« Le MES doit évo­luer pour s’adap­ter à l’in­dus­trie du fu­tur »

Lors de la ma­ni­fes­ta­tion glo­bal in­dus­trie qui s’ est dé rou­lée en mars der­nier à ville pinte, Me­sure sa ani­mé une table ronde sur le grand pla­teau TV ins­tal­lé au coeur du sa­lon, de­vant plus de 200 per­sonnes, sur le thème: «La place cen­trale du MES dans l’

Mesures - - Front Page - Pro­pos recueillis par Pas­cal Coutance

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Me­sures. Dans vos sec­teurs res­pec­tifs, qui s’avèrent très dif­fé­rents, vos so­cié­tés sont toutes uti­li­sa­trices de so­lu­tions MES ( Ma­nu­fac­tu­ring Exe­cu­tion Sys­tem). Mais avant d’évo­quer vos re­tours d’ex­pé­rience sur ce thème,pou­vez-vous pré­sen­ter briè­ve­ment vos en­tre­prises, leurs sec­teurs d’ac­ti­vi­té, ain­si que le cadre dans le­quel vous uti­li­sez les so­lu­tions MES que vous avez choi­sies et dé­ployées? Fa­brice Car­tron. Al­bea est une so­cié­té spé­cia­li­sée dans le pa­cka­ging plas­tique des­ti­né à la cos­mé­tique avec dif­fé­rentes lignes de pro­duits comme des tubes pour le den­ti­frice, le mas­ca­ra, le rouge à lèvres, etc., et aus­si tout ce qui concerne les pompes pla­cées dans ces tubes. Notre mé­tier, à la base, c’est l’in­jec­tion plas­tique, mais fi­na­le­ment, avec nos dif­fé­rentes lignes de pro­duits, nous abor­dons des pro­blé­ma­tiques dif­fé­rentes: la pro­duc­tion en ligne, l’as­sem­blage, l’in­jec­tion, etc. Chez Al­bea, l’uti­li­sa­tion d’un MES n’est pas nou­velle dans le sens où ce­la fait dé­jà long­temps que cer­taines de nos usines ont mis un MES en place. En fait, il s’agis­sait plu­tôt de sys­tèmes de TRS ( taux de ren­de­ment syn­thé­tique, NDLR), de sui­vi de dé­fi­cience, et pas à pro­pre­ment par­ler d’un vrai pro­gi­ciel MES avec dif­fé­rents mo­dules in­té­grés. C’est en fait à la mi-2015 que la mise en oeuvre d’un vé­ri­table MES a dé­bu­té dans une im­por­tante usine que nous pos­sé­dons au Mexique, avec un be­soin de mettre en place un pro­gi­ciel MES cou­vrant à la fois le sui­vi des dé­fi­ciences, le sui­vi de pro­duc­tion, la tra­ça­bi­li­té, le sui­vi de qua­li­té et la maî­trise sta­tis­tique des pro­cé­dés. À l’époque, on a cher­ché un lo­gi­ciel gé­né­ra­liste car on avait trois lignes de pro­duits avec des pro­blé­ma­tiques dif­fé­rentes –l’in­jec­tion plas­tique, l’as­sem­blage, la fa­bri­ca­tion en ligne. Ce que l’on sou­hai­tait avoir, c’était un lo­gi­ciel per­met­tant de mo­dé­li­ser ces dif­fé­rents types de pro­cess. L’ex­pé­rience a dé­mar­ré par un choix d’ou­til, on l’a en­suite im­plé­men­té et ac­tuel­le­ment, après deux ans et de­mi d’ex­ploi­ta­tion, on con­ti­nue tou­jours le dé­ploie­ment de notre sys­tème sur l’usine du Mexique. Et on com­mence à l’étendre pro­gres­si-

Les édi­teurs de MES doivent im­pé­ra­ti­ve­ment suivre les évo­lu­tions tech­no­lo­giques, si­non ils mour­ront. Ils ont pris le vi­rage de l’in­tui­ti­vi­té et de l’er­go­no­mie avec les ter­mi­naux mo­biles et les écrans tac­tiles. La pro­chaine étape se­ra l’in­té­gra­tion avec l’iot in­dus­triel et la ma­nu­fac­tu­ring in­tel­li­gence.” Fa­brice Car­tron, IS Sup­ply Chain Ma­na­ger du groupe Al­bea

