« Pas be­soin de gros moyens pour se lan­cer dans une dé­marche d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique »

EF­FI­CA­CI­TÉ ÉNER­GÉ­TIQUE

Mesures - - Front Page - Pro­pos re­cueillis par Pas­cal Coutance

Réunis à pa­ris le 18 oc­tobre der­nier lorsd’une table ronde or­ga­ni­sée par me­sures, Ca­the­rine mo ut et, res­pon­sable Af­nor Ener­gies, Pa­trick Hell, di­rec­teur mar­ke­ting d‘en­dress+hau­ser France, Alain Josse, res­pon­sable cel­lule ap­pli­ca­tion Sys­tème Ges­tion Ener­gie chez Ener­dis (groupe Chau­vin Ar­noux) et Gilles Si­mon, ex­pert en­vi­ron­ne­ment et éner­gie chez Sch­nei­der Elec­tric, ont poin­té l’im­por­tance d’une dé­marche d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique chez les in­dus­triels et in­sis­té sur le fait qu’il n’était pas for­cé­ment né­ces­saire d’y consa­crer de gros moyens. Une table ronde dont nous vous pro­po­sons de re­trou­ver la se­conde par­tie dans notre nu­mé­ro de dé­cembre.

Me­sures. On parle beau­coup d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique dans l’in­dus­trie.mais les in­dus­triels sont-ils si im­pli­qués que ce­la dans la mise en place d’une po­li­tique d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique? Ca­the­rine Mou­tet. On ne peut pas vrai­ment dire qu’en France, l’in­dus­trie soit suf­fi­sam­ment en­ga­gée dans l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique. Dé­but oc­tobre est pa­rue une étude pros­pec­tive sur le mar­ché de l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique, étude fi­nan­cée par le Gi­me­lec, l’ademe et la DGE, qui pointe le fait que l’in­dus­trie ne s’est pas en­core as­sez ap­pro­prié l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique comme un vec­teur de dé­ve­lop­pe­ment. C’est pour­quoi le genre de ma­ni­fes­ta­tion telle que la table ronde que vous or­ga­ni­sez au­jourd’hui est très bé­né­fique pour faire prendre conscience aux en­tre­prises, en par­ti­cu­lier dans le sec­teur in­dus­triel, que c’est im­por­tant de se mettre en marche en ma­tière d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique. En re­vanche, ce que l’on constate, c’est qu’une fois qu’une en­tre­prise s’est lan­cée dans une telle dé­marche, no­tam­ment dans le cadre de la cer­ti­fi­ca­tion ISO 50001, elle ne re­vient en ar­rière que dans de très rares cas. Les so­cié­tés sont gé­né­ra­le­ment très contentes des ré­sul­tats ob­te­nus et re­com­mandent ce type d’ini­tia­tives, ar­guant en par­ti­cu­lier que les in­ves­tis­se­ments consen­tis sont tout à fait mi­neurs par rap­port aux bien­faits ré­col­tés. Les in­dus­triels les plus en pointe dans ce do­maine sont bien évi­dem­ment ceux des sec­teurs les plus éner­gi­vores, car c’est une bonne op­por­tu­ni­té de réa­li­ser des éco­no­mies sub­stan­tielles et ain­si d’amé­lio­rer ses marges. Mais d’autres sec­teurs in­dus­triels com­mencent à s’y pen­cher, tels que l’agroa­li­men­taire et éga­le­ment, de­puis 6 ou 8 mois, des ac­teurs qui ont à gé­rer de gros pa­tri­moines in­dus­triels. Alain Josse. Je re­joins ce qui vient d’être dit sur le peu d’en­thou­siasme af­fi­ché par les in­dus­triels pour mettre en place des so­lu­tions leur per­met­tant de mieux maî­tri­ser leur pro­cess de consom­ma­tion éner­gé­tique. Peut-être n’avons­nous pas fait suf­fi­sam­ment bien notre tra­vail sur ce su­jet. En tant qu’of­freurs de so­lu­tions pour l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique, nous avons par­fois l’oc­ca­sion de nous re­trou­ver de­vant un in­dus­triel qui veut se lan­cer dans un plan d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique, mais qui se trouve très dé­mu­ni dès qu’il s’in­ter­roge sur la mé­thode à mettre en place, sans comp­ter que, bien sou­vent, il n’est pas for­cé­ment au cou­rant de toutes les aides dont il peut bé­né­fi­cier au­près d’or­ga­nismes comme l’ademe, Af­nor, les chambres de com­merce et d’in­dus­trie, etc. C’est pour­quoi une part de notre tra­vail consiste aus­si à les gui­der dans cette dé­marche. Il y a sans doute aus­si un meilleur tra­vail « d’évan­gé­li­sa­tion » à ef­fec­tuer au­près des in­dus­triels en leur mon­trant qu’à chaque fois que des en­tre­prises ont dé­ployé une dé­marche d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique, ce­la s’est sys­té­ma­ti­que­ment tra­duit par une meilleure per­for­mance de l’en­tre­prise. Et l’on voit éga­le­ment dans de nom­breux cas d’ap­pli­ca­tions, des en­tre­prises qui ont dé­bu­té la mise en place d’une telle dé­marche avec des moyens très ré­duits dans leur ins­tal­la­tion et qui, au bout de deux ou trois ans, ont fait gran­dir leurs res­sources en ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique

