camp d'avia­tion. Toute la jour­née

je par­cou­rais la ré­gion, pous­sant même jus­qu’à Brioude. Mais en fin d’après­mi­di, je n'avais tou­jours pas trou­vé le lieu idéal. Je ren­trais à Cler­mont quand j’aper­çus les ma­gni­fiques es­paces qui s'éten­daient au­tour d'aul­nat. J’al­lais jus­qu'à la gare de cette lo­ca­li­té, tout sem­blait bien cor­res­pondre à ce que je cher­chais en vain de­puis le ma­tin. Sans plus hé­si­ter, je me ren­dais au ca­dastre et, le len­de­main ma­tin, le « Pa­tron » avait en main le plan du fu­tur ter­rain. Le soir même, l'ordre d'ex­pro­pria­tion ar­ri­vait, ain­si que ce­lui d’ar­ra­cher les cultures, ce dont fut char­gée l'ar­mée.

Pour en fi­nir avec la terre « amou­reuse » de Li­magne…

Quelques se­maines plus tard, nos han­gars et les construc­tions mi­li­taires né­ces­saires pour les avions et pour le per­son­nel de l'es­ca­drille en for­ma­tion se dres­saient sur la plaine d’aul­nat. Nos biplans pou­vaient s’en­vo­ler… » Mais, bien vite, un grave pro­blème s’est po­sé. L’herbe étant en­core rare dans ce « champ d’avia­tion », après chaque averse, les lourdes terres à blé et à bet­te­rave de­viennent « col­lantes ». Les roues des avions pro­jettent de grosses plaques de terre qui at­teignent l’hé­lice (si­tuée der­rière le poste de pi­lo­tage sur les pre­miers mo­dèles de Bré­guet, les B IV). Une casse de l'hé­lice pou­vant ame­ner des dé­gâts dans les struc­tures trans­ver­sales qui sup­portent ses gou­vernes, un grave ac­ci­dent de­ve­nait pos­sible. On étu­die im­mé­dia­te­ment dif­fé­rents types de garde-boue mais sans pou­voir ar­ri­ver à un ré­sul­tat sa­tis­fai­sant. Aler­té, Édouard Mi­che­lin tient à exa­mi­ner lui-même le pro­blème et après ré­flexion il dé­clare : « Et si je vous éta­blis­sais une piste en ci­ment ?». La so­lu­tion est trou­vée, dès le 14 jan­vier 1916, Mi­che­lin de­mande au­près de l’ar­mée une équipe de 20 ma­noeuvres et de 8 ci­men­tiers di­ri­gée par un chef de chan­tier. Miche- lin de­mande éga­le­ment la prise en charge par l'état du trans­port de­puis Saint-étienne du mâ­che­fer (pous­sière ul­time de char­bon ag­glo­mé­rée), afin de réa­li­ser le re­vê­te­ment de la piste ». En deux mois, une piste d’en­vol de 400 m de long sur 20 m de large est éta­blie face aux vents do­mi­nants. Cette piste fut, en fait, la pre­mière vraie piste en dur de cette im­por­tance réa­li­sée au monde. Elle a per­mis l’ho­mo­lo­ga­tion des cen­taines d’avions fa­bri­qués par Mi­che­lin à Cler­mont et l’en­traî­ne­ment de nom­breux équi­pages fran­çais et amé­ri­cains jus­qu’à la fin de la guerre.

« va-et-vient » sur des pistes pen­dant des di­zaines, voire des cen­taines de mil­liers de ki­lo­mètres. Ces cha­riots mo­biles pou­vaient être char­gés jus­qu’à 56 tonnes. Un mo­teur élec­trique en­traî­nait chaque cha­riot, gui­dé par un rail, sur toute la zone plane et se cou­pait au pied des rampes, le cha­riot pour­sui­vant sa route grâce à la vi­tesse ac­quise. Il re­des­cen­dait par iner­tie jus­qu’à la zone plane où il re­pre­nait un cou­rant élec­trique in­ver­sé qui l’en­traî­nait jus­qu’à l’autre ex­tré­mi­té de la piste… et ain­si de suite… Les pneus rou­laient li­bre­ment sur le re­vê­te­ment (lé­gè­re­ment pa­vé) qui pou­vait être éven­tuel­le­ment « agré­men­té » d’un lé­ger ren­fle­ment en mé­tal des­ti­né à tes­ter la ca­pa­ci­té des en­ve­loppes à « boire l’obs­tacle »… En re­pro­dui­sant ain­si cer­taines des ava­ries de la route, les tech­ni­ciens ana­ly­saient la te­nue des pneus afin d’en amé­lio­rer la ro­bus­tesse et la fia­bi­li­té. Cô­té ren­de­ment, ces pistes fonc­tion­naient jour et nuit, 365 jours par an, et le tout bien sûr à

Vue aé­rienne du ter­rain d’aul­nat en 1918. On dis­tingue bien la piste, les dif­fé­rents han­gars et bâ­ti­ments, la su­cre­rie de Bour­don et le vil­lage d’aul­nat. Re­mar­quez en bas à gauche le cercle qui ser­vait à l’en­traî­ne­ment des ap­pren­tis bom­bar­diers.

Vols d’en­traî­ne­ment de Bré­guet-mi­che­lin à proxi­mi­té d’aul­nat. Huile de Mau­rice Bus­set, circa 1918.

La piste Mi­che­lin avait un pré­cé­dent ! L’heb­do­ma­daire « L’illus­tra­tion » du 15 fé­vrier 1908 an­nonce que l’in­ven­teur da­nois El­le­ham­mer avait conçu dans l'île de See­land une « piste ci­men­tée de 7 mètres de large et de 300 mètres de long pour fa­ci­li­ter les es­sais de son tri­plan ». L'aé­ro­plane tri­plan El­le­ham­mer exé­cu­tant un vol de 178 mètres, le 14 jan­vier 1908, dans l'îlot de Sind­holm (Da­ne­mark).

En 1912, les frères Mi­che­lin créaient le Prix de l’aé­ro­cible afin d’amé­lio­rer les per­for­mances de bom­bar­de­ment des avions fran­çais. Jus­qu’en 1915, l’état-ma­jor ne voit dans cette nou­velle arme qu’un simple moyen d’ob­ser­va­tion…

Au­then­tique frag­ment de la pre­mière piste en bé­ton d’aul­nat tel qu’on peut le voir à L’aven­ture Mi­che­lin à Cler­mont.

24 juin 2001, le Di­manche du Pié­ton de La Mon­tagne : 7.500 Au­ver­gnats vo­taient avec leurs pieds pour le pro­jet de ré­ha­bi­li­ta­tion des pistes et un centre de la mo­bi­li­té sur 10 hec­tares à Ca­ta­roux… A suivre...

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.