Les che­vaux sau­vages de Pr­ze­wals­ki

De par ses fortes si­mi­li­tudes avec les steppes mon­goles, le Causse Mé­jean est la pre­mière étape d’un sau­ve­tage unique en son genre. En 1993, après plu­sieurs gé­né­ra­tions de vie en zoo, onze in­di­vi­dus ap­par­te­nant à la der­nière race de che­vaux sau­vages, Equu

Massif Central Patrimoine - - Sommaire - Texte / Co­rinne Pra­dier / Pho­tos / Vincent Jolfre /

On pen­sait ce pe­tit che­val sau­vage dis­pa­ru jus­qu’à sa « re­dé­cou­verte » à par­tir d’une peau ra­me­née en 1879 par un ex­plo­ra­teur de l’ar­mée russe, le co­lo­nel Pr­ze­wals­ki. Comme sur­gie des grottes pré­his­to­riques où elle fut re­pré­sen­tée( 1), entre 30.000 et 9.000 ans avant notre ère, sa robe isa­belle or­née d’une raie de mu­let et d’une cri­nière en brosse re­nouait alors avec la force d’un mythe. De grandes cam­pagnes furent lan­cées entre la Chine et la Mon­go­lie pour cap­tu­rer les der­niers re­pré­sen­tants de l’ani­mal. Et, triste iro­nie de l’his­toire, à la fin des an­nées 60, celle-ci ne sub­sis­tait plus que der­rière les bar­reaux de nos zoos, tan­dis que d’autres po­pu­la­tions de che­vaux quant à eux de souche do­mes­tique vi­vaient en li­ber­té, tels les mus­tangs de l’ouest amé­ri­cain, une es­pèce fé­rale re­tour­née à la vie sau­vage.

Un sas idéal d'eu­rope oc­ci­den­tale

Sou­cieuse de ré­pa­rer cette réa­li­té, l’as­so­cia­tion Takh( se consti­tue en 1990 au­tour de l’étho

2) logue Clau­dia Feh. Son but : ré­ha­bi­li­ter le pe­tit che­val d’asie à la vie sau­vage en vue d’une ré­in­tro­duc­tion dans son aire his­to­rique, la Mon­go­lie. Res­tait à trou­ver un sas idéal en Eu­rope oc­ci­den­tale pour me­ner à bien ce pro­jet de conser­va­tion, dont la par­ti­cu­la­ri­té est de li­mi­ter au maxi­mum les in­ter­ven­tions hu­maines. Ce fut la Lo­zère et le ha­meau du Villa­ret, en­châs­sé au beau mi­lieu du Causse Mé­jean, dans le Parc na­tio­nal des Cé­vennes. Une vi­rée au tout dé­but du prin­temps suf­fit à se convaincre du bien-fon­dé de l’em­pla­ce­ment. Car une fois par­ve­nu sur le plus haut des pla­teaux caus­se­nards, où tem- pêtent pluie, grêle et bien­tôt neige, on ima­gine des hordes de Huns ru­gis­sant au loin­tain. A ce jour, 26 che­vaux de Pr­ze­wals­ki par­courent ces re­liefs step­piques au­tre­fois voués à l’agro­pas­to­ra­lisme. Fré­dé­ric Jo­ly (di­rec­teur de l’as­so­cia­tion) et Sé­bas­tien Car­ton de Gra­mont (tech­ni­cien du Villa­ret) nous ac­cueillent dans une an­cienne bâ­tisse. Avant leur im­plan­ta­tion, le ha­meau n’était que ruines, au­jourd’hui il re­vit. Fores- tier de for­ma­tion, Fré­dé­ric s’est in­té­res­sé aux pra­tiques d’éle­vage des éle­veurs mon­gols (su­jet de sa thèse) ce qui lui a entre autres per­mis d’éva­luer les risques de com­pé­ti­tion pour l’herbe entre les che­vaux de Pr­ze­wals­ki et les che­vaux lo­caux. Il porte un re­gard très scien­ti­fique sur le su­jet. « Avec les pro­grès de la gé­né­tique, nous sa­vons dé­sor­mais que deux li­gnées se sont sé­pa­rées en sous-es­pèces, il y a de ce­la 45.000 ans. Ce qui est suf­fi­sant sous cer­tains as­pects mais pas as­sez ce­pen­dant pour que la bar­rière de l’hy­bri­da­tion ne soit fran­chie. Le che­val de Pr­ze­wals­ki pos­sède un sys­tème ner­veux dif­fé­rent de l’an­cêtre de nos che­vaux do­mes­tiques. Il n’est pas domp­table. »

Le che­val de Pr­ze­wals­ki n'est pas domp­table. ”

Ré­ap­prendre les codes de la vie sau­vage

Na­tu­ra­liste et étho­logue au­to­di­dacte, nour­ri par ses jour­nées d’ob­ser­va­tion sur le ter­rain, Sé­bas­tien est pré­sent au Villa­ret de­puis le dé­but du pro­jet. Dis­po­sant ini­tia­le­ment de très peu d’in­for­ma­tions, il com­prend dé­sor­mais le moindre mou­ve­ment de ces grands mam­mi­fères, leur lan­gage. « Au dé­part, on ex­tra­po­lait à par­tir de vagues des­crip­tions de trou­peaux. Le seul com­pa­ra­tif pos­sible concer­nait les don­nées d’études des che­vaux de Ca­margue, ef­fec­tuées par Clau­dia Feh sur une ma­nade na­tu­relle. Nous sommes par­tis sur une es­pèce très me­na­cée, so­cia­le­ment in­adap­tée après un siècle de vie en zoo. Des tares phy­siques s’étaient dé­ve­lop­pées, tou­chant la qua­li­té de la lo­co­mo­tion ou la confor­ma­tion de la mâ­choire. » Un vé­ri­table han­di­cap, quand il s’agit de brou­ter pour se nour­rir sur 400 hec­tares de se­mi-li­ber­té. Sur le causse Mé­jean, un che­val doit dis­po­ser de 10 hec­tares pour as­su­rer sa sub­sis­tance. « En cap­ti­vi­té, il n’y a plus de sé­lec­tion na­tu­relle, ni de concur­rence entre mâles, l’es­pèce se fra­gi­lise. Au-de­là des pro­blèmes de consan­gui­ni­té, les che­vaux ont dû ré­ap­prendre à exer­cer tous les com­por­te­ments so­ciaux, très com­plexes chez les équi­dés. » Contrai­re­ment à d’autres ini­tia­tives de sau­ve­garde – il existe d’autres pro­grammes en Al­le­magne, Suisse, Hol­lande et même ailleurs en France (comme la ré­serve des monts d’azur) –,

Les pre­miers in­di­vi­dus choi­sis sont ve­nus de Grande-bre­tagne, d’al­le­magne et de France. Seuls res­tent leurs des­cen­dants. Leur es­pé­rance de vie est de 20 à 25 ans en li­ber­té contre 26 à 28 en cap­ti­vi­té.

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