TÉ­MOI­GNAGE « C’est un lieu plein de vie où les enfants ap­prennent en jouant »

Sou­cieuse de l’édu­ca­tion des enfants, Del­phine a dé­ci­dé d’ou­vrir sa mi­cro-crèche idéale. Cette struc­ture où l’on parle fran­çais, an­glais et es­pa­gnol rem­porte un franc suc­cès !

Maxi - - C’est dans votre Maxi - Par Alexan­dra Mar­tin

Les langues étran­gères, je suis tom­bée de­dans quand j’étais pe­tite ! Mon père est tri­lingue et mes grands-pa­rents suisses al­le­mands par­laient cou­ram­ment l’es­pa­gnol et le fran­çais… Mais on pen­sait alors qu’il était in­utile de par­ler une langue étran­gère à un en­fant de moins 4 ans et qu’il va­lait mieux qu’il ne pra­tique rien d’autre que sa langue ma­ter­nelle. C’est sans doute un peu cette frus­tra­tion de ne pas maî­tri­ser les langues que j’en­ten­dais par­ler dans ma fa­mille qui m’a pous­sée à faire des études d’an­glais. Sans trop de sur­prises, je suis de­ve­nue en­sei­gnante d’an­glais. Je me suis ma­riée avec un homme qui est, lui aus­si, pas­sion­né par les langues étran­gères. L’idée de créer une mi­cro-crèche tri­lingue est née alors qu’Éléo­nore, notre aî­née, avait 18 mois à peine. On s’est pris à ima­gi­ner, mon ma­ri et moi, un lieu « idéal » avec les meilleurs in­gré­dients d’une bonne édu­ca­tion. Une crèche où les bé­bés et les jeunes enfants se­raient gar­dés la jour­née par des pué­ri­cul­trices qui leur par­le­raient se­lon leur ori­gine, en an­glais ou en es­pa­gnol, tout en ap­pre­nant à par­ler leur propre langue, le fran­çais. Le tout dans une at­mo­sphère lu­dique, sans la moindre pres­sion, juste pour le plai­sir ! Per­sua­dés qu’on te­nait là une idée en or, on a conti­nué à tra­vailler cha­cun de notre cô­té mais en bû­chant le soir en­semble sur notre pro­jet, et en éco­no­mi­sant pour l’ou­ver­ture de notre mi­cro-crèche. Ce n’était pas aus­si simple que nous l’avions ima­gi­né. Il fal­lait ob­te­nir une my­riade d’au­to­ri­sa­tions, être pa­tients et avoir les reins so­lides pour sur­mon­ter les étapes ad­mi­nis­tra­tives au­près du conseil dé­par­te­men­tal et les contrôles de la Pro­tec­tion ma­ter­nelle et in­fan­tile (PMI), pour ob­te­nir les agré­ments sa­ni­taires, etc. De même, être une ma­man pleine de bonne vo­lon­té ne suf­fi­sait pas : j’ai éga­le­ment pas­sé un CAP de pe­tite enfance afin d’ap­pro­fon­dir le mé­tier. En­suite, une fois le lo­cal trou­vé, il a fal­lu ache­ter du ma­té­riel ho­mo­lo­gué pour les bé­bés. Cô­té en­ca­dre­ment des enfants, j’ai em­bau­ché au dé­part une pué­ri­cul­trice ca­na­dienne an­glo­phone, une édu­ca­trice de jeunes enfants chi­lienne, puis une autre, mexi­caine. D’em­blée, ça a fonc­tion­né ! Les jeux, les chan­sons, les comp­tines en trois langues… les pa­rents comme les enfants étaient em­bal­lés ! Le bouche-à-oreille est al­lé très vite. J’ai trou­vé tel­le­ment frus­trant de re­fu­ser des de­mandes d’ins­crip­tion qu’il m’a sem­blé ra­pi­de­ment évident de prendre un deuxième lo­cal pour ou­vrir une autre mi­cro-crèche. Peu de temps après, j’ai ou­vert une troi­sième struc­ture à Avi­gnon, puis une qua­trième dans le Gard, à la de­mande de pa­rents qui fai­saient

Les pe­tits in­tègrent les langues étran­gères sans contrainte ni ef­fort

jus­qu’à 45 ki­lo­mètres de tra­jet de­puis Avi­gnon pour dé­po­ser leur en­fant ! En­suite, lorsque l’op­por­tu­ni­té de ré­cu­pé­rer les lo­caux d’une an­cienne école à Mai­sons-Laf­fitte, en ré­gion pa­ri­sienne, s’est pré­sen­tée, je me suis dit qu’il fal­lait que l’aven­ture conti­nue à faire des pe­tits, par­tout où ce­la se­rait pos­sible ! J’ai trois filles et je sais à quel point les enfants ont une grande ou­ver­ture d’es­prit et une ca­pa­ci­té d’ap­pren­tis­sage im­mense, très na­tu­relle. à la crèche, nous avons pu en faire l’ex­pé­rience maintes fois : les enfants in­tègrent les langues étran­gères comme leur langue ma­ter­nelle, et tout ce­la sans ef­fort ni contrainte. Lorsque la pué­ri­cul­trice leur parle en an­glais ou en es­pa­gnol, ce­la ne les in­trigue pas un ins­tant, ils in­tègrent la mé­lo­die de la langue et com­prennent d’ins­tinct.

Ce qui est in­croyable aus­si, c’est de voir la fa­çon dont les enfants em­ma­ga­sinent les mots étran­gers.

Par­fois, on ne les en­tend pas pen­dant des se­maines puis, brus­que­ment, ils s’ex­priment en plu­sieurs langues au mo­ment de l’ex­plo­sion du lan­gage, entre 2 et 3 ans ! Quand ils quittent la crèche, beau­coup d’entre eux partent avec, pour leur âge, un très bon ni­veau de com­pré­hen­sion d’an­glais ou d’es­pa­gnol. Une chose est cer­taine : même si la plu­part d’entre eux ne conti­nuent pas à pra­ti­quer les langues étran­gères en ma­ter­nelle, les enfants ont ac­quis les bases et, sur­tout, une facilité d’ap­pren­tis­sage fort utile en pri­maire ou au col­lège. Car ce qui compte pour les enfants, c’est de s’épa­nouir en jouant !

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