Focke- Wulf Fw 190 D9

Do­ra au long nez

Micro Simulateur - - SOMMAIRE - par Em­ma­nuel Blan­chard

Lorsque Eagle Dy­na­mics sor­tit une ex­ten­sion de P-51D pour DCS World il y a deux ans ( MS n°221), nous avions poin­té la qua­li­té de la réa­li­sa­tion de l’add-on ; mais nous étions res­tés cir­cons­pects quant à l’in­té­rêt d’un tel pro­duit. Dans le monde vir­tuel de DCS es­sen­tiel­le­ment consa­cré au com­bat aé­ro­ter­restre contem­po­rain, un war­bird sem­blait dé­pla­cé, et on ne pou­vait guère en pro­fi­ter que lors de ses­sions d’en­traî­ne­ment ou pour des opé­ra­tions d’at­taque au sol. Un dog­fight entre un vé­né­rable Mus­tang et un Su-33 n’avait guère de rai­son d’être. L’édi­teur de DCS avait certes an­non­cé la mise en route de di­vers pro­jets pour aug­men­ter la flotte de son uni­vers vir­tuel DCS World (voir pages sui­vantes), mais on fi­nis­sait par trou­ver le temps long. Après la pu­bli­ca­tion d’une ver­sion mise à j our de Fla­ming Cliffs – troi­sième du nom – et l ’in­té­gra­tion d’un mo­dule de com­bat ter­restre (Com­bi­ned Arms), les équipes de dé­ve­lop­peurs se sont en­fin at­te­lées à la réa­li­sa­tion d’un ad­ver­saire à la hau­teur de la lé­gende vo­lante P-51D. Et il sem- ble que le terme de lé­gende ne soit pas usur­pé par cet ad­ver­saire : le « Do­ra » au­ra mar­qué les es­prits de tous les pi­lotes de la fin de la Se­conde Guerre mon­diale.

La col­lec­tion DCS connaît un nou­veau souffle : en ajou­tant un war­bird à sa ga­le­rie d’ap­pa­reils pi­lo­tables, Eagle Dy­na­mics pro­pose un ad­ver­saire de choix pour son pré­cé­dent P-51D.

Long nez ?

Lorsque la Luft­waffe fit en­trer en ser­vice les pre­mières ver­sions du Fw 190 en 1941, les pi­lotes ne ta­rirent pas d’éloges sur ce chas­seur : plus puis­sant, plus ra­pide, plus ré­sis­tant et mieux ar­mé que le Bf-109 qui équi­pait la chasse al­le­mande. La for­mule à mo­teur en étoile était une sé­cu­ri­té sup­plé­men­taire, for­mant un vé­ri­table bou­clier pro­té­geant le cock­pit et ne né­ces­si­tant pas de cir­cuit de re­froi­dis­se­ment com­plexe et fra­gile. Tout au long du conflit, le Fw 190 se ré­vé­la

un com­bat­tant re­dou­table, sur tous les fronts, aus­si bien pour l’in­ter­cep­tion que pour l’at­taque au sol. Mais cette su­pé­rio­ri­té sur l’avion Mes­ser­sch­mitt avait néan­moins une li­mite : 25 000 ft. Son mo­teur et son aé­ro­dy­na­mique com­men­çaient à don­ner des signes de fai­blesse à cette al­ti­tude, alors que le 109 se mon­trait en­core très ca­pable à ce ni­veau de vol. Ce­la n’avait guère d’im­por­tance tant que le conflit se dé­rou­lait à basse al­ti­tude, en es­corte d’ap­pui au sol. L’ar­ri­vée des vagues de bom­bar­diers de l’Air Force chan­gea la donne, en évo­luant jus­te­ment entre 25 000 et 30 000 ft. L’in­ter­cep­tion des flottes de B-17 de­vint plus com­pli­quée pour la Luft­waffe et, dès 1942, les in­gé­nieurs com­men­cèrent à étu­dier un Fw 190 pour la haute al­ti­tude. Il fal­lut plus de deux ans de tra­vaux (dans des condi­tions dra­ma­tiques certes) pour par­ve­nir à pro­duire la ver­sion D-9, après les D-1 à D-8 qui ne dé­pas­sèrent pas le stade de pro­to­types. Il se dif­fé­ren­ciait des ver­sions A (chasse) et G (at­taque au sol) par un mo­teur en ligne de 12 cy­lindres sur­com­pres­sé, re­froi­di par li­quide, à la place du mo­teur en étoile. La sil­houette du Fw 190 évo­luait en consé­quence, le nez dut être al­lon­gé pour lo­ger le nou­veau pro­pul­seur, et la queue fut aus­si éti­rée vers l’ar­rière pour pal­lier le déplacement du centre de gra­vi­té. Le cock­pit était dé­sor­mais pres­su­ri­sé, per­met­tant aux pi­lotes de sup­por­ter les hautes al­ti­tudes. Le reste de l’ap­pa­reil était iden­tique aux ver­sions pré­cé­dentes : train, voi­lure et ar­me­ments étaient in­ter­chan­geables entre les mo­dèles A, D et G.

