Le roi fé­lin de nos bois

De loin, on pen­se­rait voir un gros chat ... Pour­tant, le chat fo­res­tier est si rare et dis­cret qu'il de­meure qua­si in­vi­sible aux yeux des pro­me­neurs, voire in­con­nu aux autres. Il est le seul fé­li­dé sau­vage du Mas­sif cen­tral.

Massif Central Patrimoine - - Art De Vivre / Nature - Texte / Anne Bourges et Ju­lie Ho Hoa /

Il est for­cé­ment là… Ta­pis dans le lierre d’un vieil arbre. Ou bien en planque ici, presque in­vi­sible sous une haie. Deux pu­pilles af­fû­tées et une im­mo­bi­li­té toute fé­line… Il sur­veille de­puis long­temps. Mais lui, per­sonne ne le voit. Et sou­vent son voi­si­nage hu­main tombe des nues quand on en parle. Car on l’ima­gi­nait dis­pa­ru du Mas­sif cen­tral. Tout comme le lynx qui peu­plait au­tre­fois l’au­vergne, le chat sau­vage d’eu­rope ou chat fo­res­tier était là, lui aus­si, bien avant que les Grecs et les Ro­mains n’in­tro­duisent le chat do­mes­tique (au 1er siècle avant JC). Au­jourd’hui, c’est le der­nier fé­lin sau­vage pa­tri­mo­nial de nos fo­rêts. Le chat sau­vage d’eu­rope a sau­vé sa peau avec la loi de pro­tec­tion des es­pèces. Elle l’a fait pas­ser di­rec­te­ment de « nui­sible » à « pro­té­gé ». Un siècle plus tôt, on fai­sait en­core de très beaux man­teaux en pié­geant quelques di­zaines de bêtes à la sai­son… Ce chat-là fut aus­si tra­qué par les chas­seurs qui s’at­ta­chaient à dé­bar­ras­ser leurs cam­pagnes d’un pseu­do-concur­rent : jus­qu’à ce que l’on s’y in­té­resse as­sez pour com­prendre que son ré­gime ali­men­taire l’amène ra­re­ment à tou­cher aux cailles...

Un poil de bourre

Dans le Puy-de-dôme, des « in­di­vi­dus » se­raient par­ve­nus à dé­jouer tous les pièges : de­puis ceux des chas­seurs jus­qu’à la dé­prise fo­res­tière, en pas­sant par la mor­telle ren­contre des voi­tures. De quoi as­su­rer la sur­vie de l’es­pèce. Mais in­utile de cher­cher ses em­preintes, trop proches de celles du chat do­mes­tique. Le chat fo­res­tier est plus haut sur pattes et un peu plus tra­pu, et son épais poil de bourre lui donne l’air en­core plus mas­sif. Mais c’est son poil de jarre qui le dif­fé­ren­cie le mieux. « Avec une do­mi­nante gris-brun, ti­rant par­fois sur le roux, les mar­brures de ses flancs qui lui donnent un as­pect ti­gré, mais pas rayé », ex­plique Charles Le­mar­chand, du Grou­pe­ment mam­ma­lo­gique d'au­vergne( 1). La ligne noire qui lui des­cend des épaules est aus­si très ca­rac­té­ris­tique. Tout comme sa queue épaisse mar­quée de deux à cinq an­neaux noirs, ter­mi­née par un gros man­chon noir. Mal­heu­reu­se­ment, c’est dans les pièges, et écra­sé sur les routes qu’il a le plus de chances de se faire re­pé­rer. A dé­faut d’un meilleur sort, le fé­lin pié­gé de­vra être re­lâ­ché. Et toute dé­pouille peut être si­gna­lée dans le cadre des sui­vis na­tio­naux et ré­gio­naux de l’es­pèce.

Une es­pèce pro­té­gée

On se­rait ten­té de le confondre avec son cou­sin, le chat do­mes­tique (avec qui il peut s’hy­bri­der) ou en­core avec le chat ha­ret, un chat do­mes­tique re­tour­né à l’état sau­vage, mais il n’en est rien. Le chat sau­vage (fe­lis sil­ves­tris sil­ves­tris) est une sous-es­pèce à part en­tière avec un phé­no­type et un gé­no­type propres. Il est plu­tôt so­li­taire, sort chas­ser au cré­pus­cule ou lorsque la nuit est tom­bée, dans les prai­ries na­tu­relles. « L’es­pèce, pro­té­gée na­tio­na­le­ment( 2), a pu se re­dé­ve­lop­per. Si sa po­pu­la­tion est im­pos­sible à es­ti­mer, « on sent qu’elle a une dy­na­mique re­la­ti­ve­ment bonne de­puis les an­nées 1990 », ex­plique Jé­rôme Yver­nault, de l'of­fice na­tio­nal de la chasse et de la faune sau­vage (ONCFS) de la Creuse. « La pré­ser­va­tion de l’en­vi­ron­ne­ment, c’est vrai­ment agir pour que l’on ne perde pas ces es­pèces-là », sou­ligne Pierre Lal­le­mand (du centre de soins Panse-bêtes, ba­sé à Cha­ma­lières, près de Cler­montFer­rand, qui, après le centre SOS Faune sau­vage de Ver­neuil-sur-vienne (Hau­teVienne), a soi­gné un chat fo­res­tier bles­sé avant de lui rendre sa li­ber­té quatre mois après en jan­vier 2007. Pré­ser­ver l’ha­bi­tat, évi­ter la frag­men­ta­tion des cou­loirs éco­lo­giques, mieux ré­flé­chir à l’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire sont au­tant de ga­ran­ties de croi­ser en­core le plus mys­té­rieux de nos fé­lins fran­çais…

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.