ve­ment sur nos usines de pro­duc­tion de tubes, avec un ca­hier des charges un peu dif­fé­rent. L’idée der­rière est d’avoir un pro­gi­ciel nous per­met­tant de stan­dar­di­ser nos mé­thodes, nos pro­cess, nos me­sures d’in­di­ca­teurs de pro­duc­tion, et aus­si de sé­cu­ri­ser tout ce qui est sui­vi de la qua­li­té des pro­cé­dés en ate­lier. On est sur une dé­marche de dé­ploie­ment pro­gres­sif et ce­la va cer­tai­ne­ment s’étendre dans les an­nées à ve­nir. Sté­phane Houd­mon. Au sein de Hut­chin­son, je m’oc­cupe en par­ti­cu­lier d’une ac­ti­vi­té du groupe liée à l’étan­chéi­té de pré­ci­sion. On fa­brique et on com­mer­cia­lise des pièces pour les équi­pe­men­tiers au­to­mo­biles. C’est 80% de notre bu­si­ness. La se­conde par­tie de l’ac­ti­vi­té concerne les pièces dé­diées à l’aé­ro­spa­tial, prin­ci­pa­le­ment en Eu­rope, mais aus­si un peu aux États-unis. L’ex­pé­rience du MES chez Hut­chin­son a dé­mar­ré de­puis plus de dix ans. Le point de dé­part de cette ex­pé­rience était vrai­ment le cô­té in­for­ma­tique in­dus­trielle, et c’était à l’ori­gine pour en­ca­drer les dé­ve­lop­pe­ments qui se fai­saient de fa­çon un peu anar­chique au­tour de nos ma­chines avec tout un tas de tech­no­lo­gies ven­dues par dif­fé­rents fa­bri­cants et des lo­gi­ciels divers et va­riés. Donc le pre­mier point était vrai­ment de maî­tri­ser la su­per­vi­sion de nos ma­chines. Et de fil en ai­guille, on s’est ren­du compte qu’avec l’ou­ver­ture de l’in­for­ma­tique in­dus­trielle vers l’in­for­ma­tique de ges­tion – puisque l’in­té­rêt d’un MES par rap­port à un simple ou­til de su­per­vi­sion, c’est de ré­cu­pé­rer les in­for­ma­tions cô­té in­for­ma­tique de ges­tion et d’en faire quelque chose– il y avait un po­ten­tiel et on avait une ca­pa­ci­té à pou­voir cap­ter l’évé­ne­ment, un évé­ne­ment pro­duc­tion, un évé­ne­ment sur une ma­chine, et à uti­li­ser cet évé­ne­ment pour en faire quelque chose. La pre­mière uti­li­sa­tion, c’était vrai­ment une vi­sion comp­table des choses, et au fur et à me­sure on a mon­té des mo­dèles de dé­ploie­ment, on a dé­ve­lop­pé à l’aide du MES qu’on avait choi­si - qui est l’ou­til Coox de la so­cié­té Or­di­nal - une offre core mo­del. Et au­jourd’hui, on dé­ploie, sur toutes nos usines eu­ro­péennes, un core mo­del ba­sé sur cet ou­til en in­ter­face avec nos ma­chines, nos équi­pe­ments, et avec notre ERP qui est sur la couche su­pé­rieure. Ju­lien Eh­ret. Chez Lohr In­dus­trie, nous avons trois grandes fa­milles de pro­duits. On fa­brique des portes de voi­ture, des sys­tèmes de fer­rou­tage et des sys­tèmes pour vé­hi­cules lo­gis­tiques à des­ti­na­tion des ar­mées du monde. Donc nous sommes très orien­tés mé­tal­lur­gie. Sur notre site à proxi­mi­té de Stras­bourg, qui

compte en­vi­ron 1500 per­sonnes, nous dis­po­sons ain­si d’ac­ti­vi­tés de dé­coupe et de dé­bi­tage qui ac­cueillent pas mal de ma­chines qui sont plus ou moins au­to­ma­ti­sées – ma­chines de dé­coupe la­ser, plieuses, etc. Nous avons éga­le­ment une par­tie mé­ca­no-sou­dure où le tra­vail est ex­trê­me­ment ma­nuel, même si l’on pos­sède quelques ro­bots de sou­dure. En­fin, on ter­mine le flux de pro­duc­tion avec un pôle d’as­sem­blage avec, là en­core, un pro­cess ex­trê­me­ment ma­nuel. Donc, dans ce cadre, la so­lu­tion MES que l’on a mise en place avec As­trée, est une so­lu­tion dé­ployée au plus près des opé­ra­teurs avec des sys­tèmes d’écrans tac­tiles que l’on met vrai­ment à cô­té de cha­cune des ma­chines ou de cha­cun des îlots de pro­duc­tion, de sorte que les opé­ra­teurs, à chaque fois qu’ils vont dé­mar­rer une tâche ou une ac­ti­vi­té, puissent al­ler la sai­sir et la ren­sei­gner fa­ci­le­ment dans le MES. En­suite, l’en­semble des évé­ne­ments et des in­for­ma­tions que les opé­ra­teurs vont sai­sir dans ce lo­gi­ciel, va re­mon­ter en temps réel dans notre sys­tème de ges­tion sur l’en­semble du site, per­met­tant ain­si à tous nos col­la­bo­ra­teurs d’avoir l’in­for­ma­tion en temps réel de ce qui se passe dans l’ate­lier de pro­duc­tion. Sté­phane Ca­zat. Nous sommes un équi­pe­men­tier au­to­mo­bile qui a vo­ca­tion à ne pas être connu du grand pu­blic puisque nous tra­vaillons sur les sys­tèmes de sé­cu­ri­té pas­sifs. Nous sommes pre­mier équi­pe­men­tier au­to­mo­bile, lea­der mon­dial, dans le do­maine de l’air­bag, sous quelques dé­cli­nai­sons que ce soit, mais aus­si des cein­tures de sé­cu­ri­té avec les ren­vois ré­glables, les pré­ten­sion­neurs, etc. Dans ce cadre, nous dis­po­sons d’un peu plus de 80 usines dans le monde sur tous les conti­nents, dont un peu moins d’une tren­taine en Eu­rope, et nous pro­dui­sons à la fois des air­bags et des cein­tures que l’on as­semble. Pour cer­tains com­po­sants que l’on es­time cri­tiques, nous avons éga­le­ment nos propres usines de pro­duc­tion. Je parle par exemple des sangles de cein­tures, des pênes ( par­tie mé­tal­lique d’une cein­ture de sé­cu­ri­té qui s’in­sère dans le boî­tier de ver­rouillage, NDLR). Pour la so­lu­tion MES mise en place, nous de­vions com­po­ser à la fois avec de l’as­sem­blage sur des lignes qui sont as­sez courtes, avec un en­semble li­mi­té d’élé­ments et d’opé­ra­teurs, de la ro­bo­ti­sa­tion bien sûr, et aus­si des usines da­van­tage liées à des pro­cess pour les­quels nos pré­oc­cu­pa­tions en termes de MES sont com­plè­te­ment dif­fé­rentes puis­qu’il ne s’agit plus de tra­cer plus ou moins le com­po­sant ou d’au­to­ma­ti­ser des ma­chines, mais réel­le­ment de tra­cer ce qui s’est pro­duit au-des­sus de ce com­po­sant. Quand un rou­leau de mé­tal de­vient un pêne de cein­ture de sé­cu­ri­té qui a été chro­mé et qui a su­bi une in­jec­tion plas­tique, on voit bien que ce­la fait in­ter­ve­nir beau­coup de sys­tèmes is­sus de fa­milles très dif­fé­rentes. Ça ex­plique pour­quoi, d’un point de vue de notre in­fra­struc­ture, même si nous avons une in­fra­struc­ture cible au sens com­po­sant lo­gi­ciel que l’on met en oeuvre, on peut avoir une va­ria­bi­li­té liée à la branche pro­duit, mais aus­si aux ré­gions et à l’âge des sys­tèmes. Car notre en­tre­prise existe main­te­nant de­puis plus de 50 ans et s’est construite soit par ac­qui­si­tions, soit en créant de nou­velles d’usines qui re­çoivent im­mé­dia­te­ment le nou­veau sys­tème. Pour les an­ciennes usines, il existe sou­vent une phase de tran­si­tion pour al­ler vers le nou­veau sys­tème, ce qui ex­plique qu’en termes de so­lu­tions MES, au­jourd’hui, on va trou­ver dans notre cible une so­lu­tion Apri­so qui va être po­si­tion­née sur­tout sur du flux lo­gis­tique pour al­ler jus­qu’en bord de ligne, et qui peut même en­trer dans la ligne quand on n’a pas de sys­tèmes de lignes qui, eux, sont liés aux ma­chines. Donc on a des pe­tits MES stan­da­lone qui tournent en lo­cal par rap­port à une ligne de pro­duc­tion et qui, en­suite, vont s’in­ter­fa­cer avec la so­lu­tion Apri­so qui va jouer le rôle de liant in­ter­ligne ou plus glo­ba­le­ment qui peut se sub­sti­tuer, même ac­qué­rir de la tra­ça­bi­li­té si on n’a rien d’autre. Le point cru­cial, c’est d’avoir un sys­tème mo­du­laire parce qu’on a été confron­té, comme beau­coup d’in­dus­triels je pense, à une vo­lon­té d’être à la fois per­for­mant, c’est-à-dire qu’on ne peut pas se per­mettre d’avoir des temps d’ac­qui­si­tion de don­nées trop longs par rap­port au pro­cess, et in­dé­pen­dant au sens au­to­nome en termes de fonc­tion­ne­ment, c’est-à-dire que chaque cel­lule peut fonc­tion­ner de ma­nière au­to­nome de sorte que même s’il se passe quelque chose au ni­veau su­pé­rieur, par exemple un in­ci­dent ré­seau, ce­la doit être trans­pa­rent sur notre exé­cu­tion, du moins en ce qui concerne la pro­duc­tion de la ligne. Il n’y a au­cune rai­son qu’une ligne

