QUAND LE ROBOT INDUSTRIEL SORT DE SA CAGE…

Au coeur de l’usine du fu­tur, la ro­bo­tique col­la­bo­ra­tive, ou co­bo­tique, oc­cupe une place crois­sante dans les sys­tèmes de pro­duc­tion. Ca­pable de tra­vailler en in­ter­ac­tion avec l’homme, le co­bot, compte te­nu de ses ca­rac­té­ris­tiques, se po­si­tionne en com­plém

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Lorsque l’on pense ro­bo­tique industrielle, on ima­gine des lignes de pro­duc­tion en­tiè­re­ment au­to­ma­ti­sées où s’af­faire toute une ri­bam­belle de ro­bots, sou­vent de grandes di­men­sions, qui ef­fec­tuent à un rythme éle­vé et sans dis­con­ti­nuer, dif­fé­rentes tâches. Sur­tout, on ima­gine ces ro­bots po­si­tion­nés der­rière des cages de pro­tec­tion (ou bar­rières de sé­cu­ri­té), dans un en­vi­ron­ne­ment où l’homme n’a pas sa place, si ce n’est lors des in­ter­ven­tions de main­te­nance et/ou de ré­pa­ra­tion qui im­posent l’ar­rêt des ro­bots, avec ce que ce­la peut en­gen­drer en ma­tière de perte de pro­duc­ti­vi­té. Pour­tant, dans l’in­dus­trie, l’homme et le robot tendent de­puis peu à se rap­pro­cher et même à col­la­bo­rer. « Der­rière l’ex­pres­sion “ro­bo­tique col­la­bo­ra­tive”, se cachent de nou­velles pos­si­bi­li­tés au­to­ri­sées par la nor­ma­li­sa­tion et l’évo­lu­tion des tech­no­lo­gies, per­met­tant à l’homme de tra­vailler de ma­nière sé­cu­ri­sée dans la zone d’ac­tion d’un robot, que ce der­nier soit un robot de type industriel clas­sique ou qu’il soit in­trin­sè­que­ment adap­té à cette col­la­bo­ra­tion homme/ robot », pré­cise Phi­lippe Charles, res­pon­sable pro­duits ro­bo­tique D’ABB France. La pre­mière étape de la ro­bo­tique col­la­bo­ra­tive – ap­pe­lée aus­si co­bo­tique – fut en ef­fet de do­ter les ro­bots in­dus­tr iels stan­dards de fonc­tions col­la­bo­ra­tives. De­puis qua­si­ment une di­zaine d’an­nées dé­jà, les grands noms de la ro­bo­tique industrielle, tels QU’ABB, Fa­nuc, Ku­ka et Stäu­bli oeuvrent en ce sens en mu­nis­sant leurs ro­bots de fonc­tions spé­ci­fiques de sé­cu­ri­té via l’ajout, dans la baie de com­mande, d’un cal­cu­la­teur de sé­cu­ri­té ou d’un lo­gi­ciel de sé­cu­ri­té. Par ailleurs, un dis­po­si­tif de dé­tec­tion de pré­sence de l’opé­ra­teur dans la zone d’ac­tion du robot, ain­si que dans les zones proches, doit aus­si être mis en place. « Né­ces­si­tant la mise en oeuvre de cap­teurs de sé­cu­ri­té ca­pables de gé­rer plu­sieurs zones ou vo­lumes de sé­cu­ri­té et pou- vant in­ter­agir avec le robot, ce dis­po­si­tif per­met à la ma­chine d’adap­ter son “com­por­te­ment” en fonc­tion de la zone où se trouve l’opé­ra­teur : ar­rêt com­plet du robot quand la per­sonne se trouve dans le vo­lume d’ac­tion du robot, vi­tesse de mou­ve­ment du robot ré­duite à 250 mm/s quand l’opé­ra­teur se po­si­tionne en des­sous d’une cer­taine dis­tance par rap­port au vo­lume d’ac­tion du robot, etc. », ex­plique Phi­lippe Charles D’ABB. Ré­pan­du dans des in­dus­tries telles que l’au­to­mo­bile ou l’aé­ro­nau­tique, ce type de ro­bots n’offre tou­te­fois qu’un ni­veau d’in­ter­ac­tion avec l’homme li­mi­té et né­ces­site de main­te­nir au moins en par­tie la cage de pro­tec­tion. « C’est ce que l’on ap­pelle la coac­ti­vi­té, c’est-à-dire un par­tage des es­paces où l’homme et le robot tra­vaillent sur une même chaîne de pro­duc­tion, mais pas sur le même poste de tra­vail : ils s’ac­quittent de tâches dif­fé­rentes, à des en­droits dif­fé­rents, même si l’opé­ra­teur et la ma­chine peuvent se trou­ver as­sez proches l’un de l’autre. C’est ce que l’on voit no­tam­ment sur les chaînes de pro­duc­tion des construc­teurs au­to­mo­biles. Ces ro­bots col­la­bo­ra­tifs sont uti­li­sés dans la ma­ni­pu­la­tion de pièces, l’aide à la ma­ni­pu­la­tion d’ou­tils, etc. », pré­cise Syl­vain Acou­lon, consul­tant en sé­cu­ri­té des ma­chines au­près du Ce­tim (Centre tech­nique des in­dus­tries mé­ca­niques).