En­tré en ser­vice en sep­tembre 1944, le D-9 sur­nom­mé Do­ra ar­ri­va trop tard pour chan­ger le cours du conflit – à l’ins­tar de toutes les armes qua­li­fiées de ré­vo­lu­tion­naires par le ré­gime na­zi. Seu­le­ment 700 exem­plaires furent construits, un nombre mo­deste en com­pa­rai­son des 20 000 Fw 190 sor­tis des usines al­le­mandes. Les der­niers mois de guerre dans un Reich ra­va­gé par les bom­bar­de­ments mas­sifs n’ai­daient pas à la pro­duc­tion ni à la for­ma­tion des pi­lotes. Le cock­pit du Do­ra avait hé­ri­té de la sim­pli­ci­té de concep­tion de ses aî­nés, avec un nombre li­mi­té de com­mandes, des sys­tèmes élec­triques plu­tôt qu’hy­drau­liques pour les trains et sur­faces de com­mande, une hé­lice à pas cons­tant et une mix­ture réglée au­to­ma­ti­que­ment. Mais la puis­sance du nou­veau mo­teur et le chan­ge­ment de centre de gra­vi­té ren­daient le D9 plus dé­li­cat à prendre en main que ses pré­dé­ces­seurs. Il fal­lait des pi­lotes confir­més et ex­pé­ri­men­tés pour le me­ner au com­bat, et c’est jus­te­ment ce dont man­quait le plus la

Luft­waffe en 1945. L’avion est sur­tout pas­sé à la pos­té­ri­té au sein de l’escadrille des As, la Jagd­ver­band 44. Elle était es­sen­tiel­le­ment consti­tuée de Me 262 à ré­ac­tion, mais ces jets se mon­traient par­ti­cu­liè­re­ment vul­né­rables lors des dé­col­lages et at­ter­ris­sages, une fai­blesse que les pi­lotes al­liés avaient ra­pi­de­ment ap­pris à ex­ploi­ter. D’où la né­ces­si­té de mon­ter une équipe d’ap­pa­reils d’es­corte pour net­toyer les abords des ter­rains d’où opé­raient les Me 262. Les Fw 190 D-9 choi­sis pour cette mis­sion virent leur sur­face ven­trale peinte de rouge avec des bandes blanches, ce qui leur va­lut le sur­nom de « Pa­pa­gei Staffle » (escadrille per­ro­quet). Ce­la tran­chait avec les li­vrées basse vi­si­bi­li­té en usage dans la chasse tra­di­tion­nelle, mais elle per­met­tait aux ar­tilleurs al­le­mands d’iden­ti­fier fa­ci­le­ment les avions. Comme l’es­sen­tiel de ce qui vo­lait dans le ciel du Reich en 1945 était al­lié, la DCA avait pris l’ha­bi­tude de ti­rer d’abord et de po­ser les ques­tions en­suite ! Cette dé­co­ra­tion ven­trale par­ti­cu­lière évi­ta les mé­prises, jus­qu’à la ca­pi­tu­la­tion fi­nale.

