« Il faut mo­der­ni­ser l’image des mé­tiers in­dus­triels au­près des jeunes »

FOR­MA­TION

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Me­sures. Alain Bao,pou­vez-vous nous pré­sen­ter la Fa­cul­té des mé­tiers? Alain Bao. Il s’agit d’un centre de for­ma­tion ins­tal­lé sur trois sites, à Évry, Bon­doufle et Mas­sy, dans l’es­sonne. Dé­dié à l’ap­pren­tis­sage, il forme en­vi­ron 3 000 jeunes par an aux mé­tiers de l’in­dus­trie, du ter­tiaire et de l’ar­ti­sa­nat. La Fa­cul­té des mé­tiers est née sous cette forme en 2005. Elle est l’éma­na­tion de trois CFA (Centre de for­ma­tion des ap­pren­tis) his­to­riques. Il s’agis­sait à l’époque de pro­po­ser une offre de for­ma­tions la plus com­plète pos­sible, avec 90 di­plômes dif­fé­rents. À tra­vers le terme de fa­cul­té, le but était aus­si de re­va­lo­ri­ser l’ap­pren­tis­sage et les mé­tiers tech­niques. En ef­fet, on as­so­cie trop sou­vent l’ap­pren­tis­sage à l’échec sco­laire. D’au­tant plus pour les pre­miers ni­veaux de for­ma­tion, comme les CAP ou les bacs pro­fes­sion­nels. Nous vou­lions re­pré­sen­ter une vi­trine de ces mé­tiers et pou­voir par­ler de leur réa­li­té. Nous pro­po­sons aus­si des for­ma­tions conti­nues, pour les sa­la­riés et les de­man­deurs d’em­ploi. 5 000 adultes passent par la fa­cul­té des mé­tiers chaque an­née, pour des for­ma­tions courtes, par­fois de quelques jours.

Me­sures. Quels mé­tiers in­dus­triels en­sei­gnez-vous, et com­ment se passent les for­ma­tions? Alain Bao. Nous en­sei­gnons des mé­tiers en lien avec la pro­duc­tion, comme le sou­dage, la main­te­nance, l’au­to­ma­tique ou la chau­dron­ne­rie. Nous for­mons des élec­tro­tech­ni­ciens et des tech­ni­ciens en éner­gé­tique, ca­pables de prendre en charge l’ins­tal­la­tion et la main­te­nance des équi­pe­ments in­dus­triels et éner­gé­tiques. Nous pro­po­sons même une for­ma­tion de tech­ni­co-com­mer­cial, pour la vente de pro­duits in­dus­triels. Nous don­nons ain­si ac­cès à des fi­lières com­plètes. Pour un mé­tier don­né, les jeunes peuvent se pro­je­ter sur plu­sieurs ni­veaux de di­plôme, et il existe des pas­se­relles d’une fi­lière à l’autre. Le par­cours moyen est de 2 ans pour la pré­pa­ra­tion d’un di­plôme en for­ma­tion ini­tiale. Il est pos­sible d’in­té­grer la Fa­cul­té des mé­tiers après la classe de qua­trième, avec le dis­po­si­tif d’ini­tia­tion aux mé­tiers en al­ter­nance (Di­ma). C’est l’équi­valent d’une troi­sième, mais avec beau­coup de stages en en­tre­prise, afin de dé­cou­vrir dif­fé­rents mé­tiers. En­suite, nous pro­po­sons des CAP, des men­tions com­plé­men­taires, des bacs pro­fes­sion­nels, des BTS, et même une li­cence pro­fes­sion­nelle sur les mé­tiers de l’éner­gé­tique. De­puis le dé­but de l’an­née, et jus­qu’à la fin 2019, les for­ma­tions ini­tiales en al­ter­nance sont ac­ces­sibles jus­qu’à l’âge de 30 ans en Ré­gion Île-de-france. Bien sou­vent, les can­di­dats sont en dif­fi­cul­té avec le sys­tème sco­laire tra­di­tion­nel. Ce­la n’est pas un pro­blème pour nous, car nous tra-

Les jeunes connaissent-ils les mé­tiers de l’in­dus­trie? Si cer­tains sont pour eux sé­dui­sants, no­tam­ment dans l’élec­tro­tech­nique, d’autres ont une image peu at­trac­tive, en par­ti­cu­lier dans la pro­duc­tion. De nom­breuses en­tre­prises ont pour­tant be­soin de re­cru­ter du per­son­nel qua­li­fié. La Fa­cul­té des mé­tiers de l’es­sonne forme des ap­pren­tis et tra­vaille à re­nou­ve­ler cette image.

