MU­SIQUE

Un « lu­thier » de la pla­tine vi­nyle En Haute-vienne, Pierre Rif­faud fa­brique à la main de­puis 30 ans des pla­tines vi­nyles très haut de gamme qui s'adressent aux plus grands pas­sion­nés du monde. Son nom est de­ve­nu une marque de ré­fé­rence.

Massif Central Patrimoine - - Sommaire - Texte / Franck Jac­quet / Pho­tos / Thomas Jou­han­naud /

Un « lu­thied » de la pla­tine vi­nyle, le son in­tense à son fid­ma­ment.

Il sort dé­li­ca­te­ment le 33 tours de son étui et dé­pose le disque sur la pla­tine. Yves Mon­tand, à l’olym­pia, qui in­ter­prète Les Feuilles mortes. Nous sommes trois dans l’ate­lier. Nous, pauvres igno­rants qui pen­sions avoir dé­jà tout en­ten­du, nous nous re­trou­vons face à deux im­menses cais­sons d’en­ceintes West­mins­ter qui donnent l’im­pres­sion de voir ap­pa­raître l’ar­tiste de­vant nos yeux. Le son est in­tense, phy­sique, don­nant l’im­pres­sion de pou­voir le tou­cher. Dif­fi­cile d’ex­pli­quer la pu­re­té du son. Comme un ar­tiste à la re­cherche du ta­bleau par­fait, Pierre Rif­faud a oeu­vré une par­tie de sa vie pour at­teindre cette per­fec­tion so­nore dé­li­vrée par les vi­nyles. Pierre Rif­faud, 67 ans, est le seul en France à être de­ve­nu lu­thier de la pla­tine vi­nyle. C’est au sein de son ate­lier à Bois­seuil (Haute-vienne) que nous avons dé­cou­vert son uni­vers, et son art, car les pla­tines vi­nyles que fa­brique Pierre Rif­faud sont de vé­ri­tables oeuvres.

Tout est réa­li­sé à la main

« Je tra­vaille uni­que­ment sur com­mande car c’est un peu de la haute cou­ture. Ici, je fais très at­ten­tion à la pous­sière car c’est l’en­ne­mie des vi­nyles », pré­vient-il avec sa mous­tache en gui­don, fa­çon Bri­gades du Tigre. Re­ve­nu s’ins­tal­ler à Bois­seuil à la re­traite après avoir tra­vaillé toute sa vie à Pa­ris à la tête d’un bu­reau d’études spé­cia­li­sé dans la cli­ma­ti­sa­tion, Pierre Rif­faud, né à Saint-jouvent, construit des pla­tines vi­nyles de luxe de­puis 1984. Une pas­sion in­dé­fec­tible, « mais j’es­saie de ne pas y consa­crer plus de la moi­tié de mon temps libre ».

Des ob­jets de col­lec­tion

Les pla­tines Rif­faud sont des équi­pe­ments très haut de gamme qui s’adressent à des pas­sion­nés ca­pables d’in­ves­tir entre 3.500 € (sans la cel­lule) et 14.900 € pour s’of­frir un ob­jet dé­li­vrant une qua­li­té d’écoute par­faite. Tout étant réa­li­sé à la main, Pierre Rif­faud de­mande un dé­lai de 4 à 6 mois pour four­nir ses clients. En main propre, chez eux, afin de pro­cé­der à l’ins­tal­la­tion. Très vite re­con­nu pour la qua­li­té de ses équi­pe­ments, Pierre Rif­faud va pro­duire des pla­tines bap­ti­sées Épure jus­qu'en 2005, an­née où il vend son concept à la marque Mi­cro­mé­ga. « Je me suis re­trou­vé presque or­phe­lin, j’avais ven­du mon bé­bé. J’ai donc dé­po­sé ma marque pour conti­nuer à créer d’autres mo­dèles, dont la pla­tine Hé­ri­tage qui est un peu la vi­trine de mon tra­vail. » A rai­son de 4 ou 5 pla­tines fa­bri­quées par an, vous com­pren­drez que la ri­gueur de la pro­duc­tion n’est en rien com­pa­rable avec les plus grandes marques de hi-fi. Les pla­tines de Pierre Rif­faud sont mon­tées sur des sus­pen­sions pour ab­sor­ber les vi­bra­tions ex­té­rieures et elles pèsent 80 ki­los. Le socle est en gra­nit (fa­bri­qué à Li­nards), le pla­teau com­po­sé de 27 ki­los d’alu­mi­nium est usi­né à Ver­neuil-sur-vienne et les câbles de connec­tique sont à 99 % en ar­gent. Un dia­mant per­met de lire les élon­ga­tions d’un mil­lième de mil­li­mètre gra­vées dans les sillons. « Le plus dif­fi­cile, c’est l’ins­tal­la­tion et la mise au point du bras de lec­ture car il n’est pas fixé, il est juste dé­po­sé sur l’ap­pa­reil. Re­gar­dez comme le pla­teau tourne, il n’y a presque pas de ré­sis­tance. Une bonne qua­li­té de son, c’est d’abord une bonne pla­tine et un bon bras. Cer­taines pla­tines ont même deux bras pour pou­voir dif­fé­ren­cier la lec­ture entre des en­re­gis­tre­ments en mo­no et en sté­réo. » En 30 ans de mai­son, ja­mais un client n’a fait part d’une quel­conque panne à Pierre Rif­faud. Ses pla­tines sont des ob­jets de col­lec­tion qui ont pris d’au­tant plus de va­leur de­puis que le mar­ché du CD a sup­plan­té ce­lui des disques vi­nyles. Cha­cune est unique et toutes ont cette em­preinte qui leur per­met de re­don­ner vie aux plus grands en­re­gis­tre­ments dans un élan de pu­re­té so­nore in­éga­lé.

J

Le bras de lec­ture n'est pas fixé pour une meilleure qua­li­té de son.

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