pour trou­ver de nou­veaux gi­se­ments d’éco­no­mie à réa­li­ser et ne re­vien­draient en ar­rière pour rien au monde. Pa­trick Hell. Je ne peux qu’abon­der dans le sens de Mon­sieur Josse. Néan­moins, je constate qu’il y a un cer­tain fré­mis­se­ment chez les in­dus­triels de­puis main­te­nant une bonne an­née. Et ce­la dé­bute sou­vent par des choses re­la­ti­ve­ment tra­di­tion­nelles, comme l’ana­lyse de la consom­ma­tion élec­trique qui re­pré­sente sou­vent le pre­mier poste de coût en ma­tière de consom­ma­tion éner­gé­tique. Chez En­dress+hau­ser, nous sommes plu­tôt sur la par­tie flui­dique, c’est-à-dire tout ce qui concerne la consom­ma­tion et la me­sure d’air com­pri­mé, de va­peur, de com­bus­tible, tous ces pa­ra­mètres qui com­mencent à être consi­dé­rés par les in­dus­triels comme sources po­ten­tielles d’éco­no­mie. Et comme le di­sait Ma­dame Mou­tet, même des in­dus­tries moins éner­gi­vores com­mencent à s’in­té­res­ser à cette thé­ma­tique. Si la ques­tion ne se pose même pas pour une pa­pe­te­rie, par exemple, pour la­quelle les gains de coût sont évi­dents, cer­taines PME, en par­ti­cu­lier dans l’agroa­li­men­taire, ef­fec­ti­ve­ment, com­mencent un peu à s’in­té­res­ser à ce­la. Mais les pe­tites struc­tures sont sou­vent dé­mu­nies car sou­vent moins in­for­mées sur ce su­jet que les grands groupes, en par­ti­cu­lier sur les aides aux­quelles elles peuvent pré­tendre. Il y a donc un vrai tra­vail d’in­for­ma­tion à faire, de vul­ga­ri­sa­tion, d’ac­com­pa­gne­ment de ces in­dus­triels pour que les dé­marches d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique se dé­ve­loppent da­van­tage. Gilles Si­mon. Il s’avère que Sch­nei­der Elec­tric a été la pre­mière so­cié­té au monde à avoir ob­te­nu la cer­ti­fi­ca­tion ISO 50001. En 2011 en ef­fet, l’an­née de sor­tie de la norme in­ter­na­tio­nale, j’ai eu la chance d’avoir pi­lo­té la mise en place du pre­mier sys­tème de ma­na­ge­ment de l’éner­gie (SME) sur notre siège in­ter­na­tio­nal si­tué à Rueil-mal­mai­son. Les mo­ti­va­tions pre­mières pour s’en­ga­ger dans une telle dé­marche, ce sont bien évi­dem­ment les éco­no­mies d’éner­gie, et donc fi­nan­cières, réa­li­sables. Mais ce­la ne s’ar­rête pas là. C’est