vaillons dif­fé­rem­ment. Les cours s’ap­puient sur des si­tua­tions de tra­vail concrètes, vé­cues en en­tre­prise. Le fran­çais, les ma­thé­ma­tiques ou l’an­glais sont contex­tua­li­sés par rap­port au mé­tier en­sei­gné. Les jeunes ont un tu­teur qui les aide à pro­gres­ser. Cer­tains re­nouent ain­si avec le plai­sir d’ap­prendre et re­prennent confiance en eux après une si­tua­tion d’échec sco­laire. Nous avons en­vi­ron 80% de taux de réus­site aux exa­mens.

Me­sures. Les jeunes connaissent-ils les mé­tiers de l’in­dus­trie au mo­ment de pos­tu­ler? Alain Bao. Lorsque nous re­ce­vons les can­di­dats en en­tre­tien, nous es­sayons de com­prendre pour­quoi ils choi­sissent une voie plu­tôt qu’une autre. Nous évo- quons leur pro­jet pro­fes­sion­nel, afin qu’ils ne se four­voient pas dans la mau­vaise branche. Nous nous as­su­rons qu’ils com­prennent bien qu’ils se­ront confron­tés au monde de l’en­tre­prise, qui im­plique plus d’obli­ga­tions que d’être col­lé­gien ou ly­céen. Concer­nant les mé­tiers de l’in­dus­trie, il y a beau­coup d’idées re­çues. Ceux qui sont liés à la fa­bri­ca­tion, comme la chau­dron­ne­rie, l’usi­nage ou la main­te­nance, souffrent d’un dé­fi­cit d’image. Les dé­lo­ca­li­sa­tions et les fer­me­tures d’usines ob­ser­vées dans notre pays y ont évi­dem­ment contri­bué. L’ef­fec­tif de jeunes dans ces for­ma­tions a bais­sé ces der­nières an­nées, et, lors des jour­nées portes ou­vertes, la fré­quen­ta­tion est moins im­por­tante pour ces mé­tiers que pour ceux du sec­teur ter­tiaire. Ce­la té­moigne d’un manque d’at­trac­ti­vi­té. C’est pour­tant un pa­ra­doxe, car il y a une de­mande éco­no­mique pour ce­la. Alors que les em­ployeurs, no­tam­ment les grands groupes et leurs sous-trai­tants, sont confron­tés à des dé­parts en re­traite, ils ont par­fois du mal à trou­ver du per­son­nel bien for­mé pour oc­cu­per des postes d’opé­ra­teur de pro­duc­tion, ou de pi­lo­tage de ligne. Mais ceux qui choi­sissent ces fi­lières ne le font pas par ha­sard. Sou­vent, c’est parce qu’une per­sonne de leur fa­mille pra­tique l’un de ces mé­tiers et sait en par­ler po­si­ti­ve­ment. Ils en connaissent donc la réa­li­té et sont mo­ti­vés. C’est un atout ! Il y a moins de ré­orien­ta­tions dans ces fi­lières. Et, au mo­ment de pos­tu­ler à la for­ma­tion, cer­tains can­di­dats ont dé­jà trou­vé une en­tre­prise.

Me­sures. D’autres mé­tiers in­dus­triels ont-ils une meilleure image? Alain Bao. Oui, les mé­tiers de l’élec­tro­tech­nique ou de l’éner­gé­tique ne sont pas confron­tés à ce pro­blème. Les ef­fec­tifs se main­tiennent dans ces fi­lières, et ils pro­gressent même pour cer­tains mé­tiers, comme la main­te­nance et l’ins­tal­la­tion de sys­tèmes éner­gé­tiques.avec les ques­tions en­vi­ron­ne­men­tales, des su­jets comme l’op­ti­mi­sa­tion éner­gé­tique ou les sys­tèmes non pol­luants sont dans l’air du temps. Ils ont une image po­si­tive. Les mé­tiers as­so­ciés bé­né­fi­cient donc d’un cou­rant fa­vo­rable, même lors­qu’ils sont mal connus. Alors que l’in­dus­trie tra­di­tion­nelle a gar­dé une image pous­sié­reuse et éner­gi­vore.

Me­sures. Com­ment com­mu­ni­quez­vous au su­jet des mé­tiers de l’in­dus­trie ?

La fonc­tion d’in­gé­nieur est at­trayante, mais les mé­tiers sont mul­tiples. Les té­moi­gnages aident les étu­diants à trou­ver leur branche.

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