Norme ISO 50001 : les bé­né­fices l’em­portent sur les in­con­vé­nients

Près de six ans après sa pu­bli­ca­tion, la norme ISO 50001 gagne de plus en plus de ter­rain dans l’in­dus­trie. Et se­lon cer­taines études ré­cem­ment pu­bliées, ceux qu’ils l’ont adop­tée semblent ne pas le re­gret­ter. Il faut dire que l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique est

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Au­jourd’hui, la ré­duc­tion des gaz à ef­fet de serre et de la consom­ma­tion d’éner­gie est lar­ge­ment re­con­nue comme une né­ces­si­té par bon nombre d’in­dus­triels. Étant don­né que la de­mande mon­diale en éner­gie ne cesse de croître et que les ré­gle­men­ta­tions en­vi­ron­ne­men­tales sont de plus en plus contrai­gnantes, des ini­tia­tives vi­sant à op­ti­mi­ser l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique sont es­sen­tielles. Mais en de­hors de ces consi­dé­ra­tions, les in­dus­triels ont éga­le­ment un in­té­rêt fi­nan­cier à se lan­cer dans une ges­tion ef­fi­cace de l’éner­gie qu’ils consomment, en par­ti­cu­lier dans les sec­teurs ma­nu­fac­tu­riers très éner­gi­vores tels que l’in­dus­trie de la chi­mie, de la pé­tro­chi­mie, du pé­trole et du gaz, de la si­dé­rur­gie, de la ci­men­te­rie, etc. Dans ces do­maines, l’éner­gie cor­res­pond gé­né­ra­le­ment au poste de dé­pense le plus éle­vé, après ce­lui des ma­tières pre­mières. Et si une po­li­tique ef­fi­cace de ges­tion de l’éner­gie peut conduire à des ré­duc­tions sub­stan­tielles de la consom­ma­tion éner­gé­tique d’une raf­fi­ne­rie ou d’une usine pé­tro­chi­mique, on conçoit ai­sé­ment qu’il se­ra pos­sible de faire pro­gres­ser la marge d’ex­ploi­ta­tion de l’en­tre­prise, voire de faire la dif­fé­rence entre une so­cié­té ren­table et une autre qui ne l’est pas, par­ti­cu­liè­re­ment dans des do­maines où les marges sont faibles. « Même si une en­tre­prise va mal au plan fi­nan­cier, cet ef­fort per­met de li­mi­ter la casse, sou­ligne Ca­the­rine Mou­tet, res­pon­sable d’afnor Éner­gies au sein du groupe Afnor. Si par exemple le bud­get éner­gie d’une en­tre­prise re­pré­sente 10 % du chiffre d’af­faires et la marge 2 % du CA, alors une di­mi­nu­tion de 10 % du bud­get éner­gie équi­vaut à une aug­men­ta­tion de 50 % de la marge brute. » L’ef­fi­ca­ci­té comme mo­teur de la com­pé­ti­ti­vi­té de l’en­tre­prise ? Oui, mais pas seule­ment. Les en­tre­prises qui sont éco­nomes en éner­gie se dis­tinguent de celles qui le sont moins par leur en­ga­ge­ment à pla­cer et à in­té­grer l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique au coeur de leurs ac­ti­vi­tés. De quoi vé­hi­cu­ler l’image d’une so­cié­té res­pon­sable, sou­cieuse de l’en­vi­ron­ne­ment et dé­si­reuse de soi­gner sa com­pé­ti­ti­vi­té. « Lorsque Car­re­four a dif­fu­sé le com­mu­ni­qué de presse sur sa cer­ti­fi­ca­tion ISO 50001, son ac­tion en Bourse a grim­pé. Le groupe a ain­si

ga­gné en confiance sur les mar­chés fi­nan­ciers, car il maî­trise son risque lié au poste éner­gie », re­late ain­si Ca­the­rine Mou­tet.