aus­si dans un cer­tain nombre de cas, que ce soit pour des grands groupes ou des PME, pour ex­pri­mer la vo­lon­té de vé­hi­cu­ler une image d’en­tre­prise ci­toyenne. Et puis, il y a des avan­tages moins évi­dents de prime abord comme le fait qu’en ré­dui­sant sa consom­ma­tion d’éner­gie, on est, de fait, moins im­pac­té par les va­ria­tions de coût de l’éner­gie. Et glo­ba­le­ment, je suis convain­cu que la mise en oeuvre d’un plan d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique amé­liore l’ef­fi­ca­ci­té glo­bale de l’en­tre­prise car ce­la met en place des modes de fonc­tion­ne­ment, la cla­ri­fi­ca­tion de res­pon­sa­bi­li­tés, etc. Et puis, il existe un cer­tain nombre de bé­né­fices qui ne sont pas for­cé­ment consi­dé­rés au dé­part, mais qui peuvent vrai­ment être res­sen­tis dans un se­cond temps. Dans le cas par­ti­cu­lier de Sch­nei­der Elec­tric, nous sommes aus­si fournisseur de so­lu­tions et de pro­duits dé­diés à l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique. Donc en plus des mo­ti­va­tions que je viens d’évo­quer, il nous fal­lait aus­si prou­ver que nous étions par­mi les meilleurs en termes de four­ni­ture de so­lu­tions pour l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique.