Avant de consi­dé­rer la place du MES dans l’in­dus­trie du fu­tur, il fau­drait peut-être se de­man­der si le MES sa­tis­fait les exi­gences de l’in­dus­trie du pré­sent. Je consi­dère que les évo­lu­tions ac­tuelles du MES consti­tuent une re­mise à ni­veau dans le pré­sent, avec dé­sor­mais une bonne cou­ver­ture fonc­tion­nelle.” Sté­phane Ca­zat, ACE Lead Ar­chi­tect MES/LES chez Au­to­liv

s’ar­rête parce qu’il y a un in­ci­dent ré­seau ou un ser­veur cen­tral qui tombe en panne. Et nous avons réus­si à avoir réel­le­ment une mo­du­la­ri­sa­tion qui part d’abord des cel­lules ma­nu­fac­tu­ring qui, elles, ont un sys­tème com­plè­te­ment au­to­nome avec des sys­tèmes de ré­pli­ca­tion pour de la tra­ça­bi­li­té, et qui s’in­ter­face uni­que­ment quand on a be­soin de prendre le re­lais d’un point de vue lo­gis­tique avec, entre autres, la so­lu­tion Apri­so. La haute dis­po­ni­bi­li­té a vrai­ment été le point d’orgue qui nous a pous­sé à faire cer­tains choix d’in­fra­struc­ture.