L’ISO 50001 au coeur de l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique

Au coeur de l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique se trouve en ef­fet la norme ISO 50001. Pu­bliée en juillet 2011, cette norme in­ter­na­tio­nale ba­sée sur le vo­lon­ta­riat s’ins­pire de la norme eu­ro­péenne EN 16001 et four­nit aux en­tre­prises et or­ga­nismes qui sou­haitent s’ins­crire dans une dé­marche éco-éner­gé­tique, une mé­tho­do­lo­gie opé­ra­tion­nelle qui vise à amé­lio­rer en conti­nu la per­for­mance éner­gé­tique d’une en­tre­prise ou d’un site in­dus­triel, cette per­for­mance étant dé­fi­nie comme tout ré­sul­tat me­su­rable lié à l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique, à l’usage éner­gé­tique et à la consom­ma­tion éner­gé­tique. « Il s’agit d’une norme ba­sée sur la re­cherche de la per­for­mance éner­gé­tique conti­nue et qui s’ap­puie sur des me­sures chif­frées, donc sur du concret », pré­cise Ca­the­rine Mou­tet. L’in­té­rêt de cette norme qui ne ré­clame pas de pro­cé­dure do­cu­men­tée, ré­side dans l’ap­port d’une mé­tho­do­lo­gie qui per­met la mise en oeuvre des stra­té­gies éner­gé­tiques des en­tre­prises et d’at­teindre les ob­jec­tifs de per­for­mance fixés. Ce­la im­plique de réa­li­ser une « re­vue » éner­gé­tique, c’est-à-dire d’ana­ly­ser les consom­ma­tions se­lon la na­ture de l’éner­gie (élec­tri­ci­té, mais éga­le­ment gaz, va­peur, cha­leur, air com­pri­mé, car­bu­rants, géo­ther­mie, so­laire ther­mique, pho­to­vol­taïque…), à la fois pour la pé­riode ac­tuelle, mais aus­si pour une pé­riode pas­sée re­pré­sen­ta­tive et pour le fu­tur. Ces consom­ma­tions sont en­suite ré­par­ties par usage (éclai­rage, chauf­fage, ven­ti­la­tion, tran­sport in­terne, ma­chines de pro­duc­tion, in­for­ma­tique…). L’en­tre­prise doit alors dé­ter­mi­ner, sui­vant des cri­tères qui lui sont propres, donc non im­po­sés par la norme, quels sont les usages éner­gé­tiques et les postes sur les­quels existent des po­ten­tiels d’éco­no­mies si­gni­fi­ca­tifs dans le cadre d’une ap­proche glo­bale de l’uti­li­sa­tion fi­nale de l’éner­gie. Une fois ré­per­to­riés et hié­rar­chi­sés les po­ten­tiels d’amé­lio­ra­tion de la per­for­mance éner­gé­tique, l’en­tre­prise peut alors éla­bo­rer et mettre en oeuvre des plans d’ac­tion pour amé­lio­rer son sys­tème de ges­tion de l’éner­gie, comme par exemple un plan de me­su­rage et de comp­tage, un pro­gramme de for­ma­tion et de sen­si­bi­li­sa­tion des sa­la­riés, etc. Mais contrai­re­ment à ce que l’on pour­rait pen­ser par rap­port à une norme qui se fonde sur la me­sure de la per­for­mance éner­gé­tique, il n’y a au­cun ob­jec­tif chif­fré d’éco­no­mie d’éner­gie im­po­sé dans L’ISO 50001, son but étant d’ap­por­ter aux en­tre­prises vi­sant cette cer­ti­fi­ca­tion une mé­tho­do­lo­gie pour gé­rer les consom­ma­tions de sorte à amé­lio­rer les per­for­mances de fa­çon conti­nue. « La norme ne fixe donc au­cun ni­veau de per­for­mance ini­tiale ni de per­for­mance à at­teindre », confirme Ca­the­rine Mou­tet. Bien qu’elle soit une norme d’or­ga­ni­sa­tion et n’im­pose pas d’ob­jec­tifs chif­frés en termes d’éco­no­mies d’éner­gie, L’ISO 50001 in­tègre néan­moins deux obli­ga­tions de moyens, à sa­voir dé­si­gner un re­pré­sen­tant de la di­rec­tion com­pé­tent pour gé­rer le pro­jet, et ins­tau­rer un sys­tème de me­sure d’éner­gie adap­té à la taille et à la com­plexi­té de l’en­tre­prise ou du site. Les moyens tech­no­lo­giques à mettre en oeuvre peuvent al­ler de simples comp­teurs pour les en­tre­prises et sites les plus mo­destes, jus­qu’à des sys­tèmes com­plets de sur­veillance et de me­sure rac­cor­dés à une ap­pli­ca­tion lo­gi­cielle ca­pable de conso­li­der les don­nées et de pro­cé­der à une ana­lyse au­to­ma­tique, dans le cas de grands groupes (voir, entre autres, Me­sures n°872 pp. 36-39 et n°877 pp. 62-70). Là en­core, la norme n’im­pose au­cu­ne­ment à l’en­tre­prise de choi­sir tel ou tel ap­pa­reil de me­sure, telle ou telle ap­pli­ca­tion lo­gi­cielle, ou telle ou telle mé­thode de me­sure. Le choix in­combe à l’en­tre­prise seule.