Focke-Wulf en Rus­sie

On au­ra com­pris que le D-9 doit plus son ca­rac­tère de lé­gende à son his­toire qu’à ses ré­sul­tats au com­bat. Mais il faut bien des lé­gendes pour sé­duire le pu­blic, et c’est donc lo­gi­que­ment vers cette dé­cli­nai­son que s’est tour­née l’équipe d’Eagle Dy­na­mics. Après tout, le P-51D dé­jà mo­dé­li­sé fut bien moins ef­fi­cace du­rant le conflit que le P-47 Thun­der­bold, moins « sexy » ! L’ex­ten­sion se pré­sente sous la forme d’une ar­chive ZIP de 95 Mo seu­le­ment, à té­lé­char­ger de­puis le por­tail cen­tral de DCS. L’i L’ins­tal­la­tion ill est au­to­ma­ti­sée, ié mai­si pas gra­tuite puis­qu’au lan­ce­ment de DCS World il fau­dra ac­ti­ver l’ex­ten­sion à l’aide du code ob­te­nu lors de l’opé­ra­tion d’achat. Il vous en coû­te­ra 49 US$, soit en­vi­ron 40 eu­ros pour débloquer cette ex­ten­sion. Et d’em­blée nous af­fir­mons que ce ta­rif nous pa­raît très éle­vé : chez l e même édi­teur le P-51D est à 29 US$, et l’ex­tra­or­di­naire A-10C à 39 US$, alors qu’il est in­fi­ni­ment plus com­plexe que le D-9. Même pour FS X/P3D, on ré­flé­chit à deux fois pour une ex­ten­sion à 40 eu­ros ! Pré­ci­sons éga­le­ment que l a ver­sion que nous avons eue en test était en­core au stade de bê­ta, et que des amé­lio­ra­tions sont d’ores et dé­jà pré­vues. Mais dé­jà notre mo­dèle d’es­sai, même non fi­na­li­sé, sem­blait exempt de bug ma­jeur. Une bonne sur­prise que l’on es­père re­trou­ver dans le pro­duit fi­nal…

La do­cu­men­ta­tion four­nie avec l’ex­ten­sion consiste en deux fi­fi­chier­shi PDF en an­glaisl i : un gui­deid de dé­mar­rage ra­pide de 20 pages dé­cri­vant l’équi­pe­ment du cock­pit et les pro­cé­dures de base ; l’autre fi­chier de 118 pages rentre plus en dé­tail sur chaque sys­tème. Après avoir par­cou­ru ces pages ri­che­ment illus­trées, il ne reste plus qu’à mettre l’ap­pa­reil à l’épreuve. Les mis­sions ra­pides de DCS World in­tègrent le D-9, et quelques clics dans l’édi­teur de mis­sions per­mettent de se construire un plan de vol sur me­sure. Du moins tant que les es­sais s’ef­fec­tuent dans le ciel du sud de la Rus­sie et de la Géor­gie, le lo­gi­ciel étant li­mi­té à ce seul théâtre d’opé­ra­tions peu fa­mi­lier du D-9 !

In­té­rieur simple

Le tra­vail gra­phique à l’in­té­rieur du poste de pi­lo­tage est exempt de toute cri­tique. La haute ré­so­lu­tion des équi­pe­ments rap­pelle la qua­li­té de Cliffs of Do­ver, où de sur­croît

chaque com­mande peut être ac­ti­vée par un rac­cour­ci-cla­vier mais aus­si un clic de sou­ris. Les contrôles sont en outre do­tés d’in­fo-bulles ef­fi­caces pour se re­pé­rer. Par rap­port aux ap­pa­reils contem­po­rains, le cock­pit semble presque dé­pouillé : l’au­to­ma­ti­sa­tion y est pous­sée pour fa­ci­li­ter le tra­vail du pi­lote. Par dé­faut, le point de vue est dé­ca­lé lé­gè­re­ment sur la droite pour plon­ger dans le vi­seur, il peut être utile de mo­di­fier la po­si­tion du re­gard vir­tuel du pi­lote – une somme de rac­cour­cis­cla­vier est dé­diée à ces fonc­tions. En­fin pour fa­ci­li­ter la na­vi­ga­tion en cette époque pré-GPS, le D-9 pos­sède une carte spé­ci­fique qui af­fiche soit le terrain en­vi­ron­nant, soit à l’ap­proche d’une piste les pro­cé­dures de cir­cuit d’ap­proche.