Me­sures. Vous avez tous plu­sieurs an­nées d’uti­li­sa­tion de MES. Quels bé­né­fices en avez-vous ti­ré après ces an­nées d’ex­pé­rience? Ju­lien Eh­ret. Chez Lohr In­dus­trie, le bé­né­fice a été as­sez im­mé­diat. Avant la so­lu­tion MES, dans l’en­semble de nos ate­liers de fa­bri­ca­tion, on tra­vaillait avec des ou­tils pa­pier, no­tam­ment des dos­siers de fa­bri­ca­tion pa­pier, dans les­quels les opé­ra­teurs, lors­qu’ils dé­mar­raient ou ter­mi­naient une tâche, de­vaient ren­sei­gner de ma­nière ma­nus­crite sur le dos­sier de fa­bri­ca­tion tous les pro­blèmes qu’ils avaient pu ren­con­trer, les quan­ti­tés pro­duites, les temps pas­sés, etc. Ce qui per­met­tait aus­si d’éta­ler un peu les pro­blèmes sur toute la jour­née. On pou­vait un peu di­luer sur l’en­semble des ordres de fa­bri­ca­tion ré­par­tis dans la jour­née, les temps pas­sés à ré­pa­rer des ma­chines, à trai­ter des pro­blèmes de ma­nu­ten­tion, etc. Et de­puis la mise en place du MES, ce sont vrai­ment des choses que l’on ar­rive main­te­nant à faire en de­man­dant à l’opé­ra­teur d’al­ler sur le sys­tème MES à chaque fois qu’il ren­contre un pro­blème ou un aléa et il va tout de suite si­gna­ler son pro­blème, sor­tir de son dos­sier de fa­bri­ca­tion ou de son ordre de fa­bri­ca­tion, ré­pa­rer sa ma­chine ou faire sa ma­nu­ten­tion sur une tâche in­di­recte. Et une fois qu’il aura ache­vé cette tâche in­di­recte, il pour­ra re­ve­nir sur son ordre de fa­bri­ca­tion.tout ce­la per­met d’avoir des re­mon­tées sur l’en­semble des temps in­di­rects, et donc des temps de non­va­leur ajou­tée que l’on peut avoir dans l’en­tre­prise. On peut alors re­mon­ter des chiffres plus ra­pi­de­ment et un pe­tit peu plus dans le dé­tail qu’un taux de pro­duc­tion ou un TRS qui se­rait un peu trop glo­bal. Et on éli­mine des tâches à faible va­leur ajou­tée pour l’opé­ra­teur comme, par exemple, la sai­sie sur pa­pier. Sté­phane Houd­mon. L’uti­li­sa­tion d’un MES a chan­gé beau­coup de choses. Bien évi­dem­ment ce que l’on re­cherche quand on met en place un ou­til de ce type, c’est ef­fec­ti­ve­ment de la pro­duc­ti­vi­té. La pro­duc­ti­vi­té sur la ma­chine, ef­fec­ti­ve­ment, on la ré­cu­père par les élé­ments ha­bi­tuels: la sim­pli­fi­ca­tion des tâches ad­mi­nis­tra­tives, c’est-à-dire qu’on tend vers le zé­ro pa­pier, la qua­li­té des in­for­ma­tions de ré­glage et sur­tout la ca­pa­ci­té à pou­voir vé­ri­fier ra­pi­de­ment l’état des lieux de l’ate­lier. Car sans le MES, il faut faire le tour des ma­chines alors qu’avec le MES, on concentre ces in­for­ma­tions à l’in­té­rieur d’une base de don­nées donc, du coup, on a des sta­tis­tiques glo­bales sur l’usine, ce qui est un point par­ti­cu­liè­re­ment in­té­res­sant. Et puis, ce­la nous per­met d’ana­ly­ser la qua­li­té de nos ma­chines, la ré­cur­rence des pro­blèmes, que ce soit cô­té pro­duit

ou cô­té pro­cess. Donc, tout ce­ci par­ti­cipe à l’amé­lio­ra­tion de la ren­ta­bi­li­té de nos sites. Sté­phane Ca­zat. Je trouve que c’est in­té­res­sant parce que quand on parle de MES, on peut lui as­so­cier dif­fé­rentes ty­po­lo­gies, on peut par­ler pro­duc­tion, bien sûr, pi­lo­tage des ma­chines. On peut par­ler aus­si flux. La pré­oc­cu­pa­tion chez Au­to­liv, ça a été de consi­dé­rer qu’on avait be­soin d’exé­cu­tion et de sys­tèmes d’exé­cu­tion, qu’on en avait des exis­tants – il fal­lait alors vé­ri­fier qu’ils ré­pon­daient bien au ca­hier des charges ou pas– et qu’on en avait po­ten­tiel­le­ment des in­exis­tants. Donc, on a à la fois conci­lié l’as­pect pro­duc­tion, l’as­pect qua­li­té, l’as­pect main­te­nance et aus­si l’as­pect lo­gis­tique, dans une ma­trice. Et pour ré­pondre à votre ques­tion, ce que nous ap­porte avant tout la mise en place d’un MES, c’est de pou­voir ac­com­pa­gner tous nos pro­ces­sus. L’autre point que le MES nous ap­porte, c’est de ré­pondre à un en­semble de pré­oc­cu­pa­tions et d’exi­gences nou­velles, en termes de tra­ça­bi­li­té no­tam­ment, tout en n’aug­men­tant pas, en ne per­tur­bant pas le tra­vail de l’opé­ra­teur. Dans le do­maine de l’au­to­mo­bile, nous avons un be­soin cer­tain de tra­ça­bi­li­té, be­soin qui s’est éten­du au fil des an­nées. Donc il faut ac­qué­rir tou­jours plus de don­nées tout en ne contri­buant pas à bais­ser l’ef­fi­ca­ci­té de la ligne. Le MES nous a réel­le­ment ap­por­tés un pro­cès stan­dard et plus de ca­pa­ci­té de contrôle de nos pro­cess et d’ac­qui­si­tion de don­nées pour la même charge de tra­vail. Fa­brice Car­tron. Je re­joins ce qui a été dit. Ce que je vou­drais ajou­ter, c’est que les opé­ra­teurs qui tra­vaillent avec un MES ne vou­draient s’en pas­ser pour rien au monde. Et ce­la dé­montre tout l’in­té­rêt de l’ou­til. On se pose tou­jours les mêmes ques­tions. Quel est le ROI de la so­lu­tion? De com­bien a-t-on amé­lio­ré le TRS ? De com­bien est des­cen­du le taux de re­but? Po­sons plu­tôt la ques­tion aux opé­ra­tion­nels, à ceux qui uti­lisent ces ou­tils. Ils ne re­vien­draient pas en ar­rière car on passe d’une si­tua­tion où on a un ERP et des fi­chiers Ex­cel à un ou­til vrai­ment de ter­rain, de ges­tion du temps réel, per­met­tant d’avoir des in­di­ca­teurs im­mé­diats et pas à J+1, J+2, etc., pour pi­lo­ter l’ate­lier. On me parle par­fois de pro­blème d’ac­cep­ta­bi­li­té des MES par les opé­ra­teurs. Mais la bonne ré­ponse à ap­por­ter, en­core mieux que la dé­mons­tra­tion de l’ou­til, c’est de faire té­moi­gner les gens qui l’uti­lisent et qui vous di­ront qu’ils ne veulent pas re­ve­nir en ar­rière. À tel point que quand le sys­tème n’est pas dis­po­nible, fi­na­le­ment, l’usine n’est qua­si­ment plus en état de tour­ner.