Une norme qui touche de nou­veaux sec­teurs

L’ISO 50001 est re­la­ti­ve­ment pri­sée dans les en­tre­prises grandes consom­ma­trices d’éner­gie comme dans les sec­teurs de la si­dé­rur­gie, de la chi­mie, de la pé­tro­chi­mie, du pé­trole et du gaz, de la ci­men­te­rie pour les­quels l’éner­gie est au coeur de leur ac­ti­vi­té. Cette norme pro­met éga­le­ment des éco­no­mies d’éner­gie sub­stan­tielles dans l’in­dus­trie

agroa­li­men­taire. Mais elle gagne éga­le­ment des sec­teurs non ma­nu­fac­tu­riers, tels que les hô­pi­taux ou bien en­core les en­tre­prises du ter­tiaire. Les grandes en­tre­prises de l’union eu­ro­péenne sont éga­le­ment les plus en­clines à sol­li­ci­ter une cer­ti­fi­ca­tion ISO 50001. En ef­fet, l’union eu­ro­péenne im­pose de­puis quelques an­nées que les en­tre­prises au­de­là d’une cer­taine taille (en­tre­prises de plus de 250 sa­la­riés ou cu­mu­lant un chiffre d’af­faires an­nuel su­pé­rieur à 50 mil­lions d’eu­ros et un bi­lan an­nuel su­pé­rieur à 43 M€) fassent l’ob­jet d’un au­dit éner­gé­tique ef­fec­tué de ma­nière in­dé­pen­dante et ren­table par des ex­perts qua­li­fiés et/ou agréés et per­met­tant d’iden­ti­fier les gi­se­ments d’éco­no­mie pos­sibles (ar­ticle 8 de la di­rec­tive 2012/27/UE). Cet au­dit est re­nou­ve­lable tous les quatre ans. Or les en­tre­prises cer­ti­fiées ISO 50001, quelle que soit leur taille, sont exemp­tées de cette obli­ga­tion d’au­dit éner­gé­tique ré­gi par la norme NF EN 16247 car L’ISO 50001 oblige à un contrôle conti­nu des consom­ma­tions d’éner­gie, et four­nit des mé­tho­do­lo­gies de ma­na­ge­ment éner­gé­tique et d’amé­lio­ra­tion conti­nue. La ré­gle­men­ta­tion fran­çaise fixait au 5 dé­cembre 2015 la pre­mière échéance pour que toutes les en­tre­prises ré­pon­dant aux cri­tères ci­tés ci-des­sus réa­lisent l’au­dit en ques­tion, échéance qui a en­suite été re­pous­sée au 30 juin 2016 par le mi­nis­tère de l’éner­gie, de l’en­vi­ron­ne­ment et de la Mer. Ce re­port a ain­si per­mis de lais­ser da­van­tage de temps aux 10000 struc­tures concer­nées en France pour se confor­mer à la loi. Une sage dé­ci­sion sa­chant que la norme NF EN 16247 im­pose à ces en­tre­prises et or­ga­nismes de réa­li­ser une étude por­tant sur 65 à 80 % de leurs fac­tures d’éner­gie (car­bu­rant in­clus), pour les dé­penses liées au tran­sport, aux bâ­ti­ments et aux pro­cé­dés in­dus­triels, et qu’en cas d’in­frac­tion, les pé­na­li­tés peuvent at­teindre 2% du chiffre d’af­faires hors taxe du der­nier exer­cice. « C’était au­tant de temps ga­gné pour mettre en place l’op­tion la plus per­ti­nente pour chaque en­tre­prise concer­née : réa­li­ser un au­dit éner­gé­tique de qua­li­té ou op­ter pour la cer­ti­fi­ca­tion ISO 50001 », com­mente Ca­the­rine Mou­tet.

