Des des­sins dans le ciel :

Une tech­nique q p pu­bli­ci­taire qui de­mande de l’ha­bi­le­té !

Micro Simulateur - - PRATIQUE - Par Vé­ro­nique Rey­nier

Plus im­pres­sion­nants que les ban­de­roles trac­tées, les des­sins tra­cés aux fu­mi­gènes dans le ciel étaient un ou­til pu­bli­ci­taire as­sez ré­pan­du dans les an­nées 60- 70. Mais on ne s’im­pro­vise pas peintre en fu­mée comme ça, il va fal­loir ré­flé­chir et s’en­traî­ner !

Spec­ta­cu­laire et ne né­ces­si­tant pas un bud­get éle­vé, le mo­no­mo­teur équi­pé de fu­mi­gènes semble tou­jours uti­li­sé, au moins aux États- Unis. Il y a peu, un épi­sode de la sé­rie « Men­ta­list » a uti­li­sé ce pro­cé­dé, ce qui nous a don­né en­vie de voir s’il était pos­sible d’en faire au­tant à l’écran. Au pre­mier abord, ce­la semble très simple : il suf­fit d’évo­luer sur une tra­jec­toire cor­res­pon­dant au des­sin à faire et de lan­cer les fu­mi­gènes sur les par­ties à af­fi­cher dans l’air. Une oc­cu­pa­tion de bord de plage pour un été dis­trayant !

La pre­mière ques­tion à se po­ser est évi­dem­ment quoi des­si­ner. Quel que soit le ta­lent de son pi­lote, un avion ne peut pas ef­fec­tuer d’angles ai­gus. Tra­cer un mot en ma­jus­cules est donc ex­clu. Tout ce qui est rond, en re­vanche, est par­fai­te­ment adap­té. Le smi­ley est donc un bon point de dé­part, comme le coeur pour l es plus ro­man­tiques. Une fois la tech­nique maî­tri­sée, pas­ser à l ’al­pha­bet en mi­nus­cules cur­sives ne de­man­de­ra qu’un ef­fort de ré­flexion sup­plé­men­taire.

La deuxième ques­tion est des­si­ner avec quoi ? Tout le monde ne maî­trise pas la boucle, a for­tio­ri l’en­chaî­ne­ment de ma­noeuvres sur le plan ver­ti­cal. Heu­reu­se­ment, tra­vailler sur le plan ho­ri­zon­tal est tout à fait pos­sible, voire tout aus­si ef­fi­cace ( on voit mieux de­puis le sol une fi­gure ho­ri­zon­tale que ver­ti­cale !), et faire un vi­rage à 360° plus ou moins ser­ré à la por­tée de tous. N’im­porte quel ap­pa­reil peut être équi­pé de fu­mi­gènes sans au­cun pro­blème ( cf. en­ca­dré p. 56).

Re­trans­crire la forme

en tra­jec­toire

Pre­nons un smi­ley très simple, comme ce­lui de la fi­gure 1. On peut par­fai­te­ment su­per­po­ser au des­sin deux cercles im­bri­qués l’un dans l’autre. Il suf­fi­ra, pour des­si­ner l es yeux et l a bouche, d’ar­rê­ter et de re­lan­cer les fu­mi­gènes au bon en­droit. Pour avoir des traits ho­ri­zon­taux pour les yeux, le cercle in­té­rieur pour­ra être in­ter­rom­pu par une ligne droite à ce ni­veau. C’est même la tra­jec­toire op­ti­male ( fig. 2). Mais ce qui pa­raît si simple au pre­mier abord ne l’est pas tant que ça. Voyons dé­jà ce que donnent deux vi­rages sur 360°, le se­cond plus « ser­ré » que l’autre, avec l’ana­ly­seur de tra­jec­toires ( fig. 3). At­ten­tion à bien no­ter l e cap d’en­trée dans l e vi­rage, i ci 090°. Le pre­mier tour com­plet est ef­fec­tué au taux 1, le se­cond à 30° d’in­cli­nai­son. Le taux 1 nous ai­de­ra ul­té­rieu­re­ment à sa­voir à quel mo­ment in­ter­rompre et re­lan­cer l es fu­mi­gènes, puis­qu’il nous donne un temps d’exé­cu­tion pré­cis. Mais on pour­rait aus­si faire le pre­mier 360° à 30° d’in­cli­nai­son et chro­no­mé­trer l e ré­sul­tat, puis le se­cond à 40°, ou faire va­rier l a vi­tesse i ndi­quée, un tour exé­cu­té à même i ncli­nai­son mais 10 kt moins ra­pide ayant un dia­mètre in­fé­rieur ( fig. 4). Ces pre­miers es­sais ont pour ob­jec­tif de ca­li­brer l’in­cli­nai­son. On voit bien que l e point d’en­trée dans l es deux vi­rages étant confon­du, l eurs tra­cés ne peuvent pas être pa­ral­lèles ( ou dans ce cas pré­cis, concen­triques).