Me­sures. Fort de votre ex­pé­rience, quelles sont les trois ca­rac­té­ris­tiques qui per­met­traient de dé­fi­nir, se­lon vous, le MES idéal? Sté­phane Houd­mon. Le MES idéal, c’est d’abord, pour moi, l’agi­li­té d’im- plan­ta­tion. C’est vrai­ment un point pri­mor­dial. Le MES idéal doit aus­si être do­té d’une ca­pa­ci­té à être ou­vert sur tout un tas de connec­ti­vi­tés. Vé­ri­ta­ble­ment, le MES idéal de­vrait per­mettre ce genre de choses, avec en plus, la ca­pa­ci­té à s’in­té­grer avec les nou­veaux ou­tils, comme les ob­jets connec­tés. Mais, vrai­ment, en pre­mier lieu, je place l’agi­li­té. Ju­lien Eh­ret. Le maître mot du dé­ploie­ment du MES au sein de Lohr In­dus­trie, c’était vrai­ment la sim­pli­ci­té. Sim­pli­ci­té d’exé­cu­tion, sim­pli­ci­té d’uti­li­sa­tion, no­tam­ment pour les opé­ra­teurs. Il fal­lait vrai­ment faire preuve de beau­coup d’em­pa­thie, se mettre à la place de l’opé­ra­teur dans sa tâche quo­ti­dienne, pour lui don­ner la pos­si­bi­li­té d’uti­li­ser un ou­til qui va l’ai­der et évi­ter les choses qui pour­raient frei­ner son ef­fi­ca­ci­té. Il faut par exemple évi­ter d’avoir à faire 4 ou 5 clics pour dé­cla­rer une dé­faillance ma­chine. C’est beau­coup trop long. Je suis aus­si d’ac­cord sur le fait que l’agi­li­té de l’ou­til est pri­mor­diale, ain­si qu’une fa­ci­li­té de connexion avec l’en­semble des autres sys­tèmes in­for­ma­tiques qui gra­vitent au sein de la so­cié­té. Le MES doit être le plus trans­pa­rent pos­sible dans l’ate­lier. Sté­phane Ca­zat. Na­tu­rel­le­ment, je re­pren­drai les qua­li­fi­ca­tifs évo­qués par mes col­lègues. La trans­pa­rence, c’est vrai­ment un point cru­cial car un MES, ce n’est pas for­cé­ment quelque chose qui est vi­sible. Il doit être trans­pa­rent en termes d’usage, mais aus­si en termes de tech­ni­ci­té. C’est-à-dire qu’il doit être ca­pable d’al­ler jus­qu’à la ma­chine. Par­mi les autres ca­rac­té­ris­tiques du MES idéal, je ra­jou­te­rai éga­le­ment la sim­pli­ci­té, la mo­du­la­ri­té, la pos­si­bi­li­té de créer des in­ter­faces hu­maines qui ont du sens

Les édi­teurs de MES ne doivent ja­mais s’as­seoir sur leurs ac­quis et doivent conti­nuer à in­no­ver pour s’adap­ter au mieux à l’évo­lu­tion de la pro­duc­tion. Par­mi les évo­lu­tions ré­centes des MES, on no­te­ra l’ajout de mo­dules de ges­tion de l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique des ma­chines de pro­duc­tion. ” Ju­lien Eh­ret, chef de pro­jets lo­gis­tique chez Lohr In­dus­trie

afin de ne pas ajou­ter de l’ad­mi­nis­tra­tif quand il n’y en a pas be­soin. Le der­nier point que j’évo­que­rai aus­si, c’est la dis­po­ni­bi­li­té, la per­for­mance de l’ou­til. Mais en au­cun cas, le MES ne doit pénaliser le tra­vail de l’opé­ra­teur. Il s’agit d’un ou­til fa­ci­li­ta­teur d’usage. Fa­brice Car­tron. J’ajou­te­rais éga­le­ment de mon cô­té l’er­go­no­mie, le fait d’avoir la bonne in­for­ma­tion vi­suelle au bon en­droit. Par exemple, sur l’ou­til que nous avons choi­si, Lighthouse, nous sommes sur des er­go­no­mies com­plè­te­ment web, sur du vi­suel avec des graphes, des jauges, etc. Là aus­si, on est pas­sé dans un monde très mo­derne par rap­port à ce qu’on avait ne se­rait-ce qu’il y a quelques an­nées. En com­plé­ment, je di­rais que le MES, c’est la co­lonne ver­té­brale de notre ma­nu­fac­tu­ring et ce­la le res­te­ra même au sein de l’in­dus­trie du fu­tur, j’en ai la convic­tion.