Me­sures. Quelles sont les pre­mières ac­tions à me­ner pour mettre en place une dé­marche d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique ? Au­dit éner­gé­tique ? Cer­ti­fi­ca­tion ISO 50001? Gilles Si­mon. Tout d’abord, il faut qu’il y ait une vo­lon­té de l’en­tre­prise, donc une vo­lon­té de la di­rec­tion, pour s’en­ga­ger dans une po­li­tique d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique. C’est le point de dé­part né­ces­saire, quelle que soit la taille de l’en­tre­prise. Et en­suite, le reste s’en­chaîne as­sez bien. Per­son­nel­le­ment, je suis fan de la norme ISO 50001 car c’est à la fois une boîte à ou­tils et un cadre de fonc­tion­ne­ment. D’ailleurs, je conseille­rai à toute en­tre­prise qui veut amé­lio­rer son ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique de se ser­vir de la trame four­nie par L’ISO 50001, sans for­cé­ment al­ler jus­qu’à la cer­ti­fi­ca­tion car on n’a pas for­cé­ment be­soin ou en­vie d’al­ler jus­qu’à la cer­ti­fi­ca­tion. Mais au moins, ser­vez-vous de cette trame-là car elle donne glo­ba­le­ment le fil rouge à suivre pour être ef­fi­cace dans une telle dé­marche. Ca­the­rine Mou­tet. Au­jourd’hui, plus de la moi­tié des en­tre­prises n’ont pas de stra­té­gie ISO 50001, donc je re­com­mande vi­ve­ment de faire un au­dit éner- gé­tique, mais un au­dit qui soit vrai­ment de qua­li­té pour faire émer­ger les po­ten­tiels d’éco­no­mie éner­gé­tique, de bien les éva­luer et de tra­vailler sur une ca­pa­ci­té de fi­nan­ce­ment. Sur ce der­nier point, je dois dire qu’il existe en France – et ce­la doit aus­si être vrai dans d’autres pays - un manque de culture de l’in­ves­tis­se­ment non pro­duc­tif: on ne va pas in­ves­tir comme ça, na­tu­rel­le­ment, dans l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique, d’au­tant que les ré­seaux de fi­nan­ce­ment ne sont pas très en­clins à ça non plus car ils es­timent qu’il est dé­li­cat de quan­ti­fier vé­ri­ta­ble­ment les éco­no­mies d’éner­gie réa­li­sables. Quoi qu’il en soit, l’au­dit éner­gé­tique, c’est de toute fa­çon le dé­but d’une dé­marche ISO 50001 car ce­la consti­tue la base de cette norme qui uti­lise le terme de re­vue éner­gé­tique. J’ai dit tout à l’heure que les in­dus­triels n’étaient pas as­sez en­ga­gés dans une dé­marche d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique, mais je ne suis tou­te­fois pas sur­prise de consta­ter que Mes­sieurs Hell et Josse té­moignent d’un fré­mis­se­ment de la part de leurs clients dans ce do­maine car, au-de­là de la prise de conscience, ce­la est éga­le­ment lié à la ré­cente obli­ga­tion d’au­dit éner­gé­tique pour les en­tre­prises de plus de 250 sa­la­riés. Mais beau­coup d’en­tre­prises ont pro­cé­dé à des au­dits low cost, donc peu ef­fi­cients, qui, au fi­nal, leur ont fait perdre de l’ar­gent. J’in­siste donc sur l’im­por­tance de réa­li­ser un au­dit de qua­li­té. En France, dans la ré­gle­men­ta­tion de l’au­dit éner­gé­tique obli­ga­toire pour les en­tre­prises de plus de 250 sa­la­riés, il est exi­gé que l’au­dit soit réa­li­sé se­lon la norme eu­ro­péenne NF EN 16247 qui sti­pule no­tam­ment que l’au­dit doit être réa­li­sé en 7 étapes avec né­ces­sai­re­ment une vi­site sur site. Et l’ex­pé­rience montre que quand l’au­dit réa­li­sé est de de qua­li­té, l’in­dus­triel se met pro­gres­si­ve­ment en ordre de marche pour ren­trer dans une cer­ti­fi­ca­tion ISO 50001. Car une fois l’au­dit réa­li­sé, tout s’en­chaîne : on a les usages éner­gé­tiques clai­re­ment iden­ti­fiés, on a des si­tua­tions éner­gé­tiques de ré­fé­rence, on peut mettre en place des plans d’ac­tions construits et des ob­jec­tifs, mettre en oeuvre un plan de me­su­rage, la di­rec­tion peut s’en­ga­ger, dé­fi­nir la po­li­tique éner­gé­tique de l’en­tre­prise, etc.

Me­sures. Quelle est la phi­lo­so­phie de L’ISO 50001? Quels sont ses ob­jec­tifs?

Ca­the­rine Mou­tet. La phi­lo­so­phie de L’ISO 50001, c’est de se pla­cer dans une dy­na­mique d’amé­lio­ra­tion conti­nue de la per­for­mance éner­gé­tique avec tout un cadre mé­tho­do­lo­gique qui, pro­gres­si­ve­ment, vous amène à dé­fi­nir vos plans d’ac­tions et sur­tout à mettre en oeuvre une dé­marche qui as­so­cie tous les ac­teurs de l’en­tre­prise concer­nés au­tour de la table. Ce n’est plus uni­que­ment l’apa­nage des spé­cia­listes de l’éner­gie, mais quelque chose qui sort du do­maine tech­nique, car cette dé­marche doit éga­le­ment être prise en compte par les res­sources hu­maines, par les ser­vices achats, ce qui est très im­por­tant, par tous ceux qui in­ter­viennent dans la concep­tion, etc. Il s’agit d’un mou­ve­ment col­lé­gial au ni­veau de l’en­tre­prise. L’ISO 50001 a été pu­blié en 2011, mais une nou­velle ver­sion est en cours de fi­na­li­sa­tion avec, no­tam­ment, le rôle de la di­rec­tion qui a été ren­for­cé. Une di­rec­tion qui joue vé­ri­ta­ble­ment un rôle de dé­clen­cheur et qui doit être très im­pli­quée dans la mise en oeuvre de cette norme dans l’en­tre­prise. Des no­tions de me­sure et de vé­ri­fi­ca­tion de la per­for­mance éner­gé­tique ont éga­le­ment été in­tro­duites dans cette nou­velle mou­ture de la norme, car il ne s’agi­ra pas uni­que­ment de dé­mon­trer l’amé­lio­ra­tion conti­nue de l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique, mais il se­ra exi­gé, dès le dé­but de l’ap­pli­ca­tion de la fu­ture ver­sion de la norme, de dé­mon­trer que d’une an­née à l’autre, on a réa­li­sé un « del­ta » d’amé­lio­ra­tion de per­for­mance éner­gé­tique. Amé­lio­rée et flui­di­fiée au ni­veau de sa ré­dac­tion, la pro­chaine ver­sion de la norme ISO 50001 se­ra pu­bliée vrai­sem­bla­ble­ment en juillet ou août 2018.

