Ques­tion de vi­tesse

Micro Simulateur - - PRATIQUE - ParEm­ma­nuelB­lan­chard

S’il est simple d’ap­pré­hen­der la no­tion de vi­tesse quand on est au sol, il en va tout au­tre­ment dans le monde de l’avia­tion. Entre les uni­tés em­ployées, les dé­fi­ni­tions chan­geantes et les in­for­ma­tions dis­po­nibles en vol, il y a de quoi se perdre !

Faites l’ex­pé­rience de dire à une per­sonne étran­gère au monde de l’aé­ro­nau­tique que tel ap­pa­reil vole à 250 noeuds : vous au­rez de grandes chances d’ob­te­nir en ré­ponse un fron­ce­ment de sour­cils et la phrase « mais ça fait com­bien en ki­lo­mètres par heure ? ». Et quel néo­phyte en pi­lo­tage – réel ou si­mu­lé – n’a jus­te­ment pas pei­né à sa­voir à quelle vi­tesse il évo­luait vrai­ment, alors que son comp­teur gra­dué en miles à l’heure lui était to­ta­le­ment étran­ger ?

Dans le do­maine aé­ro­nau­tique, la vi­tesse est une no­tion à ma­nier dif­fé­rem­ment que dans les dis­ci­plines ter­restres. Non pas que sa dé­fi­ni­tion stric­to sen­su change, c’est tou­jours une dis­tance par­cou­rue en un temps don­né. Mais les concepts de vi­tesse sol, vi­tesse air, les chan­ge­ments de va­leurs in­duits par les dif­fé­rences d’al­ti­tude et/ou de pres­sion at­mo­sphé­rique sont au­tant d’écueils qui peuvent in­ti­mi­der les dé­bu­tants. Voi­là pour­quoi nous pro­po­sons ici un pe­tit ré­ca­pi­tu­la­tif des no­tions à as­si­mi­ler avant de prendre le manche, à des­ti­na­tion des néo­phytes mais aus­si des vé­té­rans qui au­raient be­soin d’une pi­qûre de rap­pel !

Les uni­tés

Le pre­mier écueil que ren­contrent les dé­bu­tants est ce­lui des uni­tés dans les­quelles sont ex­pri­mées les dif­fé­rentes vi­tesses, sur­tout pour les ha­bi­tués du sys­tème mé­trique en usage de ce cô­té de l’At­lan­tique. En aé­ro­nau­tique, on peut être confron­té à trois prin­ci­paux sys­tèmes de me­sure. His­to­ri­que­ment, ce sont les uni­tés uti­li­sées en ma­rine qui ont d’abord été em­ployées, pour la simple rai­son que les pre­miers aven­tu­riers de l’air étaient sou­vent is­sus du monde na­val, et que les ana­lo­gies entre les deux mondes étaient nom­breuses (no­tions de cap, de na­vi­ga­tion…). On a donc em­ployé pour la vi­tesse le noeud, qui cor­res­pond à un mille ma­rin par­cou­ru en une heure. Au pas­sage, le noeud ou knot en an­glais (d’où l’abré­via­tion kt) est bien une uni­té de vi­tesse à part en­tière, on ne doit pas dire « noeud à l’heure » comme on ne dit pas « ki­lo­mètre à l’heure à l’heure ». Le mille ma­rin me­su­rant 1 852 mètres, une vi­tesse de 100 noeuds cor­res­pond donc à 185,2 km/h. Nous évo­que­rons les équi­va­lences plus loin.

Si l’ex­pres­sion de la vi­tesse en noeuds est de­ve­nue la norme dans l’avia­tion, cer­tains pays ont choi­si d’adop­ter le sys­tème mé­trique, pour des rai­sons his­to­riques ou idéo­lo­giques. Ain­si les avions russes ont-ils des ins­tru­ments gra­dués en ki­lo­mètres/heure : après la ré­vo­lu­tion de 1917, la toute jeune URSS dé­ci­da de rompre avec les va­leurs du pas­sé et op­ta pour le sys­tème mé­trique, hé­ri­té de la Ré­vo­lu­tion fran­çaise et sym­bole à la fois de pro­grès et d’in­dé­pen­dance. L’URSS n’existe plus, mais les ap­pa­reils russes ont conser­vé cette tra­di­tion ( fig. 1). Idem pour les avions ja­po­nais d’avant 1945, ce qui peut par­fois po­ser des sou­cis de lec­ture des ins­tru­ments pour des pi­lotes ha­bi­tués aux ca­drans « oc­ci­den­taux ».

Le troi­sième sys­tème est très lo­ca­li­sé, on le ren­contre es­sen­tiel­le­ment sur les ap­pa­reils lé­gers nord-amé­ri­cains. Dans ces

Sur le pont du porte-avions, le ba­din de ce F-4 (tout à gauche) in­dique 26 noeuds alors qu’il n’a pas en­core dé­col­lé : c’est la vi­tesse air du na­vire !

Fig. 1 : Les ap­pa­reils de l’ère so­vié­tique af­fichent en­core en ki­lo­mètres/heures (ou ici en di­zaines de km/h) : ce MiG-15 pour DCS vole à 670 km/h.

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