TÉ­MOI­GNAGE « Grâce à une as­so­cia­tion, j’ai pu al­ler de l’avant ! »

Lorsque Bri­gitte a dû af­fron­ter un can­cer gy­né­co­lo­gique, elle a pu comp­ter sur l’af­fec­tion de sa fa­mille. Mais c’est au sein d’une as­so­cia­tion de pa­tientes qu’elle s’est sen­tie com­prise.

Maxi - - C’est dans votre Maxi - Bri­gitte

En 2013, à 54 ans, je sor­tais d’une ter­rible an­née d’opé­ra­tions suc­ces­sives après la dé­cou­verte d’un can­cer des ovaires. J’étais à bout de forces lors­qu’un jour j’ai ap­pris que l’un de mes proches dou­tait de ma ca­pa­ci­té phy­sique à sur­mon­ter mon can­cer. Ce­la m’a fait beau­coup de mal. Certes, j’étais très af­fai­blie, mais la pen­sée de mou­rir ne m’avait ja­mais tra­ver­sé l’es­prit ! Cet épi­sode m’a fait l’ef­fet d’un élec­tro­choc. J’al­lais lut­ter de toutes mes forces et m’en sor­tir. J’ai dé­ci­dé de po­si­ti­ver, de pré­sen­ter un vi­sage sou­riant à mon en­tou­rage, quitte à re­fu­ser de voir du monde les jours où je souf­frais trop. Chose in­croyable, c’est à par­tir de ce mo­ment-là que j’ai re­mon­té la pente. Comme si le fait de moins me fo­ca­li­ser sur les choses né­ga­tives, de sou­rire à la vie, avait eu une ac­tion bé­né­fique sur mon état de san­té.

Tout a com­men­cé fin 2012 par des spasmes au ni­veau du ventre, de plus en plus im­por­tants au fil des se­maines.

Au dé­but, je pre­nais des an­ti­dou­leur, en me di­sant « ça va pas­ser ». Je tra­vaillais comme or­thop­tiste dans un hô­pi­tal, mon mé­tier me pas­sion­nait, et pas ques­tion de me mettre en ar­rêt ma­la­die. Au bout de trois se­maines, les dou­leurs ont em­pi­ré, j’ai fi­ni par pas­ser un scan­ner qui a ré­vé­lé la pré­sence de cel­lules can­cé­reuses dans les ovaires et les trompes. Le verdict du chi­rur- gien a été sans ap­pel : opé­ra­tion en ur­gence. J’étais sous le choc ! Quelques jours plus tard, j’ai été opé­rée. Suite aux ef­fets se­con­daires de la pre­mière in­ter­ven­tion, j’ai dû être opé­rée de nou­veau. En un an, j’ai su­bi pas moins de qua­torze in­ter­ven­tions sous anes­thé­sie gé­né­rale, car les cel­lules can­cé­reuses s’étaient pro­pa­gées à l’in­tes­tin, la rate, l’uté­rus, le dia­phragme. Pen­dant cette ter­rible an­née où je ne quit­tais qua­si­ment pas l’hô­pi­tal, j’ai été ex­trê­me­ment en­tou­rée par mon ma­ri, mes trois filles, mes pa­rents. Mes amis aus­si ont été là pour moi. Leur pré­sence, leur amour, leurs mes­sages me te­naient de­bout. La psy­cho­logue et les mé­de­cins m’ont éga­le­ment été d’un très grand se­cours. Grâce à eux, j’ai te­nu bon dans la tem­pête les trois an­nées sui­vantes : une suc­ces­sion de bonnes et de mau­vaises nou­velles, de chi­mio­thé­ra­pies, de com­pli­ca­tions in­va­li­dantes et dou­lou­reuses. Mal­gré le sou­tien de mes proches, j’avais sou­vent le sen­ti­ment de ne pas être réel­le­ment com­prise, car on ne peut tout sim­ple­ment pas ima­gi­ner les souf­frances que l’on n’a pas su­bies. Et puis j’avais été tel­le­ment ai­dée que j’ai vou­lu sou­te­nir les autres à mon tour. J’ai pen­sé créer une as­so­cia­tion de femmes por­teuses de can­cers gy­né­co­lo­giques, mais j’ai dé­cou­vert qu’une telle struc­ture ve­nait tout juste d’être fon­dée par une di­zaine de pa­tientes: Ima­gyn (Ini­tia­tives des ma­lades at­teintes de can­cers gy­né­co­lo­giques). Je les ai re­jointes et, à comp­ter de ce jour, ma vie a chan­gé. Quel sou­la­ge­ment de ne plus me sen­tir seule face à la ma­la­die ! Lors des réunions men­suelles, les pro­jets et les idées fu­saient.