Au­dit éner­gé­tique ou cer­ti­fi­ca­tion ISO 50001 ?

D’après la lit­té­ra­ture que l’on peut trou­ver, entre autres, sur les sites in­ter­net de l’afnor, de l’ademe (Agence de l’en­vi­ron­ne­ment et de la maî­trise de l’éner­gie) ou de L’ATEE (As­so­cia­tion tech­nique éner­gie en­vi­ron­ne­ment), l’au­dit éner­gé­tique se­lon la norme NF EN 16247 consti­tue la pre­mière étape d’une dé­marche vi­sant à maî­tri­ser l’éner­gie. Il dé­livre une ana­lyse des consom­ma­tions éner­gé­tiques et des po­ten­tiels d’amé­lio­ra­tion. La cer­ti­fi­ca­tion ISO 50001, elle, va plus loin. Elle po­si­tionne la per­for­mance éner­gé­tique comme un axe stra­té­gique dans l’en­tre­prise et ins­taure un sys­tème de ma­na­ge­ment de l’éner­gie (SME) qui em­mène l’en­semble des équipes vers cet ob­jec­tif. L’ISO 50001 four­nit un cadre opé­ra­tion­nel et tem­po­rel à cette dé­marche. Cette cer­ti­fi­ca­tion trans­forme ain­si une obli­ga­tion lé­gale en une dé­marche vo­lon­taire et pé­renne, sur le prin­cipe de l’amé­lio­ra­tion conti­nue. La pre­mière phase de la mise en place de ce SME cer­ti­fié conforme à la norme ISO 50001 consiste à réa­li­ser un bi­lan de la si­tua­tion éner­gé­tique avec l’ana­lyse des consom­ma­tions par usages éner­gé­tiques, c’est ce qu’on ap­pelle la «re­vue éner­gé­tique». Il convient éga­le­ment de dres­ser l’his­to­rique des consom­ma­tions et de dé­ter­mi­ner pour quels usages et dans quelles quan­ti­tés l’éner­gie a été consom­mée. L’ob­jec­tif étant de hié­rar­chi­ser les usages qui re­pré­sentent un po­ten­tiel im­por­tant d’amé­lio­ra­tion de la per­for­mance éner­gé­tique. À par­tir de là, on met en place des ac­tions d’amé­lio­ra­tion. Et de­vant chaque ac­tion, on dé­signe un res­pon­sable. Cette re­vue éner­gé­tique doit être conçue, gé­rée et pi­lo­tée par l’en­tre­prise qui, bien sûr, peut se faire ai­der. À no­ter que l’or­ga­ni­sa­tion du SME est trans­dis­ci­pli­naire. Car outre l’en­ga­ge­ment fort de la di­rec­tion gé­né­rale dans la mise en place d’une po­li­tique d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique, cette or­ga­ni­sa­tion im­plique la di­rec­tion des achats, les res­sources hu­maines, les ser­vices gé­né­raux, la main­te­nance… Et pour co­or­don­ner cet en­semble, la norme ISO 50001 im­pose de dé­si­gner un pi­lote re­con­nu, sou­vent le res­pon­sable qua­li­té, qui re­pré­sente la di­rec­tion gé­né­rale de l’en­tre­prise et qui soit do­té d’un réel pou­voir de dé­ci­sion. À cet égard, la norme in­dique que ce re­pré­sen­tant doit être «apte et com­pé­tent», ce qui est une no­tion nou­velle dans une norme de sys­tème de ma­na­ge­ment. Pour as­su­rer le suc­cès d’une po­li­tique en­tre­pre­neu­riale d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique, il est éga­le­ment im­por­tant d’ins­til­ler aux sa­la­riés la culture de l’éco­no­mie d’éner­gie, par exemple en leur don­nant ac­cès à la vi­sua­li­sa­tion de leur propre consom­ma­tion dans l’en­tre­prise ou en af­fi­chant dans les lo­caux la consom­ma­tion éner­gé­tique en temps