C’est quoi un co­bot ? Quels sont ses avan­tages ?

« Mais la vé­ri­table co­bo­tique va beau­coup plus loin en termes d’in­ter­ac­tion entre l’homme et le robot car elle per­met à ce der­nier de se “li­bé­rer” com­plè­te­ment de sa cage de pro­tec­tion afin qu’il puisse tra­vailler avec l’homme sur un même poste de tra­vail, et ce­la, sans dan­ger pour l’opé­ra­teur. On parle alors de co­bot. Cette fa-

culté du co­bot offre des pos­si­bi­li­tés nou­velles et mo­di­fie en pro­fon­deur la ma­nière dont la ro­bo­ti­sa­tion peut être in­té­grée dans l’usine », ajoute Syl­vain Acou­lon. « Avec le co­bot, on est bien loin du fan­tasme du robot qui prend les em­plois de l’homme : le but est jus­te­ment qu’ils tra­vaillent en­semble et soient com­plé­men­taires dans leurs tâches, ren­ché­ri­tyann Per­rot, res­pon­sable du la­bo­ra­toire de ro­bo­tique in­ter­ac­tive du CEA List. Tout dé­pend de la va­leur ajou­tée hu­maine, qui s’éva­lue en termes de sa­voir-faire ou de dex­té­ri­té à ef­fec­tuer une tâche : si le tra­vail né­ces­site une forte va­leur ajou­tée hu­maine, alors le co­bot est une sorte d’as­sis­tant de l’opé­ra­teur pour l’ai­der dans sa tâche ; si en re­vanche la va­leur ajou­tée hu­maine est faible, le co­bot ef­fec­tue seul une grande par­tie de la tâche sou­la­geant ain­si l’opé­ra­teur de tâches ré­pé­ti­tives ou fas­ti­dieuses ». Hors de sa cage, le co­bot ouvre le champ des pos­sibles de la ro­bo­tique dans l’in­dus­trie. « La pos­si­bi­li­té d’uti­li­ser un co­bot sans cage phy­sique de sé­cu­ri­té offre de nom­breuses op­por­tu­ni­tés de tra­vail nou­velles qui vont po­ten­tiel­le­ment per­mettre de gé­né­rer des gains de pro­duc­ti­vi­té im­por­tants et d’ap­por­ter de la flexi­bi­li­té aux ou­tils de pro­duc­tion, fai­sant ain­si de la co­bo­tique l’une des briques tech­no­lo­giques ma­jeures de l’in­dus­trie du fu­tur, sou­ligne Syl­vain Acou­lon. La co­bo­tique ouvre, par exemple, la voie à la ro­bo­tique dé­pla­çable fai­sant que c’est le robot qui ar­rive dans le flux au­to­ma­ti­sé et non l’in­verse. On peut aus­si ima­gi­ner plu­sieurs pe­tits co­bots tra­vaillant au­tour d’une grosse pièce, ce qui mo­di­fie en pro­fon­deur la ma­nière dont la ro­bo­ti­sa­tion s’in­tègre dans les usines par rap­port à la ro­bo­tique tra­di­tion­nelle ». Mais le fait qu’il puisse tra­vailler hors d’une cage de pro­tec­tion n’est pas le seul avan­tage du co­bot. Ce qui peut aus­si le dif­fé­ren­cier du robot industriel clas­sique, c’est sa fa­cul­té à ap­prendre et à re­pro­duire des mou­ve­ments par simple dé­mons­tra­tion di­recte, en l’oc­cur­rence sim­ple­ment en lui pre­nant le (ou les) bras pour lui mon­trer les mou­ve­ments à exé­cu­ter. Ces opé­ra­tions d’ap­pren­tis­sage peuvent éven­tuel­le­ment être ex­por­tées via une ta­blette ou une in­ter­face homme-ma­chine. « Le suc­cès de nos co­bots de la série UR ne tient pas seule­ment au fait qu’ils puissent fonc­tion­ner sans bar­rières de pro­tec­tion. Ils sont aus­si très fa­ciles à ins­tal­ler et à uti­li­ser – pas be­soin d’être un ex­pert en ro­bo­tique –, très flexibles dans leur uti­li­sa­tion et ca­pables d’of­frir un re­tour sur in­ves­tis­se­ment de l’ordre d’un an, voire moins, compte te­nu d’un coût de quelques di­zaines de mil­liers d’eu­ros », ar­gu­mente Ja­cob Pas­cual Pape, di­rec­teur gé­né­ral pour l’eu­rope du sud d’uni­ver­sal Ro­bots (UR), une jeune so­cié­té da­noise pion­nière de la co­bo­tique qui re­ven­dique avoir d’ores et dé­jà ven­du quelque 15000 de ses co­bots à tra­vers le monde et dé­te­nir le pre­mier rang mon­dial du sec­teur.