En 2015, j’ai créé un groupe de pa­role : les Ca­fés Ima­gyn, à Bor­deaux.

C’était un grand bon­heur de pou­voir en­fin par­ler de tout, sans ta­bou, qu’il s’agisse de soins mé­di­caux, d’alimentation ou de sexua­li­té. Mais aus­si de par­ta­ger notre vé­cu entre femmes qui avaient connu les mêmes si­tua­tions, les mêmes dou­leurs ! Ces réunions entre pa­tientes me per­met­taient d’ai­der les autres quand j’al­lais bien, et d’être sou­te­nue lorsque j’en avais be­soin. Voir que cer­taines s’en sor­taient me sou­la­geait éga­le­ment de mes an­goisses. J’ai re­pris une ac­ti­vi­té phy­sique, no­tam­ment la marche nor­dique, et d’autres ac­ti­vi­tés très bé­né­fiques comme la so­phro­lo­gie, l’art­thé­ra­pie. Tout ce­la com­bi­né à mon ac­tion au sein de l’as­so­cia­tion m’a ai­dée à re­trou­ver

Je ne vois plus que le po­si­tif dans ma vie et je pro­fite de chaque jour

un mo­ral d’acier. Au­jourd’hui, après plus de quatre ans de trai­te­ments, de larmes, d’an­goisses, de re­chutes, j’ai ap­pris à gé­rer la douleur, à vivre avec, à la ca­cher par­fois, et sur­tout à po­si­ti­ver. Tout m’émer­veille et, aus­si fou que ce­la puisse pa­raître, je suis plus heu­reuse qu’avant car je ne vois plus que le po­si­tif dans ma vie. Je pro­fite de chaque jour, je sais ap­pré­cier chaque bon mo­ment, chaque plai­sir, même mi­nus­cule.

De­puis quelques mois, je suis pré­si­dente d’Ima­gyn.

Dans ce par­cours as­so­cia­tif, nous sou­te­nons des pro­jets pour sen­si­bi­li­ser les autres à notre ma­la­die et amé­lio­rer notre quo­ti­dien. Nous ten­tons aus­si d’in­for­mer sur les signes qui doivent aler­ter, car ces can­cers, hor­mis ce­lui du col de l’uté­rus, ne sont pas dé­pis­tables. Si leurs signes avant-cou­reurs étaient mieux connus, ils se­raient pris en charge plus tôt, et à un stade moins avan­cé. Lors de ma troi­sième re­chute en juillet 2016, j’ai en­ta­mé un nou­vel épi­sode de chi­mio, sy­no­nyme de perte de che­veux, de pe­tites et grandes mi- sères de toutes sortes, mais je vais à pré­sent vers un in­con­nu que j’ai ap­pri­voi­sé. Toute ma fa­mille et mes amis sont à nou­veau en ordre de ba­taille pour m’ai­der à l’af­fron­ter. Et je suis pleine de la force que j’ai ac­quise ces quatre der­nières an­nées. En avant la vie ! Lors­qu’on est at­teinte de ces ma­la­dies, il ne faut pas res­ter seule. C’est pri­mor­dial car, en­semble, on s’épaule, on rit de tout !

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