Choi­sir la ligne droite pour tra­cer les yeux est l’op­tion la plus fa­cile. À l’is­sue du pre­mier 360°,

vi­rez éner­gi­que­ment vers un cap per­pen­di­cu­laire ( 180° si le vi­rage est à main droite) pour cou­per votre cercle au tiers. Conser­vez votre cap en ligne droite. Mais com­bien de temps ? C’est l à qu’il faut faire un peu de cal­cul. Le de­mi- cercle, à taux 1, prend une mi­nute, donc 60 se­condes. En géo­mé­trie, vous sui­vez la corde d’un arc d’en­vi­ron 120° de votre cercle prin­ci­pal. Les cal­culs géo­mé­triques clas­siques s’ap­pliquent pour l es l on­gueurs ex­pri­mées en temps. La « lon­gueur » tem­po­relle de cette corde est donc d’un peu plus de 32 se­condes. Ne vous ima­gi­nez pas que je suis de­ve­nue un crack en géo­mé­trie, j’ai juste trou­vé une pe­tite feuille Ex­cel qui fait les cal­culs toute seule !

Le sou­rire du smi­ley !

L’ob­jec­tif étant de re­par­tir en vi­rage avant d’avoir at­teint le bord op­po­sé du cercle, il faut réduire ce temps d’en­vi­ron un quart, ce qui nous donne 24 se­condes. Ce temps dé­bute dès la mise en vi­rage vers la ligne droite et va jus­qu’à la fin du vi­rage vers l e sou­rire du smi­ley. Au­tant dire que la ligne droite el­le­même ne doit pas être te­nue plus d’une di­zaine de se­condes. Mais son temps d’exé­cu­tion dé­pend de l’ef­fi­ca­ci­té de vos vi­rages ( fig. 5). Le ré­sul­tat doit res­sem­bler peu ou prou à la fi­gure 6.

Si vous choi­sis­sez de tra­cer votre image sur le plan ver­ti­cal, les vi­rages sur 360° de­viennent des boucles. L’exer­cice est quelque peu dé­li­cat, il est dif­fi­cile d’en­chaî­ner une boucle large avec une plus ser­rée dé­mar­rant lé­gè­re­ment au des­sus, mais l’ana­ly­seur de tra­jec­toire per­met là aus­si de ju­ger du ré­sul­tat ins­tan­ta­né­ment. J’avoue que mes ten­ta­tives ne res­sem­blant à rien, j ’ai aban­don­né cette op­tion !

At­ten­tion au po­si­tion­ne­ment

Mais pour­quoi uti­li­ser l’ana­ly­seur de tra­jec­toire alors que l’ob­jec­tif est de tra­cer le des­sin avec des fu­mi­gènes ? Tout d’abord parce que l’avion se pi­lote de l’in­té­rieur. Ou alors vous êtes en mode drone/ avion ra­dio­com­man­dé, ce qui est pos­sible aus­si, mais ne se gère pas de la même ma­nière. Il faut donc main­te­nant vé­ri­fier l e ré­sul­tat de l ’ex­té­rieur et trou­ver l e meilleur po­si­tion­ne­ment pour que la fi­gure soit vue cor­rec­te­ment.

Pour avoir une vision d’en­semble de celle- ci, c’est de­puis une tour de contrôle qu’il est in­dis­pen­sable de la re­gar­der. Dans un pre­mier temps, nous avons tes­té la ver­ti­cale terrain : trop près. En­suite, l’éloi­gne­ment dans l’axe d’une piste : le tra­cé est très dé­for­mé. La so­lu­tion la mieux adap­tée, bien qu’elle apla­tisse tout de même la fi­gure, est de s’éloi­gner à la per­pen­di­cu­laire de la piste, un peu à gauche de la tour pour un vi­rage par la droite et vice- ver­sa, à une dis­tance de piste ( fig. 7), cap vers la tour et al­ti­tude d’en­vi­ron 5 000 ft.

Avant de re­com­men­cer votre fi­gure, lan­cez l’en­re­gis­tre­ment de sa vi­déo ( Op­tions/ Vi­déo du vol). Lorsque vous avez ter­mi­né vos vi­rages, uti­li­sez le même me­nu pour sau­ve­gar­der la sé­quence, puis lan­cez- la pour voir ce que ça donne, en pas­sant en vue de la tour et en dé­zoo­mant si né­ces­saire pour que votre avion ne sorte pas du champ ( fig. 8). N’ou­bliez pas de lan­cer les fu­mi­gènes ( touche I), qui ne sont pas sau­ve­gar­dés dans la vi­déo, après avoir aug­men­té leur du­rée d’af­fi­chage pour que toute la fi­gure ait le temps d’être tra­cée ( cf. en­ca­dré p. 57). Par­tir d’un vi­rage à taux 1 rend l’exé­cu­tion quelque peu longue et uti­li­sant beau­coup d’es­pace, une fois bien en­traî­né vous pour­rez faire plus ef­fi­cace.