Le co­bot, un concen­tré de tech­no­lo­gies

Mais sor­tir un robot de sa cage a im­po­sé une concep­tion dif­fé­rente de celle des ro­bots in­dus­triels tra­di­tion­nels. « Contrai­re­ment au robot industriel stan­dard au­quel on peut ajou­ter des fonc­tions col­la­bo­ra­tives, le vé­ri­table co­bot est un robot qui in- tègre na­ti­ve­ment de l’in­tel­li­gence em­bar­quée qui lui per­met d’in­ter­ar­gir avec son en­vi­ron­ne­ment pour, par exemple, s’ar­rê­ter de lui­même en cas de contact avec un opé­ra­teur, sans dom­mage pour ce der­nier », ex­plique Phi­lippe Charles D’ABB. Pour ce faire, le co­bot in­tègre la plu­part du temps des cap­teurs de couple ou d’ef­fort pour dé­tec­ter un contact avec un opé­ra­teur, une élec­tro­nique de com­mande em­bar­quée très ré­ac­tive afin de stop­per le plus ra­pi­de­ment pos­sible le mou­ve­ment du robot en cas de contact, ain­si que dif­fé­rentes fonc­tions de sé­cu­ri­té pour li­mi­ter l’im­pact de ces chocs po­ten­tiels. Par­mi ces fonc­tions, ci­tons par exemple le contrôle de vi­tesse lente, qui li­mite la vi­tesse maxi­male du robot à moins de 250mm/s, ou la sur­veillance de couple, qui as­sure le contrôle en temps réel de la vi­tesse et du mou­ve­ment du robot afin que le couple es­ti­mé de ses ar­ti­cu­la­tions de­meure en des­sous d’un ni­veau pré­dé­ter­mi­né. « La phy­sique étant la même pour tous, l’éner­gie ci­né­tique et les ef­forts de contact du co­bot doivent être li­mi­tés afin que l’homme puisse tra­vailler à ses cô­tés sans risque de se bles­ser en cas de choc, ce qui im­pose la li­mi­ta­tion des masses en mou­ve­ment et de la vi­tesse des mou­ve­ments du robot. Par rap­port à un robot clas­sique, le co­bot doit donc être lé­ger – et par consé­quent sou­vent de pe­tite taille –, li­mi­té en vi­tesse de mou­ve­ments et/ ou en ca­pa­ci­té de charge em­bar­quée. Il faut bien avoir ce­la à l’es­prit pour bien faire son choix entre un robot tra­di­tion­nel et un co­bot », sou­ligne Phi­lippe Charles. Ain­si,yu­mi, le co­bot à double bras D’ABB, pri­vi­lé­giet-il la vi­tesse de mou­ve­ment mais, du