réel du site. La mise en place de la norme ISO 50001 a un coût qui couvre la no­mi­na­tion du res­pon­sable du SME ain­si que sa for­ma­tion et celle des res­pon­sables tech­niques (qui eux-mêmes forment le reste du per­son­nel concer­né). À ce­la s’ajoutent, bien sûr, les coûts d’in­ves­tis­se­ment dans les équi­pe­ments –qui dé­pendent com­plè­te­ment du pro­jet de l’en­tre­prise– de même que le coût de la cer­ti­fi­ca­tion elle-même qui dé­pend de la taille de l’en­tre­prise, mais éga­le­ment de la di­ver­si­té des usages éner­gé­tiques. La cer­ti­fi­ca­tion est oc­troyée pour une du­rée trois ans et com­prend trois vi­sites:une pour l’au­dit ini­tial de cer­ti­fi­ca­tion et deux pour les au­dits de sui­vi, l’ob­jec­tif étant de vé­ri­fier que les re­com­man­da­tions de l’au­di­teur ont été ef­fec­tuées et que l’or­ga­nisme pro­gresse bien dans sa dé­marche en confor­mi­té avec les exi­gences de la norme.

Es­sayer la norme ISO 50001, c’est l’adop­ter

Plu­sieurs études ont été me­nées en France et dans le monde afin d’ana­ly­ser l’ap­port des au­dits éner­gé­tiques et de la norme ISO 50001 pour les en­tre­prises les ayant adop­tés. Fin 2015, le groupe Afnor a no­tam­ment li­vré les ré­sul­tats d’une ana­lyse des pra­tiques de 78 or­ga­nismes et en­tre­prises cer­ti­fiés ISO 50001 en France, en Al­le­magne, à Taï­wan, au Royaume-uni, en Rus­sie et au Ma­roc. Pre­mier constat :une forte aug­men­ta­tion (+40%) du nombre de cer­ti­fi­cats ISO 50001 dé­li­vrés dans le monde entre 2013 et 2014. Par­mi les élé­ments dé­clen­cheurs les plus ci­tés fi­gurent l’ob­ten­tion de la cer­ti­fi­ca­tion, la né­ces­si­té de faire des éco­no­mies via une ges­tion op­ti­mi­sée de l’éner­gie, la stra­té­gie de l’en­tre­prise ou en­core l’exis­tence d’in­ci­ta­tions fi­nan­cières pu­bliques pour se lan­cer dans la dé­marche. La né­ces­si­té de ré­duire les émis­sions de gaz à ef­fet de serre pèse éga­le­ment dans la dé­ci­sion des en­tre­prises pour fran­chir le pas, mais à un de­gré moindre. L’étude montre par ailleurs que 95% des en­tre­prises consi­dèrent la norme ISO 50001 comme un ou­til pour mieux iden­ti­fier les zones