Ex­té­rieu­re­ment, le tra­vail est aus­si re­mar­quable. Cette ver­sion bê­ta ne dis­pose que de trois li­vrées his­to­riques – dont la JV 44 – mais au­cun dé­tail ne manque, au­tant sur les textures à l’usure pro­non­cée que dans les vo­lumes 3D. On re­marque même les pe­tites tiges mo­biles sur les ailes qui té­moignent que le train prin­ci­pal est bien sor­ti.

Si l’in­té­rieur pa­raît simple à ap­pré­hen­der, le ma­nie­ment de la bête n’est pas à la por­tée de tous les pi­lotes. Tout com­mence au dé­col­lage, où il faut ma­nier les gaz et le pa­lon­nier avec beau­coup de dou­ceur tant le couple mo­teur tire l’avion sur la gauche. Il nous a fal­lu une di­zaine de ten­ta­tives pour par­ve­nir à dé­col­ler, mal­gré toute l’ex­pé­rience ac­quise du­rant des an­nées de pra­tique de FS, IL-2 et autres lo­gi­ciels pour­tant poin­tus ! Une fois en vol, le dé­fi conti­nue, l’avion ré­agit très vi­ve­ment aux sol­li­ci­ta­tions et se re­trouve fa­ci­le­ment en si­tua­tion de dé­cro­chage : la sta­bi­li­té n’est pas son fort. Heu­reu­se­ment dans ces condi­tions que la mix­ture et le pas d’hé­lice sont gé­rés au­to­ma­ti­que­ment, comme pour l’avion réel. Il fau­dra de nom­breuses heures de pra­tique pour maî­tri­ser ce bes­tiau avant de se lan­cer en com­bat aé­rien.

Le vi­seur pré­dic­tif EZ42 rap­pelle le sys­tème équi­pant le P-51D : on peut y ré­gler la taille de la cible et la dis­tance, et ain­si être as­su­ré que la plu­part des pro­jec­tiles (13 et 20 mm) tou­che­ront l’ob­jec­tif. En­core faut-il par­ve­nir à ame­ner ce der­nier dans le vi­seur. À basse al­ti­tude, le D-9 ne peut ri­va­li­ser en ma­nia­bi­li­té avec le Mus­tang, mais au-des­sus de 20 000 ft il re­prend l’avan­tage. Il se montre en outre plus ra­pide que le chas­seur amé­ri­cain. Et oc­ca­sion­nel­le­ment, le Do­ra peut em­bar­quer bombes et ro­quettes, même s’il ne se montre pas très à l’aise dans l’ap­pui-feu.

Su­perbe réa­li­sa­tion, réa­liste dans ses équi­pe­ments et com­por­te­ment, le D-9 d’Eagle Dy­na­mics est éton­nant… Mais en­core une fois, son ta­rif éle­vé risque d’en re­froi­dir plus d’un – sur­tout qu’il faut au préa­lable ins­tal­ler les 7 Go de DCS World. Pour le mo­ment, il faut donc le ré­ser­ver aux in­con­di­tion­nels de cet ap­pa­reil de lé­gende qui de plus au­ront préa­la­ble­ment ac­cu­mu­lé les heures de vol. Les cu­rieux en se­ront pour leurs frais, tant l’ad­don peut se ré­vé­ler in­grat au­près des pi­lotes oc­ca­sion­nels.

L’op­tion « Knee­board » af­fiche une carte en pop-up.

Pre­mier dé­col­lage…

… et pre­mier crash après quelques se­condes : at­ten­tion au couple mo­teur ! Les planches du cock­pit : Li­sibles mais lé­gen­dées en al­le­mand. Heu­reu­se­ment, les in­fo-bulles viennent à la res­cousse !

Frères en­ne­mis !

Ci-des­sus : L’avion peut re­ce­voir un ré­ser­voir ven­tral sup­plé­men­taire. Ci-contre : Avec un ventre pa­reil, les ar­tilleurs de DCA sont pré­ve­nus !

Ci-des­sus : L’ar­me­ment com­prend 13 et 20 mm. Ci-contre : Une des mis­sions pro­pose l’at­taque au sol avec bombes, tâche ra­re­ment dé­vo­lue au D-9.

Le P-51D dans le vi­seur, bien­tôt une vic­toire cré­di­tée.

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