coup, ne peut ma­ni­pu­ler que des charges n’ex­cé­dant pas 500 grammes par bras. À l’in­verse, le co­bot de Fa­nuc, ré­fé­ren­cé CR-35IA, est le pre­mier mo­dèle du mar­ché à ma­ni­pu­ler des charges al­lant jus­qu’à 35kg, mais au prix d’une vi­tesse ré­duite. La plu­part des co­bots tra­vaillent en gé­né­ral avec des charges com­prises entre 1 et 10kg. Dis­ci­pline re­la­ti­ve­ment ré­cente, la co­bo­tique ne cesse d’évo­luer et de se per­fec­tion­ner grâce à l’évo­lu­tion des tech­no­lo­gies de cap­teurs. « Pour que le co­bot puisse in­ter­agir avec son en­vi­ron­ne­ment, il existe une grande va­rié­té de tech­no­lo­gies de cap­teurs qu’il peut in­té­grer : des cap­teurs d’ef­fort aux cap­teurs de contact, en pas­sant par al­le­mande Mrk-sys­teme, elle est à l’ori­gine d’un co­bot do­té d’une « peau » sen­sible qui lui per­met de per­ce­voir son en­vi­ron­ne­ment à (faible) dis­tance, c’est-à-dire avant le contact avec un opé­ra­teur (quelques cen­ti­mètres) grâce à une tech­no­lo­gie à base de cap­teurs ca­pa­ci­tifs (celle-là même uti­li­sée dans les écrans tac­tiles). Une dé­tec­tion op­tique de l’opé­ra­teur per­met­trait, éga­le­ment, non pas de mi­ni­mi­ser l’im­pact des chocs, mais de les pré­ve­nir. « Le pro­blème est qu’il n’existe pas de so­lu­tion op­tique idéale qui per­mette de dé­tec­ter de ma­nière fiable la pré­sence d’un opé­ra­teur, et sur­tout de le dif­fé­ren­cier d’un ob­jet quel­conque. Les so­lu­tions dé­jà tes­tées in si­tu telles que des sys­tèmes de sté­réo­vi­sion ou de li­dar n’ont pas été concluantes à cause d’ar­rêts in­tem­pes­tifs, et n’ont fi­na­le­ment pas été re­te­nues. Mais ce n’est qu’une ques­tion de temps », ex­plique Syl­vain Acou­lon, consul­tant au­près du Ce­tim. D’autres so­lu­tions tech­no­lo­giques existent comme la vi­sion 3D à me­sure de temps de vol consi­dé­rée comme pro­met­teuse pour cette ap­pli­ca­tion. No­tons en­fin que cer­tains co­bots uti­lisent des as­tuces sup­plé­men­taires pour mi­ni­mi­ser les consé­quences éven­tuelles de contact entre l’opé­ra­teur et le co­bot.yu­mi, par exemple, dis­pose de bras en ma­gné­sium (moins dense que l’alu­mi­nium), de coques flot­tantes et de mousse pour ré­duire les ef­fets des im­pacts avec l’opé­ra­teur. La start-up fran­çaise Isy­bot, es­sai­mée du CEA List, a conçu un co­bot dé­jà uti­li­sé dans une pre­mière ap­pli­ca­tion industrielle. Dé­ve­lop­pée avec l’en­tre­prise Gebe2 pour la SNCF, cette ap­pli­ca­tion concerne le pon­çage des portes des trains. Une fois que l’opé­ra­teur a dé­li­mi­té les zones à pon­cer, le robot suit la tra­jec­toire in­di­quée et réa­lise le tra­vail qui était au­pa­ra­vant fait par l’opé­ra­teur et le dé­charge ain­si de cette tâche fas­ti­dieuse.