Me­sures. Alors jus­te­ment, par­lons de l’évo­lu­tion des so­lu­tions Mes.quelles sont les grandes ten­dances et grandes évo­lu­tions que vous avez pu dé­tec­ter dans ce do­maine ces der­nières an­nées? Ju­lien Eh­ret. Par­mi les grandes ten­dances que j’ai pu dé­tec­ter, no­tam­ment chez notre four­nis­seur As­trée, c’est l’étude éner­gé­tique des ma­chines. Il existe par exemple un mo­dule qui per­met de sur­veiller l’éner­gie consom­mée par les ma­chines. Lors­qu’une ma­chine tourne, elle uti­lise un cer­tain nombre de consom­mables, que ce soit du gaz, de l’élec­tri­ci­té, etc. Et lors­qu’elle ne consomme pas, on de­vrait aus­si avoir un ni­veau de seuil ou plu­tôt un ni­veau plan­cher de consom­ma­tion. Ce fai­sant, on peut dans cer­tains cas pré­voir une panne, par exemple en re­le­vant qu’une ma­chine est en train de fonc­tion­ner, mais qu’elle consomme 200% d’éner­gie ou 200% de consom­mables. Ce­la nous alerte sur le fait qu’il y a peut-être une main­te­nance à ef­fec­tuer quelque part avant que mon ou­til de pro­duc­tion ne tombe vrai­ment en panne. L’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique est une fonc­tion­na­li­té qui se ra­joute au­jourd’hui aux MES, alors que ce­la n’était pas for­cé­ment pris en compte il y a 5 ou 10 ans. Main­te­nant, on cherche un peu par­tout à amé­lio­rer son ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique au ni­veau des ma­chines. Sté­phane Houd­mon. Les évo­lu­tions es­sen­tielles que nous avons pu consta­ter avec l’ou­til qu’on uti­lise ré­gu­liè­re­ment, c’est ef­fec­ti­ve­ment l’aug­men­ta­tion de la cou­ver­ture fonc­tion­nelle avec l’ar­ri­vée de fonc­tion­na­li­tés per­met­tant de réa­li­ser des ana­lyses beau­coup plus pro­duc­tives qu’avant, des fa­ci­li­tés de connexion, des vi­suels gra­phiques bien plus éla­bo­rés que ce que l’on avait par le pas­sé et puis une fa­ci­li­té à pou­voir pro­duire une in­ter­face beau­coup plus er­go­no­mique et in­tui­tive. Et bien évi­dem­ment, l’ar­ri­vée des in­ter­faces tac­tiles a chan­gé com­plè­te­ment la donne dans nos usines. Sté­phane Ca­zat. C’est vrai que l’on voit beau­coup ces consi­dé­ra­tions d’er­go­no­mie, d’in­tui­ti­vi­té un peu liées avec ce que l’on ob­serve dans le grand pu­blic avec les écrans tac­tiles. Main­te­nant, la ques­tion que l’on peut se po­ser, c’est: sommes-nous dans l’usine du fu­tur ou dans l’usine du pré­sent? C’est dé­jà un dé­bat en soi. Avec notre ou­til MES, on a com­men­cé par une ver­sion qui avait juste des in­ter­face web et on est pas­sé un an et de­mi ou deux ans plus tard à une in­ter­face qui était di­rec­te­ment mon­tée sur des ipad, ou du moins sur des ter­mi­naux mo­biles un peu plus éla­bo­rés avec des couches tac­tiles qui cor­res­pon­daient à ce qu’on au­rait pu trou­ver dans le do­maine grand pu­blic il y a 5 ans. Je constate qu’il y a une évo­lu­tion très im­por­tante en termes d’in­ter­faces avec aus­si la course qui fait qu’il faut tou­jours cer­ti­fier les ma­té­riels sur les­quels on fait tour­ner ces in­ter­faces, qui de­viennent de plus en plus com­plexes. Je pren­drais l’exemple du pas­sage de CE7 vers An­droid. Com­ment les édi­teurs se po­si­tionnent-ils sur ce point? La cou­ver­ture fonc­tion­nelle s’est ef­fec­ti­ve­ment consi­dé­ra­ble­ment éten­due, avec des édi­teurs qui im­plé­mentent tou­jours da­van­tage de mo­dules. Chez Del­mia, édi­teur de la so­lu­tion Apri­so, il y a aus­si la lo­gique de conti­nui­té nu­mé­rique qui est es­sen­tielle, avec la pos­si­bi­li­té de por­ter les plans PLM di­rec­te­ment au ni­veau de l’opé­ra­teur, ce qui peut être très im­por­tant pour du dis­crete ma­nu­fac­tu­ring. De notre point de vue, je consi­dère que les évo­lu­tions ac­tuelles du MES consti­tuent une re­mise à ni­veau, pour être dans le pré­sent, de ma­nière ef­fi­cace, avec une bonne cou­ver­ture fonc­tion­nelle. Car quand on parle d’éli­mi­ner le pa­pier dans l’ate­lier, on n’est pas dans l’usine du fu­tur car on parle de rem­pla­cer des concepts du pas­sé. On est tout au plus dans l’usine du pré­sent. Et dans cer­tains cas, on est

en­core loin de ce simple concept ba­sique d’en­le­ver le pa­pier. Fa­brice Car­tron. Si l’on consi­dère un as­pect plus tech­no­lo­gique, en termes d’évo­lu­tion des pla­te­formes, on est pas­sé de MES très lo­ca­li­sés par site, avec des bases de don­nées sur site, à des offres web. C’est en tout cas le choix que nous avons fait pour des rai­sons de fa­ci­li­té pour un dé­ploie­ment fu­tur de ce MES et sa mise en place sur un ser­veur cen­tral avec un ac­cès web. Fi­na­le­ment, on est sur des ac­cès très client lé­ger, si on peut en­core uti­li­ser ce terme. C’est en fait un ac­cès web sur nos dif­fé­rents sites. Bien évi­dem­ment, nous n’avons pas la contrainte de dis­po­ni­bi­li­té que cer­tains in­dus­triels ont et nous ne pi­lo­tons pas non plus des ma­chines en di­rect avec notre MES, mais on col­lecte des don­nées. Néan­moins, je pense que c’est une grosse évo­lu­tion que j’ai pu consta­ter. À nou­veau, on est pas­sé d’un MES à ins­tal­ler très en lo­cal à des lo­gi­ciels qui pro­posent des ar­chi­tec­tures de plus en plus riches avec des offres cloud. Je trouve qu’il existe une conver­gence entre le reste des soft­wares et le MES qui, fi­na­le­ment, se mo­der­nise et se met à ni­veau sur cette par­tie-là.au-de­là de ça, connec­ti­vi­té, stan­dar­di­sa­tion de la connec­ti­vi­té sont des concepts très im­por­tants car on évite de dé­ve­lop­per des choses «très spé­ci­fiques». On a des in­ter­faces OPC pour les ma­chines et on a des in­ter­faces aus­si stan­dar­di­sées avec nos ERP. Donc, on est pas­sé d’un monde où à chaque fois on re­dé­ve­loppe à des four­nis­seurs qui pro­posent des ar­chi­tec­tures très stan­dar­di­sées. La fa­ci­li­té d’im­plé­men­ta­tion, c’est aus­si im­por­tant car si je veux le dé­ployer sur N sites, on peut al­ler vite puis­qu’on n’a pas tout à re­dé­fi­nir et à pa­ra­mé­trer.