Me­sures. Quels sont les avan­tages de L’ISO 50001 par rap­port à un simple au­dit éner­gé­tique? Alain Josse. L’ISO 50001 donne un fil conduc­teur vrai­ment ef­fi­cace. Et au-de­là de L’ISO 50001 pro­pre­ment dite, il y a tous les an­nexes et les do­cu­ments ré­fé­rents – c’est-à-dire les do­cu­ments qui font ré­fé­rence aux in­di­ca­teurs de per­for­mance éner­gé­tique, à la re­vue éner­gé­tique, etc.– qui sont fort utiles car ils

Sou­vent, l’in­dus­triel est dé­mu­ni quant à la mé­thode à mettre en place pour dé­bu­ter un plan d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique et il n’est pas for­cé­ment au cou­rant des aides dont il peut bé­né­fi­cier. ” Alain Josse, Ener­dis

four­nissent tout un en­semble de termes et de no­tions qui vont vrai­ment ai­der à nour­rir et construire sa ré­flexion. L’au­dit, lui, a le mé­rite d’ap­por­ter une cer­taine ré­flexion sur la consom­ma­tion de l’en­tre­prise et sur les éco­no­mies réa­li­sables. Mais il doit être re­nou­ve­lé tous les quatre ans. Or quand on se lance dans une dé­marche ISO 50001, on est obli­gé de réa­li­ser un au­dit ou une re­vue éner­gé­tique, peu im­porte le nom qu’on lui donne. Donc au­tant s’ap­puyer sur le pre­mier au­dit réa­li­sé pour dé­mar­rer une cer­ti­fi­ca­tion ISO 50001 et mettre en place un plan de comp­tage. Comme je le dis sou­vent à nos clients, il faut dé­mys­ti­fier la mise en place de L’ISO 50001. Il faut ac­cep­ter de ti­tu­ber pour ap­prendre à mar­cher. C’est-à-dire qu’au dé­part, je ne vais peut-être pas for­cé­ment mettre en place les bons plans de comp­tage tout de suite, mais ce­la me per­met­tra en­suite d’af­fi­ner mon dis­po­si­tif pour qu’il soit plus ef­fi­cace. C’est la ver­tu de l’échec. Il faut aus­si ac­cep­ter de réa­li­ser ce­la de fa­çon pro­gres­sive. J’ai sou­vent des clients qui pensent qu’il faut ins­tru­men­ter 100 ou 200 points de comp­tage sur leur ins­tal­la­tion pour faire un sui­vi éner­gé­tique et que ce­la va du coup leur coû­ter une for­tune. Notre dis­cours est alors de leur dire de com­men­cer pe­tit, avec la mise en place d’un nombre de points de sur­veillance li­mi­té, de maî­tri­ser cette pre­mière étape, et en­suite, après une pé­riode de 6 à 8 mois d’uti­li­sa­tion, d’aug­men­ter leurs points de comp­tage pro­gres­si­ve­ment. De la même ma­nière, comme je le dis sou­vent, on peut com­men­cer une ana­lyse de l’amé­lio­ra­tion de sa per­for­mance éner­gé­tique avec un simple fi­chier Ex­cel pour consi­gner les in­dices de consom­ma­tion. Car même si cette mé­thode est un peu som­maire et manque de fi­nesse, ce­la per­met par­fois de mettre en exergue cer­taines choses dont on ne s’était pas for­cé­ment aper­çu au dé­part. Pas la peine d’em­blée de mettre en place un lo­gi­ciel de su­per­vi­sion com­plexe même si, in fine, ce­lui-ci s’avère pro­ba­ble­ment in­dis­pen­sable une fois que l’ins­tal­la­tion au­ra gran­di. Pa­trick Hell. L’ISO 50001 pos­sède la grande ver­tu de nous em­me­ner vers de l’amé­lio­ra­tion conti­nue. C’est vrai­ment ce­la que les gens doivent re­te­nir de cette dé­marche-là. Et ce que l’on voit ré­gu­liè­re­ment chez les in­dus­triels, c’est que les gens font ce­la de ma­nière as­sez prag­ma­tique, en dé­fi­nis­sant le poste de consom­ma­tion le plus im­por­tant, en fai­sant une ana­lyse dé­taillée, et plus uni­que­ment do­cu­men­taire, en al­lant sur site di­rec­te­ment sur l’ins­tal­la­tion afin de faire le point sur les équi­pe­ments concer­nés. Et on avance ain­si, pas à