les cap­teurs de proxi­mi­té ba­sés sur une tech­no­lo­gie à ul­tra­sons, mais éga­le­ment des cap­teurs de po­si­tion ar­ti­cu­laire, ap­pe­lés aus­si cap­teurs ar­ti­cu­laires, ba­sés sur la me­sure de dé­for­ma­tion des res­sorts d’ar­ti­cu­la­tion du robot via des jauges de contrainte, tels que ceux em­bar­qués dans les co­bots de Ku­ka ou d’uni­ver­sal Ro­bots », pré­cise Yann Per­rot du CEA List. Mais d’autres tech­no­lo­gies sont éga­le­ment à l’étude. Ain­si, le CEA List tra­vaille-t-il sur une tech­no­lo­gie sans cap­teurs ba­sée sur un as­ser­vis­se­ment du cou­rant dans les mo­teurs du robot. « Le cou­rant consti­tue en ef­fet une bonne image de l’ef­fort pro­duit par le robot. L’avan­tage de cette tech­no­lo­gie ré­side dans sa ra­pi­di­té puisque les temps de ré­ac­tion du robot sont de l’ordre de la mil­li­se­conde, alors que l’on se trouve plu­tôt dans la four­chette 10-100 ms dans le cas des autres tech­no­lo­gies », ar­gu­mente Yann Per­rot. Quant à la so­cié­té

On ne ba­dine pas avec la sé­cu­ri­té

Même s’il in­tègre en son sein des fonc­tions de sé­cu­ri­té, un co­bot reste un robot « Tout comme pour la ro­bo­tique industrielle clas­sique, l’uti­li­sa­teur doit im­pé­ra­ti­ve­ment pro­cé­der à une analyse des risques liés à l’uti­li­sa­tion d’un co­bot dans l’ap­pli­ca­tion pour la­quelle il est des­ti­né car, même s’il dis­pose de fonc­tions de sé­cu­ri­té in­trin­sèques, les charges ou les ou­tils qu’il ma­ni­pule, par exemple s’ils sont cou­pants ou do­tés d’arêtes franches, peuvent rendre l’en­semble dan­ge­reux », pré­vient Phi­lippe Charles D’ABB. Il est im­por­tant de no­ter que l’uti­li­sa­tion des co­bots est au­to­ri­sée de­puis 2007 et ré­gie par la norme EN ISO 10218-1/ EN ISO 10218-2 re­la­tive à la sé­cu­ri­té des ins­tal­la­tions ro­bo­ti­sées, qui consti­tue la norme de base pour la co­bo­tique. Mais de­puis fé­vrier 2016, une spé­ci­fi­ca­tion tech­nique ISO est ve­nue s’y ajou­ter. Il s’agit de L’ISO/TS 15066 qui dé­fi­nit no­tam­ment quatre modes de fonc­tion­ne­ment sé­cu­ri­sés des sys­tèmes ro­bo­ti­sés col­la­bo­ra­tifs : « ar­rêt no­mi­nal de sé­cu­ri­té contrô­lé », « gui­dage ma­nuel», «li­mi­ta­tion de la puis­sance et de la force» et «contrôle de la vi­tesse et de la dis­tance de sé­pa­ra­tion ». « Avec les ap­pli­ca­tions ro­bo­tiques col­la­bo­ra­tives, il est im­pé­ra­tif d’être at­ten­tif aux risques de dan­gers po­ten­tiels pour les opé­ra­teurs. Or jus­qu’à pré­sent, les four­nis­seurs et les in­té­gra­teurs de sys­tèmes ro­bo­tiques ne dis­po­saient que d’in­for­ma­tions d’ordre gé­né­ral sur ce su­jet. L’ISO/ TS 15066 change la donne en four­nis­sant des re­com­man­da­tions spé­ci­fiques axées sur les don­nées de sé­cu­ri­té né­ces­saires pour éva­luer et maî­tri­ser les risques », sou­ligne Ca­role Frank­lin, se­cré­taire du groupe de tra­vail de L’ISO sur la sé­cu­ri­té industrielle dans le do­maine de la ro­bo­tique (ISO/TC 299/GT 3). Cette spé­ci­fi­ca­tion pré­cise par exemple les va­leurs maxi­males ad­mis­sibles de chocs su­bis par l’opé­ra­teur en fonc­tion de la par­tie du corps où ces chocs in­ter­viennent (pour plus de ren­sei­gne­ments à ce su­jet, se ré­fé­rer à l’in­ter­view de Di­dier No­vat, res­pon­sable des pro­duits de sé­cu­ri­té chez Sick France, pa­rue dans le n°891 de Me­sures, pages 22 à 24). Si des fonc­tions col­la­bo­ra­tives étaient dé­jà dis­po­nibles sur les gros ro­bots por­teurs dès 2008-2009, c’est sur­tout à par­tir de 2010 que les vé­ri­tables co­bots, c’est-à-dire des pe­tits ro­bots in­dus­triels à fonc­tions col­la­bo­ra­tives, sont réel­le­ment ar­ri­vés sur le mar­ché. C’est sur­tout Uni­ver­sal Ro­bots (qui bat dé­sor­mais pa­villon amé­ri­cain puis­qu’il a été ra­che­té par­te­ra­dyne il y a deux ans) qui a bous­cu­lé tout le monde avec des prix

en­core ja­mais vus pour de la ro­bo­tique industrielle (20000 à 30000eu­ros) et une fa­ci­li­té d’uti­li­sa­tion et de pro­gram­ma­tion là aus­si in­édite.