Me­sures. Est-ce que les évo­lu­tions que vous dé­cri­vez les uns les autres suf­fi­ront pour que les MES s’ins­crivent de ma­nière pé­renne et du­rable dans l’in­dus­trie du fu­tur? Ju­lien Eh­ret. Je ne sais pas si ce­la suf­fi­ra, mais je pense que c’est une évo­lu­tion constante qu’il va fal­loir me­ner. Hier, on avait un MES ba­sique qui se conten­tait de re­mon­ter des in­for­ma­tions de pro­duc­tion ou les taux de pro­duc­tion. Là-des­sus, on va ajou­ter des mo­dules qua­li­té, des mo­dules main­te­nance, des mo­dules éner­gé­tiques, etc. Je pense que de­main, on va y gref­fer d’autres mo­dules qui vont nous ser­vir dans la pro­duc­tion de tous les jours et qui n’existent pas en­core au­jourd’hui. Les édi­teurs de MES ne doivent ja­mais s’as­seoir sur leurs ac­quis et doivent conti­nuer à in­no­ver pour s’adap­ter au mieux à l’évo­lu­tion de la pro­duc­tion. Sté­phane Houd­mon. Pour le fu­tur, il y a une ba­taille quand même au­tour de tout ça. Elle n’est pas for­cé­ment ga­gnée cô­té MES car il peut être aus­si concur­ren­cé par tout un tas de nou­velles tech­no­lo­gies. On voit poindre des tech­no­lo­gies très fa­ciles à im­plan­ter, ba­sées sur l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, la vi­déo, la cap­ture nu­mé­rique, etc. Les ou­tils tra­di­tion­nels du MES n’ont pas for­cé­ment ces orien­ta­tions au­jourd’hui. Le MES peut être aus­si contes­té par L’ERP sur un cer­tain nombre de choses. On voit des ERP qui in­tègrent main­te­nant des ges­tions de main­te­nance, des pla­ni­fi­ca­tions de plus en plus fines. Ces lo­gi­ciels-là évo­luent aus­si vers l’ins­tant, ce qui était vrai­ment le maître mot du MES par rap­port à L’ERP, pour al­ler cap­ter le mou­ve­ment. Et on voit poindre sur le mar­ché ef­fec­ti­ve­ment tout un tas de so­lu­tions très fa­ciles à im­plan­ter, très in­ter­con­nec­tées. Et l’en­jeu pour le MES va être ef­fec­ti­ve­ment de conser­ver son arme de dé­part, à sa­voir sa ca­pa­ci­té à pou­voir se connec­ter aux ma­chines. Mais il faut que les lo­gi­ciels MES soient dans la même li­gnée sur les ob­jets connec­tés, c’est-à-dire qu’ils puissent per­mettre d’in­té­grer fa­ci­le­ment les ob­jets connec­tés. On par­lait des ipad, de cap­ture vi­déo, des vi­déos en­ri­chies, etc. Pour les opé­ra­teurs, toute cette fa­ci­li­té, c’est vé­ri­ta­ble­ment cru­cial pour l’ave­nir du MES dans nos usines. En ré­su­mé, on peut dire que L’ERP a plu­tôt ten­dance à s’étendre vers les ni­veaux bas alors que l’iot a ten­dance à s’étendre vers le haut, avec le MES au mi­lieu. Il est clair que les fron­tières bougent entre ces dif­fé­rents sys­tèmes. Sté­phane Ca­zat. Der­rière le MES, on peut y voir dif­fé­rentes fonc­tions. Le MES lié aux ma­chines et qui ne fe­rait que ça sur les lignes de pro­duc­tion, on pour­rait tout aus­si bien le dé­ve­lop­per soi-même. C’est ce que l’on a choi­si de faire chez Au­to­liv. Et après, il y a le MES en tant que ser­vice, en tant que so­lu­tion, qui, elle, ne se­ra plus mo­no­li­thique. On n’ira pas vers un édi­teur pour lui de­man­der de faire un mul­ti-tout. Il ne faut pas faire avec le MES l’er­reur que l’on a faite avec les ERP d’hier dont on pen­sait qu’ils sau­raient tout faire et en­suite, au mo­ment où on com­mence à les uti­li­ser, on s’aper­çoit qu’ils sont bons dans cer­taines tâches et par­fois re­la­ti­ve­ment mau­vais dans d’autres. Donc pour moi, le MES dans le fu­tur, tel que je le vois, c’est réel­le­ment un MES en termes de ser­vices, qui est une in­fra­struc­ture mo­du­laire qui peut al­ler jus­qu’à un IOT,

pour­quoi pas, qui se­ra une par­tie du MES, mais la so­lu­tion va être pé­renne. Après, les édi­teurs qui iront sur quelque chose de très mo­du­laire qui sau­ra s’in­ter­con­nec­ter avec d’autres so­lu­tions du mar­ché à tra­vers des connec­teurs, y com­pris des so­lu­tions stan­dards d’au­jourd’hui comme de simples web ser­vices qui peuvent po­ser pro­blème, c’est comme ça que l’on voit l’évo­lu­tion du MES. C’est-à-dire que le MES va tou­jours exis­ter, mais en tant que mé­tier. Il n’y aura pas de MES mo­no­li­thique, mais un MES mo­du­laire qui est chez l’édi­teur un best-in-class qui se­ra re­con­nu, clai­re­ment in­ter­fa­cé avec d’autres best-in­class. Et pour vous re­joindre, ef­fec­ti­ve­ment, la par­tie cloud com­pu­ting, on l’a aus­si mise en oeuvre sur une par­tie qui est un in­di­ca­teur de pro­duc­tion in­ter­ré­gion, où se­lon les ré­gions, on avait des MES qui étaient dif­fé­rents. Donc nous avons mis dans notre so­lu­tion MES au ni­veau glo­bal Au­to­liv, une so­lu­tion qui s’ap­pelle lean-to-lean, qui per­met de cap­ter toutes les in­for­ma­tions des MES lo­caux et de les agré­ger sous une forme beau­coup plus mo­derne et lé­gère à dé­ployer puis­qu’il n’y avait pas d’in­ter­ac­tion avec la ma­chine. Donc le MES n’est pas mort, mais il va au­to­ma­ti­que­ment évo­luer.