pas. Et ce qui est im­por­tant avec le ré­fé­ren­tiel ISO 50001, c’est qu’il struc­ture cette dé­marche, même si cette der­nière se fait très pro­gres­si­ve­ment. Gilles Si­mon. Je suis d’ac­cord en grande par­tie avec tout ce qui a été dit, no­tam­ment par Mon­sieur Hell, sur le fait que, quand on s’en­gage dans une dé­marche ISO 50001, on s’en­gage dans une dé­marche d’amé­lio­ra­tion conti­nue. Mais je suis un peu sur­pris de la com­pa­rai­son entre au­dit éner­gé­tique d’une part et dé­marche ISO 50001 d’autre part car, pour moi, il s’agit de deux choses qu’il est dif­fi­cile de com­pa­rer. Dans le pre­mier cas, il s’agit d’une pho­to­gra­phie à l’ins­tant « t » de la si­tua­tion de l’en­tre­prise en termes d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique, et dans le se­cond, il s’agit d’un che­min que l’on em­prunte. Alors, il est vrai qu’il existe des bons et des mau­vais diag­nos­tics éner­gé­tiques, mais il y a aus­si le fait que, quand un diag­nos­tic éner­gé­tique est réa­li­sé, il faut l’uti­li­ser, l’ex­ploi­ter. Le sou­ci est que l’on peut être tout à fait conforme à la ré­gle­men­ta­tion en fai­sant un diag­nos­tic éner­gé­tique tous les 4 ans et en le met­tant au fond d’un ti­roir. Et je vais même plus loin, pour al­ler à l’ex­trême de la dé­marche d’amé­lio­ra­tion conti­nue que pro­pose L’ISO 50001: on n’est même pas obli­gé de faire un diag­nos­tic éner­gé­tique. C’est-à-dire que comme l’a dit Mon­sieur Hell, on a mis en place des cer­ti­fi­ca­tions ISO 50001 sur cer­tains sites de ma­nière très simple, avec pour seule ins­tru­men­ta­tion un comp­teur EDF à l’en­trée du bâ­ti­ment et pour seul diag­nos­tic éner­gé­tique une ana­lyse de bon sens de la per­sonne en charge de la main­te­nance ou de l’éner­gie. Le coeur de L’ISO 50001, c’est ef­fec­ti­ve­ment d’être dans une dé­marche d’amé­lio­ra­tion conti­nue et de sa­voir quelles sont les éner­gies que j’uti­lise, quels sont mes gros usages éner­gé­tiques. Est-ce l’éclai­rage, le chauf­fage, la cli­ma­ti­sa­tion, le pro­cess de pein­ture, les fours, les étuves, etc.? En­suite, on met en place des comp­tages sur ces usages pour sa­voir quelle quan­ti­té d’éner­gie est consom­mée exac­te­ment, puis on af­fine si be­soin au fur et à me­sure que l’on ac­cu­mule de l’in­for­ma­tion pro­ve­nant de ces points de comp­tage. Par exemple, si l’on s’aper­çoit que l’un des usages éner­gé­tiques ré­per­to­riés est moins im­por­tant que pré­vu ou, au contraire, que l’on a ou­blié un usage au dé­part, on pour­ra ajus­ter au mieux l’ins­tru­men­ta­tion pour que le comp­tage soit plus ef­fi­cace. Donc, on voit bien que l’on est dans une dé­marche d’amé­lio­ra­tion conti­nue et qu’il n’est pas né­ces­saire d’y consa­crer beau­coup de moyens au dé­part. Il faut vrai­ment dé­mys­ti­fier la po­li­tique d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique qui ne doit en au­cun cas être la chasse gar­dée des gros in­dus­triels. Une PME de 10 ou 20 per­sonnes peut très bien avoir un in­té­rêt à dé­mar­rer pro­gres­si­ve­ment une telle dé­marche sans se ruiner. Ca­the­rine Mou­tet. Je vou­drais sim­ple­ment pré­ci­ser qu’il n’est bien évi­dem­ment pas ques­tion de com­pa­rer au­dit éner­gé­tique et dé­marche ISO 50001 – ce n’est clai­re­ment pas la même chose– mais plu­tôt d’es­sayer de les re­lier. No­tam­ment, et je le ré­pète, parce qu’il est im­por­tant de réa­li­ser un au­dit de qua­li­té, en sa­chant qu’il se­ra pos­sible de l’uti­li­ser dans une dé­marche ISO 50001.