de consom­ma­tion d’éner­gie et 75% comme un le­vier pour amé­lio­rer leurs marges. Qui plus est, 85% des so­cié­tés son­dées la per­çoivent comme un vec­teur de pro­grès sur la du­rée et 76% comme un le­vier pour la mon­tée en com­pé­tences du per­son­nel. En­fin, plus im­por­tant en­core, pour plus des deux tiers des éta­blis­se­ments in­ter­ro­gés, les bud­gets mo­bi­li­sés pour la dé­marche sont consi­dé­rés comme né­gli­geables ou peu éle­vés au re­gard des bé­né­fices ap­por­tés. Et un tiers de ceux qui se pro­noncent sur la ques­tion ont vu les ré­sul­tats dé­pas­ser leurs es­pé­rances. Pour qua­si­ment tous les autres, les bé­né­fices fi­nan­ciers sont en phase avec les es­ti­ma­tions. Une autre étude, plus ré­cente celle-là et me­née par le groupe Afnor lui-même en tant que bu­reau d’études qua­li­fié à par­tir de l’ana­lyse de 72 rap­ports d’au­dits éner­gé­tiques réa­li­sés se­lon la norme vo­lon­taire NF EN 16247 dans des en­tre­prises entre 2015 et 2016, ré­vèle qu’un au­dit de ce type met en lu­mière un gi­se­ment d’éco­no­mies d’éner­gie po­ten­tiel de 20 à 30%, que ces éco­no­mies soient ex­pri­mées en ki­lo­watt­heures ou en eu­ros. Il s’agit là d’une moyenne pour les or­ga­nismes au­di­tés, que l’au­dit se fo­ca­lise sur les bâ­ti­ments et/ou sur les pro­cé­dés in­dus­triels. L’au­dit qui iden­ti­fie plu­sieurs le­viers d’ac­tions d’éco­no­mies d’éner­gie, reste bien évi­dem­ment un pre­mier pas vers une ap­proche glo­bale. L’au­di­teur fait des pré­co­ni­sa­tions, qui sont en­suite re­prises ou non dans un scé­na­rio d’amé­lio­ra­tion de la per­for­mance éner­gé­tique. L’étude d’afnor pré­cise que 88 % des ac­tions me­nées se fo­ca­lisent sur le ma­té­riel : ac­tions avec le four­nis­seur d’éner­gie, sur le bâ­ti, rem­pla­ce­ment ou ré­glage des équi­pe­ments par des ma­chines plus éco­nomes en éner­gie, conver­sion aux éner­gies re­nou­ve­lables, etc. Seule­ment 12% des ac­tions concernent le sys­tème de ma­na­ge­ment au sens large : ac­tions de me­sure et de vé­ri­fi­ca­tion, sen­si­bi­li­sa­tion et for­ma­tion des équipes, dé­ploie­ment de l’ap­proche re­com­man­dée par L’ISO 50001.