Porte d’en­trée de la ro­bo­tique dans les PME ?

Et avec l’ar­ri­vée de ces co­bots peu oné­reux a re­sur­gi l’es­poir de faire en­fin en­trer la ro­bo­tique dans les PME. « Dans les in­dus­tries de masse, telles que l’au­to­mo­bile, la ro­bo­ti­sa­tion conven­tion­nelle est très ré­pan­due. Mais elle a eu du mal à ar­ri­ver jus­qu’aux PME. À une époque, cer­taines PME avaient ten­té de s’équi­per en ro­bots, mais l’ex­pé­rience avait sou­vent été dou­lou­reuse à cause de l’in­adé­qua­tion entre le be­soin de la PME et l’offre en ro­bots qui était pro­po­sée à l’époque. Du coup, la ro­bo­tique clas­sique pâ­tit d’une cer­taine mau­vaise ré­pu­ta­tion au­près de ces en­tre­prises, se re­mé­more Syl­vain Acou­lon, consul­tant au­près du Ce­tim. Mais au­jourd’hui, avec l’ar­ri­vée des co­bots qui sont non seule­ment moins chers, mais aus­si plus pe­tits et équi­pés d’une in­ter­face de pro­gram­ma­tion très fa­cile d’uti­li­sa­tion, l’image qu’ont les PME de la ro­bo­tique com­mence à chan­ger car l’offre ré­pond mieux à leurs be­soins, à leurs bud­gets, et ce n’est plus for­cé­ment la peine d’avoir re­cours à un in­té­gra­teur – comme c’est le cas avec les ro­bots clas­siques – ou d’être un ex­pert de la ro­bo­tique pour ins­tal­ler son co­bot et le pro­gram­mer. » Un ar­gu­ment éga­le­ment por­té par Ja­cob Pas­cual Pape d’uni­ver­sal Ro­bots. « Les rai­sons qui ex­pliquent que nos co­bots sont les plus ven­dus en France tiennent au­tant dans leur prix rai­son­nable que dans leur grande fa­ci­li­té de pro­gram­ma­tion. Une for­ma­tion de deux jours suf­fit pour qu’un opé­ra­teur puisse se dé­brouiller avec le robot en ques­tion », in­dique-t-il. À no­ter que le Ce­tim et le CEA List sont im­pli­qués dans le dé­ve­lop­pe­ment de la ro­bo- tique en gé­né­ral dans les PME, no­tam­ment avec la mise en place du pro­gramme Robot Start PME (RSPME) qui per­met aux pe­tites et moyennes en­tre­prises de se do­ter d’ou­tils de ro­bo­ti­sa­tion grâce à un sou­tien tant tech­nique que fi­nan­cier.

