UN « VA-ET-VIENT » INCESSANT PEN­DANT 70 ANS

1928, les pistes de Ca­ta­roux La fin des an­nées 1920 marque un tour­nant dans le do­maine des es­sais de pneu­ma­tiques, c’est dé­sor­mais en conti­nu que Mi­che­lin va tes­ter leur usure dans des struc­tures construites à l’ex­tré­mi­té nord-est de l’usine de Ca­ta­roux.

Massif Central Patrimoine - - Histoire / Pistes Michelin -

Ces bâ­ti­ments sont aus­si em­blé­ma­tiques de la pré­sence de Mi­che­lin que les che­mi­nées des Carmes ou de Ca­ta­roux à Cler­montFer­rand. Ces« drôles de trem­plins », qui pour­raient ac­cueillir un jeu de « skate-board » géant, abritent des rails qui testent, à par­tir de 1928 et pen­dant soixante-dix ans, l’en­du­rance et l’usure des pneu­ma­tiques. Les tests d’avant-garde pour l’époque me­nés dans les pistes ont lar­ge­ment contri­bué au suc­cès de pneus comme le Mé­ta­lic (avant 1939), les pre­mières gé­né­ra­tions de Ra­dial, après 1948, et le pneu Mé­tro (1955) qui né­ces­si­ta la construc­tion de la piste la plus grande et la plus haute, si­tuée à l’in­té­rieur de l’usine. A l’in­té­rieur des bâ­ti­ments, les condi­tions de tra­vail étaient as­sez dures : froid ou chaleur se­lon les sai­sons et bruit per­ma­nent à haute in­ten­si­té. C’était aus­si des lieux dan­ge­reux, comme en té­moigne une plaque ap­po­sée dans une des pistes. Elle rap­pelle qu’en 1928, aux pre­miers jours de son fonc­tion­ne­ment, un com­pa­gnon a trou­vé la mort en s’en­ga­geant sur une voie en cours d’es­sai. D’après dif­fé­rents té­moi­gnages, toutes les équipes qui ont gé­ré les es­sais for­maient une vé­ri­table fa­mille d’une ving­taine de com­pa­gnons et tech­ni­ciens, très sou­dée et se dis­tin­guait vo­lon­tiers comme une sorte « d’aris­to­cra­tie ou­vrière » des autres équipes, « celles des ate­liers de pro­duc­tion ».

Le pour­quoi du comment des pistes ?

Le prin­cipe est simple, les pneus mon­tés sur des cha­riots rou­laient en

l’abri des re­gards in­dis­crets… Les es­sais étaient par­fois très longs : deux mois pour un pneu tou­risme, 6 à 12 mois pour un pneu poids lourd.

Quel ave­nir pour ces bâ­ti­ments em­blé­ma­tiques ?

Dans les an­nées 1980, avec l’ar­ri­vée de l’in­for­ma­tique et de la sur­veillance vidéo, les condi­tions de tra­vail se sont amé­lio­rées. Après la vé­ri­fi­ca­tion de pres­sion et de charge, jus­qu’à 8 tonnes par pneu, les opé­ra­teurs n’in­ter­ve­naient qu’au bout de 48 heures pour contrô­ler l’état des pneus et mo­di­fier des ré­glages si né­ces­saire. A par­tir de la fin des an­nées 1990, l’ac­ti­vi­té des pistes de Ca­ta­roux di­mi­nuait pro­gres­si­ve­ment, rem­pla­cée par dif­fé­rentes tech­niques, no­tam­ment par les ma­chines d’es­sais sta­tiques du Centre de La­doux et l’an­née 2000 voyait l’ar­rêt dé­fi­ni­tif des es­sais à Ca­ta­roux. Une grande ques­tion reste au­jourd’hui en sus­pens : quel ave­nir pour ces « to­bog­gans » qui à eux seuls sym­bo­lisent l’im­plan­ta­tion sé­cu­laire de Mi­che­lin à Cler­mont ? Le grand pro­jet de « Centre mon­dial de la mo­bi­li­té » pro­po­sé aux col­lec­ti­vi­tés lo­cales par Édouard Mi­che­lin avant sa disparition en 2006 pour­ra-t-il se concré­ti­ser un jour ? Le suc­cès de l’aven­ture Mi­che­lin de­vrait in­ci­ter à y ré­flé­chir. Dé­ve­lop­pé sur plu­sieurs hec­tares, il « vau­drait le voyage », comme le conseille­rait sans doute un guide bien con­nu…

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Pierre Ga­briel Gon­za­lez, Édi­tions de l’écir, 2007.

Cha­riot en fonc­tion­ne­ment vers 1980 sur la par­tie plane des pistes, un pan­neau rap­pelle tou­jours l’ac­ci­dent sur­ve­nu en 1928…

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