In­ci­ta­tions fi­nan­cières pour boos­ter la norme en France

Fin 2016, un nou­veau pro­gramme na­tio­nal a été lan­cé pour en­cou­ra­ger les en­tre­prises à se lan­cer dans une cer­ti­fi­ca­tion ISO 50001 en les fai­sant bé­né­fi­cier d’une aide fi­nan­cière qui ren­ta­bi­li­se­ra en­core plus vite l’in­ves­tis­se­ment consen­ti par les in­dus­triels dans une dé­marche éco­éner­gé­tique, au-de­là des éco­no­mies d’éner­gie fu­tures réa­li­sées. Bap­ti­sé PRO-SMEN, ce pro­gramme agréé par l’état au titre du dis­po­si­tif des cer­ti­fi­cats d’éco­no­mies d’éner­gie (CEE) est or­ches­tré par L’ATEE et des­ti­né plus par­ti­cu­liè­re­ment aux en­tre­prises de quatre sec­teurs in­dus­triels où la norme ISO 50001 peut ap­por­ter des bé­né­fices sub­stan­tiels : la chi­mie, l’agroa­li­men­taire, la plas­tur­gie et le trip­tyque si­dé­rur­gie-fon­de­rie-mé­tal­lur­gie. Le mon­tant de l’aide fi­nan­cière pro­po­sée par le pro­gramme PRO-SMEN s’élève à quelque 20% de la fac­ture éner­gé­tique an­nuelle, dans la li­mite de 40000€ HT. Pour être éli­gible, il faut donc ap­por­ter la preuve que l’on s’est lan­cé dans une dé­marche de cer­ti­fi­ca­tion, ce qui sup­pose une bonne maî­trise de la norme ISO 50001 et des normes an­nexes comme L’ISO 50006 sur les in­di­ca­teurs de per­for­mance éner­gé­tique, une étude de la norme eu­ro­péenne EN 16247 sur l’au­dit éner­gé­tique, utile pour la mise en oeuvre de la re­vue éner­gé­tique qui consti­tue la pre­mière étape de l’exer­cice, et en­fin la bonne for­ma­tion du res­pon­sable éner­gie de l’en­tre­prise ain­si que du per­son­nel en charge des ac­tions ayant un im­pact sur les consom­ma­tions (Afnor, par exemple, pro­pose une gamme com­plète de for­ma­tions ex­pertes dans ce do­maine). « L’aide ap­por­tée par ce pro­gramme ne pour­ra pas être cu­mu­lée avec d’autres dis­po­si­tifs de sou­tien comme les aides à la dé­ci­sion de l’ademe, pré­cise tou­te­fois Da­niel Cappe, vice-pré­sident de L’ATEE. L’ob­jec­tif est de mieux faire connaître le sys­tème de ma­na­ge­ment de l’éner­gie et la norme ISO 50001, d’une part, et de gé­né­rer un ef­fet d’en­traî­ne­ment et d’ac­cé­lé­rer son dé­ploie­ment, d’autre part. » La France ac­cuse en ef­fet un re­tard consé­quent par rap­port à cer­tains pays de l’union eu­ro­péenne. Au 31 dé­cembre 2014, L’ISO re­cen­sait seule­ment 270 cer­ti­fi­cats ISO 50001 va­lides en France, soit douze fois moins qu’en Al­le­magne ! PRO-SMEN dis­pose de fonds abon­dés jus­qu’à pré­sent par EDF, au titre de son obli­ga­tion CEE. En ce sens, le pro­gramme prend le re­lais du sys­tème de bo­ni­fi­ca­tion des CEE en vi­gueur jus­qu’en dé­cembre 2015 :jus­qu’à fin 2014, une ac­tion éli­gible aux CEE et gé­né­rant des éco­no­mies d’éner­gie sur un site cer­ti­fié ISO 50001 « comp­tait double », c’est-à-dire qu’elle don­nait droit à deux fois plus de cer­ti­fi­cats pour la même quan­ti­té d’éner­gie éco­no­mi­sée. En 2015, cette bo­ni­fi­ca­tion était tom­bée à 20%.

L’ISO 50001 est in­té­res­sante pour les en­tre­prises grandes consom­ma­trices d’éner­gie (si­dé­rur­gie, chi­mie, pé­tro­chi­mie, pé­trole et gaz, si­dé­rur­gie, etc.) pour les­quelles l’éner­gie est au coeur de leur ac­ti­vi­té. Mais elle gagne éga­le­ment d’autres sec­teurs comme l’agroa­li­men­taire, les hô­pi­taux, le ter­tiaire…

L’ISO 50001 four­nit une mé­tho­do­lo­gie opé­ra­tion­nelle ba­sée sur la re­cherche de la per­for­mance éner­gé­tique conti­nue et qui s’ap­puie sur des me­sures chif­frées.

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