Ac­ti­ver sé­lec­ti­ve­ment

les fu­mi­gènes

Mais l’ob­jec­tif fi­nal n’est pas d’avoir l e tra­cé com­plet. Il reste en­core à gé­rer l es fu­mi­gènes pour n’af­fi­cher que le smi­ley. Deux op­tions sont pos­sibles : cal­cu­ler les du­rées d’émis­sion en fonc­tion de la tra­jec­toire, pour res­ter dans un mode réa­liste en tra­vaillant à l’in­té­rieur de l’avion avant de re­gar­der le ré­sul­tat fi­nal de l’ex­té­rieur, ou tri­cher en vue de la tour – mais un peu de cal­cul et un chronomètre peuvent là aus­si fa­vo­ri­ser la réus­site de l’exé­cu­tion.

L’in­té­rêt de com­men­cer par le contour du smi­ley est de fa­ci­li­ter le re­pé­rage des branches sui­vantes en vue ex­té­rieure, ce­lui d’avoir une fi­gure ca­li­brée dans le temps étant de lan­cer l es fu­mi­gènes au bon mo­ment. Sur l e vi­rage i ni­tial, donc pen­dant deux mi­nutes, l’émis­sion est conti­nue. Elle est cou­pée lorsque la boucle est bou­clée. La l i gne droite « fait » dix se­condes, le pre­mier oeil est fa­cile à lan­cer puisque c’est dès la sor­tie de vi­rage, le deuxième se­ra bien équi­li­bré après trois se­condes d’in­ter­rup­tion, vous lais­sant une se­conde pour cou­per avant de vous re­mettre en vi­rage ( fig. 9).

Le ré­sul­tat n’est pas digne de fi­gu­rer dans Men­ta­list, mais le smi­ley est bien re­con­nais­sable. À vous main­te­nant de faire vos ten­ta­tives – je re­ce­vrai avec plai­sir des pix – et d’es­sayer d’autres fi­gures, plus ou moins com­plexes ! En­fin, men­tion­nons une pe­tite as­tuce, pas vrai­ment un mode triche mais qui peut ai­der : plu­tôt que de « des­si­ner » en mode cock­pit ( pas évident de voir le ré­sul­tat) ou en mode « vue tour » ( pas évident de pi­lo­ter), il suf­fit de com­bi­ner les deux en af­fi­chant une fe­nêtre sup­plé­men­taire dans le cock­pit ( me­nu Vues / nouvelle vue / tour la plus proche). Au fi­nal, c’est comme si le pi­lote avait un écran té­lé dans sa planche de bord sur le­quel il peut zoo­mer ou dé­zoo­mer…

Fig. 2 : Tra­cé théo­rique de la fi­gure à réa­li­ser. En vert, la par­tie de la tra­jec­toire où il fau­dra ac­ti­ver les fu­mi­gènes !

Fig. 1 : Il va fal­loir sim­pli­fier en­core ce smi­ley pour le tra­cer dans le ciel.

Fig.Fi . 5 : Cal­cul du temps sur la ligne droite de la fi­gure.

Fig. 6 : Avec une par­tie rec­ti­ligne, la tra­jec­toire est en­core mieux adap­tée.

Fig. 4 : Il faut trou­ver la bonne dif­fé­rence d’in­cli­nai­son pour que les cercles ne soient pas trop éloi­gnés l’un de l’autre.

Fig. 7 : Po­si­tion­ne­ment du Cess­na face à la tour de Biar­ritz.

Fig. 3 : Im­bri­ca­tion de deux vi­rages à in­cli­nai­son dif­fé­rente dans l’ana­ly­seur de vol ( voir aus­si fig. 10).

Fig. 8 : En vue de la tour, zoom à 0.30, le tra­cé com­plet en fu­mi­gènes.

Fig. 9 : En in­ter­rom­pant l’émis­sion des fu­mi­gènes, on ob­tient le smi­ley.

Fig. 10 : Pre­miers es­sais de cercles concen­triques.

À 2 500 ft, il est im­pos­sible de voir l’in­té­gra­li­té de la tra­jec­toire.

Oups, on a ra­té la sor­tie !

Uti­li­ser la pin­nule pour mar­quer l’axe est in­dis­pen­sable. Plus les pa­ra­mètres sont stables, plus la fi­gure est ré­gu­lière.

En vue ex­terne, ça ne donne pas grand- chose au ni­veau du des­sin.

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