L’ISO 50001 pos­sède la grande ver­tu de nous em­me­ner vers de l’amé­lio­ra­tion conti­nue de la per­for­mance éner­gé­tique.

re­te­nir. ” C’est ce­la qu’il faut Pa­trick Hell, En­dress+hau­ser

Les in­dus­triels ayant ob­te­nu la cer­ti­fi­ca­tion ISO 50001 sont gé­né­ra­le­ment très contents des ré­sul­tats ob­te­nus, no­tam­ment parce que les in­ves­tis­se­ments consen­tis sont tout à fait mi­neurs par rap­port aux bé­né­fices ré­col­tés. ” Ca­the­rine Mou­tet, Af­nor

De gauche à droite : Ca­the­rine Mou­tet, res­pon­sable Af­nor Ener­gies, Pa­trick Hell, di­rec­teur mar­ke­ting d‘en­dress+hau­ser France, Alain Josse, res­pon­sable cel­lule ap­pli­ca­tion Sys­tème Ges­tion Ener­gie chez Ener­dis (groupe Chau­vin Ar­noux) et Gilles Si­mon, ex­pert en­vi­ron­ne­ment et éner­gie chez Sch­nei­der Elec­tric.

Une as­sem­blée at­ten­tive a écou­té les re­com­man­da­tions de nos ex­perts pour dé­mar­rer une dé­marche d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique dans les meilleures condi­tions pos­sibles.

Une po­li­tique d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique ne né­ces­site pas for­cé­ment de gros moyens: une PME de 10 ou 20 per­sonnes peut très bien dé­mar­rer pro­gres­si­ve­ment une telle dé­marche sans se ruiner. ” Gilles Si­mon, Sch­nei­der Elec­tric

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