L’in­dus­trie du fu­tur en ligne de mire

Si de jeunes so­cié­tés telles qu’uni­ver­sal Ro­bots ont per­mis la com­mer­cia­li­sa­tion de co­bots à par­tir de 2009-2010, force est de consta­ter que de nom­breux té­nors de la ro­bo­tique industrielle (ABB, Fa­nuc, Ku­ka, Ka­wa­sa­ki Ro­bo­tics, Mit­su­bi­shi Elec­tric, etc.) leur ont vite em­boî­té le pas, preuve qu’il y a un réel po­ten­tiel à ex­ploi­ter. « Clai­re­ment, nous n’en sommes qu’aux pré­mices de la co­bo­tique qui consti­tue, à n’en point dou­ter, un axe de dé­ve­lop­pe­ment im­por­tant de la ro­bo­tique dans les an­nées à ve­nir. Mais, compte te­nu des ca­rac­té­ris­tiques des co­bots, no­tam­ment leur pe­tite taille, leur vi­tesse ré­duite et leur faible ca­pa­ci­té de charge, cette dis­ci­pline se po­si­tionne en com­plé­ment de la ro­bo­tique tra­di­tion­nelle, et non en sub­sti­tut », pré­ci­seyann Per­rot du CEA List. Mais comme pour le robot tra­di­tion­nel, le choix du mo­dèle de co­bot le mieux adap­té à une ap­pli­ca­tion don­née passe par une étude pré­cise des be­soins (et des contraintes) de l’uti­li­sa­teur. Pour l’heure, les ro­bots col­la­bo­ra­tifs trouvent leur place dans la pro­duc­tion au­to­mo­bile (Re­nault, BWM, Au­di, Volks­wa­gen, Va­leo…) dans des fonc­tions simples de type vis­sage, mais aus­si dans l’élec­tro­nique, l’agroa­li­men­taire, la lo­gis­tique, la phar­ma­ceu­tique, la cos­mé­tique, la pe­tite mé­ca­nique de pré­ci­sion, le dé­vra­cage, etc. « La co­bo­tique ré­pond aux de­mandes clients liées aux pro­blèmes d’er­go­no­mie et de TMS [ troubles mus­cu­laires sque­let­tiques, ndlr] des opé­ra­teurs dans l’in­dus­trie, à la com­pa­ci­té et à la flexi­bi­li­té d’uti­li­sa­tion des ins­tal­la­tions ro­bo­ti­sées, et au trai­te­ment des pe­tites sé­ries, tout en bé­né­fi­ciant de la dex­té­ri­té et de la po­ly­va­lence de l’opé­ra­teur qui tra­vaille avec lui », ré­sume Phi­lippe Charles D’ABB. Et ce der­nier de conclure: « Le co­bot, dans le cadre de l’in­dus­trie du fu­tur, per­met po­ten­tiel­le­ment de ré­pondre au dé­fi ma­jeur de la pro­duc­tion industrielle, no­tam­ment en Eu­rope, ame­née à pas­ser d’une “pro­duc­tion de masse” à une “cus­to­mi­sa­tion de masse”, ce qui né­ces­si­te­ra d’ap­pré­hen­der une grande di­ver­si­té de pro­duits avec des cycles de vie courts ».

Le suc­cès des co­bots de la série UR d’uni­ver­sal Ro­bots ne tient pas seule­ment au fait qu’ils puissent fonc­tion­ner sans bar­rières de pro­tec­tion. Ils sont aus­si fa­ciles à ins­tal­ler et à uti­li­ser – pas be­soin d’être un ex­pert en ro­bo­tique –, très flexibles d

Même s’il est po­ten­tiel­le­ment ca­pable de sor­tir de sa cage de pro­tec­tion pour in­ter­agir et tra­vailler avec l’homme, sans dan­ger pour ce der­nier, le co­bot ne dis­pense pas son uti­li­sa­teur de pro­cé­der à une analyse des risques liés à son uti­li­sa­tion dans l’ap­pli­ca­tion pour la­quelle il est des­ti­né. Les charges ou les ou­tils qu’il ma­ni­pule, par exemple s’ils sont cou­pants ou do­tés d’arêtes franches, peuvent en ef­fet rendre l’en­semble dan­ge­reux pour l’opé­ra­teur si au­cune pré­cau­tion n’est prise.

Si de jeunes so­cié­tés telles qu’uni­ver­sal Ro­bots ont per­mis la com­mer­cia­li­sa­tion de co­bots à par­tir de 2009-2010, force est de consta­ter que de nom­breux té­nors de la ro­bo­tique industrielle (ABB, Fa­nuc, Ku­ka, Ka­wa­sa­ki Ro­bo­tics, Mit­su­bi­shi Elec­tric, etc.) l

Pour l’heure, les ro­bots col­la­bo­ra­tifs trouvent leur place dans la pro­duc­tion au­to­mo­bile (Re­nault, BWM, Au­di, Volks­wa­gen, Va­leo…) dans des fonc­tions simples de type vis­sage, mais aus­si dans l’élec­tro­nique, l’agroa­li­men­taire, la lo­gis­tique, la phar­ma­ceu­tique, la cos­mé­tique, la pe­tite mé­ca­nique de pré­ci­sion, le dé­vra­cage, etc.

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