Me­sures. Est-ce que le MES aura réel­le­ment une place cen­trale au sein de l’in­dus­trie du fu­tur, ou est-ce qu’il y aura d’autres concepts qui vien­dront prendre sa place? Fa­brice Car­tron. Il y a énor­mé­ment de chan­ge­ments tech­no­lo­giques au­jourd’hui et il est in­dis­pen­sable que les four­nis­seurs de MES suivent bien le mou­ve­ment, si­non ils se­ront morts. On par­lait de l’er­go­no­mie tout à l’heure, je pense que le vi­rage web, la dis­po­ni­bi­li­té sur des écrans tac­tiles, c’était juste in­dis­pen­sable, mais on a l’im­pres­sion qu’ils ont pris le vi­rage. Mais le vi­rage sui­vant, c’est ef­fec­ti­ve­ment l’in­té­gra­tion avec les IOT et l’in­té­gra­tion avec du ma­nu­fac­tu­ring in­tel­li­gence plug­gé au-des­sus de la couche MES. Ma convic­tion per­son­nelle, ce n’est pas for­cé­ment de re­mettre en cause l’exis­tence du MES, c’est plu­tôt de dire que de­main, il de­vra ré­cu­pé­rer plus de don­nées des IOT, par exemple pour la main­te­nance pré­dic­tive, et il de­vra aus­si être ca­pable d’être un ser­vice pour le Big Da­ta, c’est-à-dire de pou­voir plug­ger des pla­te­formes de ma­nu­fac­tu­ring in­tel­li­gence. On peut ne plus par­ler de MES, mais le be­soin d’un ou­til de ges­tion opé­ra­tion­nelle de la pro­duc­tion, de la qua­li­té et de la main­te­nance dans nos ate­liers, va sub­sis­ter. On voit fi­na­le­ment, qu’il y a 20 ans, on avait des ERP et des fi­chiers Ex­cel. Ce be­soin-là ne dis­pa­raî­tra pas, mais il va évo­luer. Et ma convic­tion, c’est que le MES se­ra un Big Da­ta de­main sur le­quel on ira cher­cher des in­for­ma­tions pour faire plus de ma­nu­fac­tu­ring in­tel­li­gence et de boucles de ré­tro­ac­tion par rap­port aux ré­glages de ma­chines, aux ins­truc­tions de pro­cess. Il chan­ge­ra peut-être de nom, mais res­te­ra la brique de base. Ju­lien Eh­ret. Le MES sub­sis­te­ra tou­jours. Mais il faut vrai­ment qu’il soit au plus près de l’opé­ra­teur et le plus simple pos­sible en termes ad­mi­nis­tra­tifs pour vrai­ment que l’opé­ra­teur puisse se concen­trer sur son mé­tier et réa­li­ser ses opé­ra­tions de pro­duc­tion,et que toute la par­tie ad­mi­nis­tra­tive soit re­prise et sim­pli­fiée par le MES pour en­suite ve­nir in­jec­ter toutes les don­nées aux dif­fé­rents en­droits, dans les dif­fé­rents ser­vices qui en au­ront be­soin.

Me­sures. Peut-on ima­gi­ner de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle dans les MES? Sté­phane Houd­mon. Oui, ça va être un en­jeu. Au­jourd’hui, le MES peut sto­cker des in­for­ma­tions tra­di­tion­nelles. Donc ef­fec­ti­ve­ment, uti­li­ser des lo­gi­ciels d’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle de­main pour di­rec­te­ment cap­ter une image, ana­ly­ser cette image, etc., ça existe dé­jà. Main­te­nant, l’en­jeu,c’est l’in­ter­con­nec­ti­vi­té.com­ment amène-t-on l’in­for­ma­tion au plus proche de l’opé­ra­teur? Mais cette ca­pa­ci­té d’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle existe dé­jà. On trouve fa­ci­le­ment sur le mar­ché des lo­gi­ciels de re­con­nais­sance fa­ciale, par exemple. Ces lo­gi­ciels qui ne sont pas for­cé­ment dé­diés à l’in­dus­trie au­jourd’hui, peuvent tout à fait nous ai­der dans l’in­dus­trie pour faire de la re­con­nais­sance aug­men­tée. Et les lo­gi­ciels de type MES ont les moyens d’être la co­lonne ver­té­brale au­tour de toutes ces nou­velles tech­no­lo­gies.

Pour le fu­tur, la ba­taille n’est pas en­core ga­gnée pour le MES, car on voit que les fron­tières bougent entre les dif­fé­rents sys­tèmes : d’une part, L’ERP a ten­dance à s’étendre vers les ni­veaux bas alors que, d’autre part, l’iot in­dus­triel a ten­dance à s’étendre vers les ni­veaux haut, avec entre les deux, le MES. ” Sté­phane Houd­mon, DSI de Hut­chin­son

La table ronde ani­mée par Me­sures lors de Glo­bal In­dus­trie sur le thème « La place cen­trale du MES dans l’in­dus­trie du fu­tur » a ras­sem­blé quatre in­ter­ve­nants qui ont évo­qué leur ex­pé­rience des so­lu­tions MES, et sur­tout leurs pré­co­ni­sa­tions pour que ces ou­tils entrent de plain pied dans l’in­dus­trie du fu­tur.

Glo­bal In­dus­trie a ac­cueilli un riche pro­gramme de confé­rences avec des salles sou­vent combles. En tout, 3 252 per­sonnes ont as­sis­té aux confé­rences, tables rondes et autres key­notes du sa­lon.

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